I. Histoire du précédoiit écrii
Il demanda un jour à Bernardin de Saint-Pierre s'il n'irait pas, comme tous les gens de lettres, se présenter chez Voltaire : « Non, répondit récrivain, je serais trop embarrassé pour aborder un homme qui, comme un consul romain, a des peuples pour clients et des rois pour flatteurs. Je ne suis rien : je ne sais même pas tourner un compliment. » — « Oh ! répondit Jean-Jacques, vous n'avez pas une idée convenable de Voltaire : il n'aime pas tant à être loué. Un jour, un avocat du Bugey Tétant venu voir, s'écria en entrant dans son cabinet : « Je viens sahier la lumière du monde. » Voltaire so mit à crier aussitôt : « Madame Denis, apportez les mouchetles. »
Rousseau parlait souvent de Voltaire avec ses amis, mais, parait-il, avec modération. Il aimait à rendre justice à la diversité de ses talents et à sa fécondité inépuisable. Quant à son caractère, il n'en disait que ces mots : « Je ne sache pas d'homme dont les premiers mouvements aient été plus beaux que les siens, mais la réflexion le rend méchant*. »
Le lendemain du jour où le patriarche fut couronné au Théâtre-Français, un des assistants, croyant faire sa cour à Rousseau lui raconta la cérémonie avec les plaisanteries les plus déplacées : « Comment, dit Jean-Jacques avec chaleur, on se permet de blâmer les honneurs rendus à Voltaire dans le temple dont il est le dieu et par les prêtres qui, depuis cinquante ans, y vivent de ses chefs-