‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 39 sur 334 · Janvier 17.59. Streckeisen-Moultou · texte numérisé non relu

Janvier 17.59. Streckeisen-Moultou

Ti. C'était le nom que portait la propriété des Délices avant d'avoir été acquise par Voltaire.

très humbles sujets du comte de Tournay?. Était-ce donc les mœurs de ces sybarites-là que vous étiez appelé à peindre, et deviez vous seulement vous souvenir que ces hommes étaient Genevois, après qu'ils l'avaient si indignement oublié eux-mêmes?* »

La Lettre sî/r les spectacles ne fit pas à Genève une moindre sensation qu'à Paris. Elle excita dans la bourgeoisie qui y était flattée outre mesure le plus grand enthousiasme, et dès lors Rousseau devint .l'idole des bourgeois de Genève. Ils prirent même tellement au sérieux sa diatribe contre le théâtre, que le patriarche devint pour eux un objet d'horreur, qu'à plusieurs reprises ils l'insultèrent, et que souvent le matin on trouvait affichés sur les murs du château des placards menaçants et injurieux. La longanimité du châtelain était donc d'autant plus méritoire qu'il voyait à quel point les attaques de Rousseau portaient leurs fruits et soulevaient les passions populaires. 11 comprit dès lors qu'il ne serait pas le plus fort sur le territoire de la République et qu'il pouvait renoncer à l'espoir d'établir jamais un théâtre aux Délices. Il prit donc la résolution d'émigrer sur une « terre libre ». 11 acheta dans le pays de Gex les terres de Ferney et de Tournay, où il lui était loisible de faire jouer la comédie tout à son aise :

« Je me ruine, je le sais bien, écrivait-il, mais il m'a fallu absolument être seigneur de Ferney et de Tournay, parce

i. Janvier 1760.

qu^il arrivera infailliblement que les prôtres de Baal dans trente ou quarante ans d*ici voudront me faire bniler comme Scrvet et Antoine, cl que je veux ôlre en état de les faire pendre aux créneaux de mes châteaux. »

Pour se venger de ces prêtres intolérants, il entreprit contre eux sur cette question du théâtre une lutte qui dura plus de vingt ans! lutte qui, après des alternatives de succès et de revers, finit par son triomphe complet * .

Dès qu'il connut la réponse de d'Alembert, il s'empressa de lui écrire :

(( Vous avez daigné accabler ce fou de Jean-Jacques par dos raisons, et moi je fais comme celui qui, pour toute réponse à des arguments contre le mouvement, se mit à marcher. Jean-Jacques démontre qu'un théâtre ne peut convenir à Genève, et moi j'en bâtis *. »

i. Voltaire ne pardonna jamais aux PrédicanU les tracasseries qu'ils lui avaient fait éprouver. Dans la Guerre de Genève il a fait de la Rome protestante ce portrait peu flatté :

Au pi«Hl d'un mont quo los ton)|>s ont poI<S Sur le rivaffo où, roulant sa holJe on<l<î, L<> Hhôiio ôchappe à sa prison profonde. Et court au loin par la Saône appelé, On voit briller la cité genevoise.

Noble rite, ricbe, lière et sournoise; On y calcule et jamais on n'y rit. I/art de llaréme est le seul qui fleurit ; (hi bail le bal, ou hait la comédie; iMi faraud Hameau l'on ij;nore les airs. Pour tout plaisir Genève psalmodie Du bon David les antiques concerts, Croyant (jue Dieu se plait aux mauvais vers Des prédicants la morne et dure espèce Sur tous les fmnts y grave la tristesse.

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