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VOLTAIRE ET J.-J. KOUSSEAi: 54S
les réseaux s'étendaient sur* l'Europe entière n'avait d'autre but que de le persécuter et d'étouffer sa voix. Pas plus à Bourgoin que dans ses autres résidences, il ne trouva le calme et la tranquillité. A peine installé il se croyait en butte à mille persécutions, et il cherchait une autre retraite qui lui donnât enfin ce repos si ardemment désiré et qui fuyait devant lui comme une ombre insaisissable.
En 1769, il est établi à Monquin; en 1770, nous le retrouvons à Lyon.
C'est à cette époque qu'il eut l'occasion de jouer à son vieil ennemi un tour excellent et de très bonne guerre.
Un soir de l'année 1770, il y avait grande réunion chez Mme Necker. Hommes de lettres et philosophes s'y trouvaient assemblés. Quand l'assistance fut au complet, la maîtresse de la maison proposa solennellement d'élever une statue au patriarche de la littérature, mais de la lui élever de son vivant*. La motion fut votée par acclamation et il fut décidé que la statue serait érigée au moyen d'une souscription publique.
Voltaire s'empressa de remercier Mme Necker, et en même temps il lui adressa quelques vers où il ne
1. L'enthousiasme pour Voltaire était tel dans un certain milieu que (i'AIembert écrivait à Suard en lui renvoyant quelques lettres du patriarche : a Mille remerciements de ces charmantes lettres. Comme il plaide pour l'humanité t Ses vers sont languissants mais sa prose est divine, mais son àme est de feu, mais son éloquence, sa bourie, sa protection, tout est actuellement consacré à secourir les malhcuieux. Une statue! il lui faut un temple! » [Inédite, collection Hortcloup.)
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laissait pas étrhapper Toocasion de se moquer de Rousseau, en rappelant que ce philosophe avait demandé depuis longtemps une statue qu'on ne s'empressait pas de lui élever*.
Les souscriptions affluèrent : les souverains, les hommes de lettres se firent un honneur et un devoir d'envoyer leur offrande*, mais quelles ne furent pas la rage et Tindignation de Voltaire, quand il apprit par la Gazette de Berne que Rousseau avait envoyé sa souscription par rintermédiaire de M. de la Tourrette. FI écrivit aussitôt à ce dernier pour lui demander si le fait était exact. « J'ai peur, ajoutait-il insidieusement, que les gens de lettres de Paris ne veuillent point admettie d'étrangers. Ceci est une galanterie toute française. Ceux qui Tout imaginée sont tous artistes ou amateurs. M. le duc de Choiseul est à la tôte, et trouverait peut-être mauvais que Tarticle de la gazette se trouvât vrai*. »
La gazette était bien renseignée : Jean-Jacques, ayant entendu parler dans une société de la statue qu'on projetait d'ériger, s'écria avec enthousiasme : « Cela honore la France et le siècle! Je voudrais bien être admis au nombre des souscripteurs : comment faut-il
1. Rousseau avait dit dans sa IMlre à Christophe: c Oui, je ne crains point de le dire, s'il existait en Europe un seul gouvernement vraiment éclairé, un gouvernement dont les vues fussent vraiment utiles et saines, il m'eût rendu des honneurs publics, il m eût élevé des statues. 4
2. On voulait engager Piron à contribuer ainsi que ses confrères aux frais de la statue : n Je ne donnerai pas un sou pour la souscription, dit Piron, mais je me charge de l'inscription. »