‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 44 sur 334 · A Moultou, i · texte numérisé non relu

A Moultou, i

pu lutter ainsi conire l'Iiôte néfaste des Délices et contrebalancer son influence. Si le seul amour de la patrie le guidait, que n'agissait-il ainsi?

Lui-même a prévu l'objection et y a répondu :

a J'aurais dû peut-être aller faire tôte à Torage, si je m*en étais senti le talent. Mais qu'eussé-je fait seul, timide et parlant très mal, contre un homme arrogant, opulent, étayé du crédit dos grands, d*une brillante faconde, et déjà l'idole des femmes et des jeunes gens? Je craignis d'exposer inutilement au péril mon courage, je n*écoutai que mon naturel paisible, mon amour du repos.... '. o

Le naturel paisible et Vamour du repos jouèrent un faible rôle dans la détermination du philosophe. Ce qui le décida, c'est qu'il ne se sentit pas de force à soutenir la lutte. Car enfin la patience de Voltaire aurait des bornes; à force de l'irriter, il finirait par réveiller le vieux lion; il se voyait déjà la proie de cet esprit cruel et mordant, il se voyait vaincu dans sa propre patrie.

Et puis à Genève la vie pour lui n'eût pas été tenablc. Certes, il eût été entouré d'une cohorte de fidèles dévoués jusqu'au martyre; suivi par le peuple et une partie de la bourgeoisie, il aurait pu facilement troubler le repos du seigneur de Ferney ; mais quel dépit de le voir dans ses châteaux mener un train de prince, donner des fêtes où Ton accourait de Dijon et de Turin,

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