Griinm à la duchesse de Saxe-Gotha, 25 décembre
2. En 1762, ou donna à Rousseau toutes les facilités pour fuir la France; en 1765, on lui permit de passer à Paris, en 1767 de résider en France, en 1770 d'habiter Paris.
sible, cherchant dans une chaumière l'oubli elle repos : niera-t-on qu'il n'en ait été chassé par les mauvais philosophes « Grimm et consorts »?
Qui donc a écrit les Lettres de la montagne? Serait-ce Grimm ou Voltaire? Cherchait-il l'oubli et le repos l'homme qui couvrait d'outrages la religion de Calvin et ses ministres? l'homme qui allumait la guerre civile dans sa propre patrie ? l'homme qui appelait sur Voltaire et ses écrits toute la rigueur des lois? Et quand Voltaire riposte par de sanglants libelles, quand Genève maudit le fils impie qui répudie sa mère, quand tous les pays calvinistes repoussent avec horreur celui qui déshonore leur clergé, on crie à la persécution !
Rousseau n'a-t-il pas cherché son sort? En quoi les « mauvais philosophes Grimm et consorts » en ont-ils la responsabilité?
Si l'on admet que Jean-Jacques a été persécuté parce que ses ouvrages lui ont valu d'être exilé de France et de Genève, il faudra pour être équitable s'attendrir sur le sort de Voltaire qui a souffert une persécution plus dure encore. N'a-t-il pas été plusieurs fois à la Bastille? N'a-t-il pas été banni de France ? N'cst-il pas resté vingtcinq ans exilé de fait dans sa terre de Ferney, malgré tous ses efforts pour rentrer à Paris? Ne vivait-il pas toujours sous le coup d'une arrestation arbitraire, et dans des transes affreuses?
Personne ne dit cependant qu'il a été persécuté. Luimême ne s'est jamais posé en victime d'une conspiration universelle, il n'a jamais cherché à apitoyer la postérité
sur SCS inforlunes. Il est vrai qu'il jouissait de son bon sens. Il savait à quels désagréments un écrivain était exposé, il savait ce qu'il risquait, et quand les déboires dont nous venons de parler survenaient, il ne se croyait pas victime de la perfidie de ses contemporains o( ne criait pas à la conspiration ; il se contentait d'accuser la barbarie de son époque, et il s'efforçait d'amener des mœurs plus douces.
En dehors des condamnations prononcées contre Rousseau au sujet de ses ouvrages, où est la persécution?
Fut-il persécuté en Angleterre, à Trie, à Bourgoin, à Lyon, à Paris ? 11 y vécut libre et indépendant et il aurait joui dans toutes ces résidences d'une tranquillité parfaite s'il n'avait pas été en proie à une véritable maladie mentale.
On ne peut nier cependant que Jean-Jacques n'ait eu des ennemis; mais se les est-il attirés par sa faute ou a-t-il élé victime de haines inexplicables?
A l'en croire, il « ne fit, ne voulut, ne rendît jamais de mal à personne* », « il s'est toujours fait un devoir de pratiquer la morale de l'Évangile et, quand on l'a frappé sur la joue droite il a tendu la gauche »'; il parle