‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 31 sur 334 · Inédite. Bibl. nat. Mss. f. Fr · texte numérisé non relu

Inédite. Bibl. nat. Mss. f. Fr

02 VOLTAIUE ET J.-J. IlOUSSEAU

trats plutôt que des plaintes de vos ecclésiastiques, dont je connais la vertu et les lumières et que je n'ai jamais eu dessein d*ofrenser; mais je vous avoue que ma surprise est au comble quand je vois en quoi consistent leurs plaintes.

« J'accuse, dites-vous, les ministres de Genève de n'être pas chrétiens. Permettez-moi de vous représenter. Monsieur, que ceux au nom desquels vous me faites l'honneur de m'écrire n'ont pas lu attentivement l'article qui les a blessés. J'y ai dit expressément que les ministres de Genève ont beaucoup de respect pour Jésus-Christ, et pour les Écritures, et qu'ils expliquent de leur mieux les passages de la Bible qui peuvent paraître contraires à leurs opinions. C'est supposer, ce me semble, que Messieurs vos ecclésiastiques reconnaissent l'autorité de ce livre; et que faut-il autre chose, selon eux-mêmes, pour être chrétien, que de respecter la doctrine de Jésus-Christ et de croire que celte doctrine est contenue dans le Nouveau-Testament? Cette manière de penser ne satisferait peut-être pas un catholique romain, mais ce n'est pas le titre auquel Messieurs vos ministres prétendent. Aussi je vois. Monsieur, par votre lettre même, que Taccusation prétendue de n'être pas chrétien est l'objet auquel se bornent leurs plaintes, et je crois y avoir répondu de manière à les faire cesser. Vous avez. Monsieur, trop de lumière pour ne pas sentir toute la solidité de ma justification, et Messieurs vos ministres sont trop éclairés et trop équitables pour ne pas la goiUer.

« Us ne pouvaient choisir, pour me faire passer leurs représentations, personne qui leur donnât plus de poids, et je ne puis, de mon côté, trouver auprès d'un corps aussi estimable, un défenseur plus puissant que vous* J'ose donc me flatter, Monsieur, que cette lettre appuyée par vous, comme elle ne peut manquer de l'être, satisfera pleinement Messieurs vos ecclésiastiques, en même temps qu'elle me fournit l'occasion

là

de VOUS assurer que pei'sonne ne vous honore et ne vous respecte plus que moi.

a d*Alembert'.

« P. S. — Je dois vous ajouter, Monsieur, que des raisons essentielles qui n'ont aucun rapport à Tarticle Genève, m'obligent de renoncer absolument et sans retour au travail de Y Encyclopédie; ainsi cet ouvrage arrêté au milieu de sa course ne mérite plus, ce me semble, de devenir Tobjet des plaintes de votre clergé*. »

xVprès avoir piteusement échoue près de d'Alembert, Tronchin s'adressa à Voltaire, à Diderot, partout il fut éconduit'*. Ne pouvant obtenir de rétractation, les pasteurs éperdus eurent Tidée de faire écrire une énergique réfutation qui les laverait de l'outra gc fait ù leur foi. Dans ce but ils s'adressèrent ù leur ami Rousseau, mais sa réponse déjoua leurs espérances :

« Si l'article dont vous me parlez, répondit-il à Vernes, est indiscret et répréhensible, il n'est assurément pas offensant. Cependant, s'il peut nuire à votre corps, peut-être fera-l-on bien d'y répondre : quoique, à vous dire le vrai, j'ai un peu d'aversion pour les détails où cela peut entraîner, et qu'en général, je n'aime guère, qu'en matière de foi, l'on assujettisse la conscience à des formules*. »

i. 6 janvier M^. — îiiMie, Dibl. nat. Mss. f. Fr. 15250.

2. Fatigué des persécutions qu'essuyait cet ouvrage, d'AIembert se relira en efTett malgré les instances de Voltaire et de Diderot. Le 8 mars 1750 le privilège de l'Encyclopédie fut révoqué par ordre du roi.

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