‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 54 sur 334 · HoDtmorcncy, 17 juin · texte numérisé non relu

HoDtmorcncy, 17 juin

Vous avez aliéné de moi mes concitoyens; vous me rendez le séjour de mon pays insupportable; vous me ferez mourir en terre étrangère tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays.

Voilà les motifs évidents, incontestables, de la colère du philosophe. Voltaire a pris sa place dans son pays et c'est ce qu'il ne lui pardonnera jamais.

Jean-Jacques raconte qu'au reçu de sa lettre, le patriarche « jeta les hauts cris comme s'il avait reçu une insulte abominable et que, pour mettre sa brutalité plus à l'aise, il fit semblant d'être irrité jusqu'à la fureur*. » Lui devait-il des remerciements empressés?

Rousseau comptait bien (jue ce procédé pousserait à bout son ennemi et le ferait sortir, du calme dont il ne s'était pas encore départi. Mais cet espoir fut cruellement déçu. A deux attaques courtoises en apparence, . Voltaire a répondu par le silence; à cette attaque inqualifiable, il fait la même réponse; pour la troisième fois l'agresseur se heurte au parti pris du silence. Certes, Voltaire dut être indigné de cette haine persistante de la part d'un homme de lettres, qu'il avait toujours ménagé plus qu'aucun autre, qu'il ne demandait qu'à aimer, mais s'il fut a irrité jusqu'à la fureur », il eut du moins l'esprit de ne le pas témoigner. « C'est dommage que la tête ait tourné à cet homme », dit-il simplement après avoir pris connaissance de la lettre*.

A peine y fait-il quelques allusions dans sa Corres-

i. ConfestioM, Partie H, livre X.

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