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Les minislres en funîiit rcdiiils à se porler eux-mêmes garants de l'orthodoxie de leurs croyances.
Donc Jean-Jacques a fait défaut à ses amis dans le l)esoin, il s'est dérobé à Thonneur dont on le jugeait digne. Rien ne Ta choqué dans Tarlicle de d'Alemlicrt, pas plus au point de vue religieux qu'à tout autre point de vue; son avis très net a été de ne pas répondre.
Mais Diderot vient à TErmitage, on cause naturellement de l'article qui fait tant de tapage. Jean-Jacques apprend que d'Aleml)ert et Voltaire sont d'accord, que c'est à l'instigation de Voltaire que le paragraphe sur le théâtre a été inséré, qu'il en attend les meilleurs résultats à Genève. Aussitôt tout change d'aspect. Du moment que le châtelain des Délices a une part quelconque à l'article Genève, on ne peut laisser ce dangereux écrit sans réponse. Mais qu'importent les questions religieuses, qu'importe que l'ortliodoxie des pasteurs soit suspectée, le seul paragraphe sur le théâtre est de Voltaire, lui seul est important, c'est à lui seul qu'on répondra. Indigné de tout ce manège de séduction dans sa patrie, Rousseau écrit la Lettre sur les spectacles.
« J'ai sous presse, écrit-il à Verncs, un pelit écrit sur Tarticle Genève, de M. d'Alembert. Le conseil qu'il nous donne d'établir une comédie m'a paru peniicicux; il a réveillé mon zèle, et m'a d'autant plus indigné que j'ai vu clairement qu'il ne se faisait pas un scrupule de faire sa cour à M. de
VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEjAU 65
VoUaireùnos dépens. Voilà les auteurs elles philosophes....^ »
Peu de temps après, il ne cache plus qu'il connaît le véritable auteur de l'article et que c'est lui qu'il a vise dans sa réponse :
« Je n'ignorais pas que Tarticle Genève- éiaii en partie de M. de Voltaire, quoique j'aie eu la discrétion de n*en rien dire ; il vous sera aisé de voir, par la lecture de l'ouvrage, que je savais, en l'écrivant, à quoi m'en tenir*. »
L'évidence est complète: ce n'est pas à l'article Genève que Rousseau répond, ce n'est pas d'Alembert qu'il réfute, c'est Voltaire qu'il veut attaquer, qu'il veut frapper dans ses plus chers désirs. Le philosophe des Délices n'a pas renoncé à ses projets, il a cru qu'il en faciliterait l'accomplissement en faisant exprimer par d'Alembert un souhait très modeste et fort raisonnable; ce souhait ruinera à jamais ses secrètes espérances. Rousseau, dans un éloquent plaidoyer, va montrer à ses concitovens les funestes effets du théâtre et les conjurer, s'ils veulent éviter les pires maux, de repousser toujours de la cité sainte cette pierre de scandale et de démoralisation.
N'était-ce pas une plaisante chose que de voir ce compositeur d'opéras écrire contre le théâtre et s'efforcer d'en démontrer les détestables résultats? Mais qu'importe à Rousseau de se mettre en contradiction