‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 325 sur 334 · Coufeêsionê, partie H, livelXf note · texte numérisé non relu

Coufeêsionê, partie H, livelXf note

3. Il disait cependant au duc de Wirtemberg : c J'ai écrit une fois à Voltaire que je le haUsais, et je lui en ai dit les raisons, j» (11 mai^ 1764.) Parlant de Grimm, il disait encore : « De Grimm, nous n'en parlerons pas, tout ce que j'en dirais serait suspect, parce que c'est le seul homme que j'ai pu haïr, n (D'Escherny, Œuvres philosophiques,) Causant avec Meister d'un Français célèbre, il s'écriait : « C'est un homme injuste! il ne m'a point fait de mal, mais je le hais, je le bais quoique mort. > < L'accent avec lequel il prononçait ces paroles me fit trembler, dit Meister; on aurait dit que c'était la justice divine qui prononçait ce jugement foudroyant «.(Bibliothèque de Genève, 1836.)

On a reproché aux quelques audacieux qui ont osé relever ses attaques d'avoir manqué de générosité et de n'avoir pas su pardonner à une imagination maladive ses défaillances et ses erreurs.

Il faut être juste : s'il est facile aujourd'hui de jeter un coup d'oeil d'ensemble sur la vie de Rousseau, il n'en était pas de môme pour les contemporains ; ils ne pouvaient juger le philosophe que d'après des faits isolés, et comment dans ces conditions reconnaître avec certitude le plus ou moins de responsabilité de ses actes? 11 ne faut pas oublier qu'en dehors de son idée fixe, Jean-Jacques conserva jusqu'à la fin toute la vigueur de son esprit : cela seul suffisait pour faire illusion. Comment les contemporains ne s'y seraient-ils pas trompés? Comment auraient-ils jugé irresponsable l'homme qui écrivait toujours avec la même puissance de logique et d'un style si merveilleux?

Assurément, quelques âmes généreuses traitèrent longtemps Rousseau en malade, sans s'inquiéter de ses soupçons et de ses injures, mais même pour elles ne vint-il pas un moment où il leur fallut se défendre contre d'odieuses imputations?

On pouvait quand on restait hors de la lutte prêcher la modération et la résignation; la tâche était moins aisée pour les victimes de Rousseau, et de ce que le philosophe paraissait inconscient aux yeux de quelques esprits perspicaces, la situation n'en était pas moins pénible pour ceux qu'il déshonorait.

En présence d'accusations publiques audacieusement

soutenues, que faire? Garder le silence? Celait avouer sa culpabilité et rester charge aux yeux des contemporains et de la postérité de calomnies abominables. Si Vemes, Hume, ne s'étaient pas défendus, ne resteraient-ils pas encore soupçonnés, l'un d'un horrible libelle, l'autre d'une conduite infâme? Tous ceux qui par générosité ou par dédain se sont tus devant les imputations de Rousseau n'ont-ils pas été cruellement dupes de la bonté de leur cœur'?

Rousseau, qui se disait à si juste titre, nous venons de le voir, le meilleur et le plus inofTensif des humains, ne se jugeait pas avec moins de sagacité quand il parlait de son goût pour l'amitié : « J'étais né pour l'amitié, dit-il, mon humeur facile et douce la nourrissait sans peine\ La candeur et la confiance font les délices de mon cœur. Je n'ai jamais connu dans la vie d'autre bonheur que celui d'aimer et d'être aimé*. »

En effet, il se créait des amis parce qu'il avait l'abord le plus sympathique; dans ses moments de calme, on le trouvait bonhomme, simple et gai, il inspirait la confiance, on se passionnait pour lui. Mais les démonstrations d'amitié lui devenaient vite importunes, les bienfaits l'irritaient, une funeste méfiance hantait sans cesse son esprit et il payait des plus vils

i. Nous n'en citerons d'autre exemple que Grimm, qui a toujours gardé vis-à-vis de son ennemi un dédaigneux silence, et que la postérité, impressionnée par les récits de Rousseau, a si sévèrement jugé.

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