Iluitiéme promenade
'i, n les composa de 1772 â 1770.
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taicnl et le surveillaient, s'arrangeraient de façon à détruire son œuvre et empocheraient sa justification de parvenir à la postérité. Pour échapper à leur surveillance, il en fit trois copies et, dans un moment d'abandon, en remit une à Tabbé Etienne Ronnot de Condillac, une seconde à Moultou, la dernière à M. Brookc Boothby. jeune Anglais qu'il avait connu à Wootton; tous trois s'engagèrent sous les serments les plus sacrés à publier le manuscrit après la mort de l'auteur. Mais, la réflexion aidant, Jean-Jacques se persuada qu'il serait trahi par eux comme par le reste des humains. Convaincu que toutes ses mesures étaient fausses, tous ses soins inutiles, qu'il ne pouvait se fier à aucune âme humaine, il résolut de s'en rapporter à la Providence et de déposer son manuscrit sur le grand autel de Notre-Dame de Paris.
Après avoir soigneusement étudié les lieux, il se rend à Notre-Dame muni de son manuscrit. En tête de l'ouvrage se trouvait cette dédicace :
Déjjôl remia à la Vroxndence.
« Protecteur des opprimés, Dieu de justice et de vérité, reçois ce dépôt que remet sur ton autel et confie à la Providence un étranger infortuné, seul, sans appui, sans défenseur sur la terre, outragé, moqué, diffamé, trahi de toute une génération, chargé depuis quinze ans à Penvi de traitements pires que la mort, et d*indignités inouïes jusqu'ici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause.... Providence éternelle, mon seul espoir est en toi. Daigne prendre mon dépôt sous ta garde, le
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faire tomber en des mains jeunes et fidèles qui k transmettent exempt de fraude à une meilleure génération : qu'elle apprenne en déplorant mon sort comment fut traité par celle-ci un homme sans fiel et sans fard, ennemi de toute injustice, mais patient à Tendurer, et qui jamais n'a fait, ni voulu, ni rendu de mal à personne. »
Rousseau entre dans l'église par une porte latérale et, profitant d'un moment où la nef est déserte, il se précipite vers le grand aùlcl. Mais ô terreur! une grille qu il n'avait jamais vue se dresse entre lui et l'autel*. Terrifié de cet obstacle imprévu, il croit, dans un premier transport, voir le ciel môme concourir à l'œuvre d'iniquité des hommes et il s'enfuit éperdu. En proie à la plus vive agitation, dit-il, « je courus tout le reste du jour, errant de toutes parts, sans savoir ni où j'étais, ni où j'allais, jusqu'à ce que, n'en pouvant plus, la lassitude et la nuit me forcèrent à rentrer chez moi, rendu de fatigue et presque hébété de douleur. »
Désespéré de l'insuccès de cette tentative dans laquelle il avait mis toutes ses espérances, il prit le parti d'écrire « une espèce de billet-circulaire adressé à la nation française, d'en faire quelques copies et de les distribuer aux promenades et dans les rues, aux inconnus dont la physionomie lui plairait le plus. »
« Je fis, dit-il, mon petit écrit en forme de billet et j'eus la patience d'en tirer un grand nombre de copies. Mais, pour en faire la distribution, j'éprouvai un obstacle que je n'avais
1. On avait simplement fermé les grilles des bas-côtés qui environnaient le chœur.
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pas prévu, dans le refus de le recevoir par ceux à qui je It* présentais. La suscription était : A tout Français ainumt encore la justice et la véiité. Je n'imaginais pas que sur cette adresse, aucun Tosât refuser; presque aucun ne Tacccpta. Tous, après avoir lu l'adresse, me déclarèrent avec une ingénuité qui me fit rire au milieu de ma douleur, qu*il ne s'adressait pas à eux : a Vous avez raison, leur disais-je en le reprenant, je vois bien que je m'étais trompé. » Voilà la seule parole franche que depuis quinze ans j*aie obtenue d'aucune bouche française*, w
On voit dans quel état d'esprit Rousseau passa les dernières années de sa vie. Il était tellement convaincu de la réalité de ses malheurs, qu'il ne se comparait plus seulement à Socrale, mais qu'il se mettait sans cesse en parallèle avec Jésus-Christ.
En 1778, Voltaire obtint enfin l'autorisation de venirà Paris. Son arrivée fut un triomphe : jamais on n'avait vu pareil enthousiasme. Quelle différence entre cette réception et Taccueil qu'avait reçu Rousseau huit ans auparavant! quelle différence entre tous ces personnages marquants qui assiégeaient la demeure de Voltaire et la populace qui courait au café de la Régence pour voir passer le citoyen de Genève!
S'il faut en croire les rares hommes de lettres qui fréquentaient encore l'humble demeure de la rue Plâtrière, Jean-Jacques ne s'émut pas des honneurs extraordinaires rendus à son rival et sut conserver toute sa dignité.