M. de Gauffecourt fut receveur des sels du Valais
VOLTAIHE ET J.-J. ROUSSEAU
mier général de la Popclinicrc*, Rousseau eut la bonne fortune de plaire au financier, qui fit représenter les Mvses galantes sur son théâtre particulier. Le maréchal de Richelieu, pour les raisons que l'on sait, restait fort assidu chez Mme de la Popelinière; il entendit le nouvel opéra, daigna le trouver de son goût et le fit jouer chez M. de Ronneval, intendant des Menus. Peu de temps après, Fauteur recevait du noble duc une mission qui dut le combler de joie et lui faire entrevoir enfin un avenir plus calme et plus heureux.
Pendant l'hiver de 1742, on jouait beaucoup à Versailles sur le théâtre des Petites-Ecuries. Le règne de la marquise de Pompadour était à son aurore, on s'efforçait à l'envi de plaire à la nouvelle favorite en égayant une cour que la récente maladie du roi et la mort presque tragique de la duchosse de Châteauroux avaient singulièrement assombrie. Richelieu présidait à ces divertissements et il eut l'idée de faire reprendre la Princesse de Navarre que Voltaire avait donnée quel-
i. Popelinière (Alexandrc-Jean-JoFcph Le Ridie de la) (1692-176^, financier bd esprit; il se piquait de protéger les leilrcs et les beauxarts et donnait dans sa maison de Passy des lôles somptueuses. Tous les jeiuios g>>us qui débutaient é'nient sûrs de trouver en lui un appui Téi'itable.. c Sa maison, dit Grimm, était le réceptacle d'une fouie de gens de tous les états tu'és indistinctement de la bonne et de la mauvaise compagnie. Gens de la cour, gms du monde, gens de letties, artistes, étrangers, acteurs, actrices, filles de Joie, tout y était ras.*>einblé. On appelait >a maison une ménagerie ^ et le uiatti^e le sut tau. » La Popelinière avait ét'ousé la fille de Miiui-Oancuurt la comédienne. Hs se sépaiënnt lorsqu'il eut découvert dans la cheminée du boudoir de sa femme une plaque à charnière qui cachait une communication avec la maison voisine, et par la<|ueile le duc de Uichelieu pénétrait chaque jour.
ques mois auparavant et dont Rameau avait composé la musique. Mais, pour divers motifs, la pièce n'était plus de saison; il fallait en modifier certaines parties, et comme les auteurs se trouvaient en ce moment beaucoup trop occupés du Temple de la Gloire * pour qu'on pût leur rien demander, Richelieu songea au jeune protégé de M. de la Popelinière; il le pria de modifier dans le sens voulu la Princesse de Navarre et de mettre d'accord les vers et la musique.
Le travail terminé, Jean-Jacques eut la convenance d'écrire à Voltaire une lettre des plus respectueuses pour lui soumettre les modifications apportées à son œuvre, dont le titre môme avait disparu pour faire place à celui des Fêtes de Ramire.
0 Monsieur, il y a quinze ans que je travaille pour me rendre digne de vos regards et des suins dont vous favorisez les jeunes muses en qui vous découvrez quelque talent, liais, pour avoir fait la musique d*un opéra, je me trouve, je ne sais comment, mélamorphosé en musicien. C*est, Monsieur, en cette qualité que M. le duc de Richelieu m'a chargé des scènes dont vous avez lié les divertissements de la Princesse de Navarre, Il a même exigé que je fisse, dans les canevas, les changements nécessaires pour les rendre convenables à votre nouveau sujet.... Je vous supplie. Monsieur, de vouloir les examiner, ou plutôt d'en substituer de
i. Cette pièce fut représrntéc & Versailles le 27 novembre 1743; les costiiiacs étaient mngniliques; on avait Tait pour la liguration plus, de quatre cents liatiits à huit cent* livres pièce. Voltawe demandait un jour à Voisonon s'il a ait vu le Temple de la Gloire : c J'y suis aUé, répoodit l'abbéi elle n'y était pas, je lue suis fait inscrire. »
plus dignes de la place qu'ils doivent occuper. Quant au récitatif, j'espère aussi, Monsieur, que vous voudrez bien le juger avant Texécution, et m*indiquer les endroits où je me serai écarté du beau et du vrai, c'est-à-dire de votre pensée. Quel que soit pour moi le succès de ces faibles essais, ils me seront toujours glorieux s'ils me procurent Thonneur d'être connu de vous, et de vous montrer Tadmiration et le profond respect avec lesquels j*ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble, etc. o
J.-J. Rousseau^ citoyen de Genève ^
Jean-Jacques, dans ses Confessions , commet une inexactitude : a Avant toutes choses, dit-il, je ne voulus loucher aux paroles que de l'aveu de l'auteur et je lui écrivis à ce sujet une lettre très honnête.... Autorisé par M. de Voltaire..., je me mis au travail, et en deux mois ma besogne fut faite. » Le procédé eût été irréprochable en effet, mais les choses ne se sont pas passées ainsi, et les souvenirs de Rousseau Tont mal servi. Il a d'abord modifié le texte, et sa propre lettre le prouve, puis il a écrit à l'auteur pour solliciter son agrément. Il y a là une nuance, et des plus sensibles.
Voltaire à cette époque venait d'atteindre sa cinquante et unième année. Sa vie, en dépit de quelques légers déboires, de plusieurs séjours à la Bastille, n'avait été qu'un long triomphe. Il était au comble de la réputation et de la gloire. L'amitié dont rhonoratent