‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 322 sur 334 · Revue des Deux-Mondes^ 15 novembre 18G · texte numérisé non relu

Revue des Deux-Mondes^ 15 novembre 18G

C'est précisément parce que l'histoire prouve quelque chose qu'il étail bon d'écrire celle de Rousseau. Or, en ce qui concerne ce philosophe, l'histoire prouve d'une façon péremptoire qu'il eût élé le plus heureux des hommes si son tempérament le lui eût permis et qu'il a toute sa vie « tourné le dos au bonheur^ ».

Jusqu'en 1762, jusqu'à la publication de Y Emile et du Contrat social, quelles sont donc les persécutions qui l'ont frappé? N'a-t-il pas joui d'une popularité h nulle autre pareille? quel homme fut jamais l'objet d'un enthousiasme si prompt, si universel?

Assurément, en 1762, il a été banni de France, de Genève, de Berne. Mais c'était là une fatalité inhérente aux mœurs de Tépoque, et peut-on appeler persécution ce qui n'était que la loi commune ? Quel est Thomme de lettres qui ayant écrit les mêmes ouvrages n'eût pas subi le même sort et peut-être un sort plus rigoureux*? Pourquoi devait-on suspendre les lois en faveur du citoyen de Genève ?

S'il voulait échapper à la législation de l'époque, que n'imitait-il tous ces écrivains illustres qui se contentaient de publier leurs ouvrages, mais ne les signaient pas ! Peut-on se plaindre de la persécution, quand, pouvant l'éviter, on va volontairement au-devant d'elle?

A Motiers, dit-on, Rousseau vivait tranquille et pai-

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