‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 45 sur 334 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sommaire : Rupture de Rousseau avec Mme d*Épinay, Grimm, Diderot, d'Holbach. — Lettre à Voltaire. — Rupture avec le patriarche. — La lettre sur la Providence. — Rousseau veut la faire paraître. — Il y renonce.

Depuis que Rousseau était installé à l'Ermitage, l'infirmité dont il soutirait avait fait de grands progrès; en même temps les fatales prédispositions mentales dont il avait le germe s'étaient sensiblement développées sous l'influence tout à la fois de la maladie et de l'isolement.

Après s'être créé à Paris les amitiés les plus honorables, après avoir trouvé auprès de Mme d'Épinay un asile assuré, Rousseau, poussé par une inconcevable manie, se crut l'objet des plus noirs desseins, la victime d'inlâmes trahisons, et il rompit successivement avec Mme d'Épinay, Grimm, Diderot, d'Holbach et tous les intimes de la petite coterie philosophique.

L'histoire de celte rupture ne rentre pas dans le cadre • de notre récit*, mais il est utile cependant d'en dire quelques mots, car c'est la première crise véritable qu'on remarque chez le philosophe et c'est, le point de départ d'un dérangement d'esprit qui ne fera que croître dans l'avenir.

Quand Jean- Jacques s'établit à l'Ermitage, Grimm, qui le connaissait bien pour l'avoir pratiqué pendant des années et qui le jugeait avec une clairvoyance impitoyable, prédit à Mme d'Épinay tous les désagréments qui résulteraient pour elle de la bonté de son cœur :

a Vous lui rendez un fort mauvais service, lui dit-il, de lui donner Thabitation de rErmilage; mais vous vous en rendez un bien plus mauvais encore. La solitude achèvera de noircir son imagination; il verra tous ses amis injustes, ingrats, et vous toute la première, si vous refusez une seule fois d'êlre à ses ordres ; il vous accusera de Tavoir sollicité de vivre auprès de vous, et de Tavoir empêché de se rendre aux vœux de sa patrie. Je vois déjà le germe de ses accusa-^ lions dans la tournure des leltres que vous m'avez montrées....*. »

Les événements ne justifièrent que trop ces fâcheux pronostics. La solitude en effet était ce qui convenait

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