‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 53 sur 334 · Confessions. Partie II, livre X · texte numérisé non relu

Confessions. Partie II, livre X

2. Trublet (Nicolas-Charles-Joseph) (1697-1770). Rousseau TappeUe dans les Confessions a une manière de dcmi-carard. j> C'était un écrivain médiocre dont Voltaire 8*est moqué sans pitié dans le Pauvre Diable, \l (ut pourtant de l'Académie, mais il resta candidat si longtemps que toute

même lettre.... Voilà, Monsieur, tout ce que j'ôTi sais, il est très sûr que jusqu*ici Ton n*avait pas même ouï parler à Paris de cette lettre. Il est très sûr que Texemplaire, soit manuscrit, soit imprimé, tombé dans les mains de M. Formey, n*a pu venir que de vous, ce qui n*est pas vraisemblable, ou d*une des trois personnes que je viens de nommer. Enfin, il est très sûr que les deux dames sont incapables d*une pareille infidélité. Je n'en puis savoir davantage de ma retraite. Vous avez des correspondances au moyen desquelles il vous serait aisé, si la chose en valait la peine, de remonter à la source et de vérifier le fait.... »

Si trois personnes seules ont connu la lettre et que les deux dames soient incapables d'infidélité, le soupçon ne peut s'égarer et le coupable est facile à trouver. C'est donc Grimra qui a commis l'indiscrétion. Mais cette accusation si nette et si précise est faite sans preuves aucune et rien n'est jamais venu la confirmer.

Rousseau, à l'en croire, n'a pris la plume que pour se disculper auprès de Voltaire; cependant, son innocence établie, il n'en reste pas là et il croit devoir terminer sa lettre par les aménités suivantes :

a Je ne vous aime point, Monsieur, vous m'avez fait les maux qui pouvaient m'être les plus sensibles, à moi votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour prix de l'asile que vous y avez reçu ; vous avez aliéné de

-la compagnie se renouvela avant qu'il ne fût admis au nombre des quarante. « Ce qu'il y a de désespérant pour la nature humaine, écrit Voltaire à d'Alembert, c'est que ce Trublet est athée comme le cardinal de Tencin et qu^^ce malheureux a travaillé au journal chrétien pour entrer à l'Académie par la protection de la reine, i (19 mars 1761.)

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moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux : c'est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté, pour tmit honneur, dans une voierie, tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais enfm, puisque vous l'avez voulu; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer, si vous l'aviez voulu. De tous les sentiments dont mon cœur était pénétré pour vous, il n'y reste que Tadmiration qu'on ne peut refuser à votre beau génie, et l'amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n'est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect qui leur est dû, ni aux procédés que ce respect exige. Adieu, Monsieur^ »

Cette lettre fut un acte de véritable folie. Jean- Jacques n'îivait pas le moindre grief contre Voltaire, et il ne parlait de cette soi-disant corruption, que pour déguiser les véritables motifs de sa haine. Son irritation venait d'une tout autre cause, et lui-même découvre inconsciemment la blessure qui saigne dans son cœur. 11 ne suffit pas à Voltaire d'être riche, heureux, comblé d'honneurs, il a fallu encore qu'il vienne à Genève; son crime, son crime irrémissible, c est d'y avoir, lui, étranger, pris la place de Rousseau, Genevois; c'est d'y jouir d'un prestige qui ne laisse nulle place à une réputation rivale; c'est, par le fait seul de sa présence, d'en rendre le séjour intolérable pour Rousseau.

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