décembre 1760, à Lenieps
ces grivoiseries continuelles, héritage de Ri Régence. Le scepticisme, la gouaillerie, le cynisme avaient fini par fatiguer, on en avait tant abuse' !
On se prit d'enthousiasme pour ces héros, qui parlaient si bien de Tamour. « Ils passèrent presque pour platoniques, parce qu'ils n'étaient plus libertins; en même temps, comme ils gardaient quelque chose de sensuel, le siècle n'était pas trop dépaysé. La société aimait à se trouver purifiée sans se converlir; elle se prêtait de bonne grâce à un repentir qui n'était pas une mortification'. » L'enthousiasme devint de la fureur, surtout chez les femmes, dès qu'on supposa que Rousseau avait écrit sa propre histoire : « Tout le monde, dit-il, était persuadé qu'on ne pouvait exprimer si vivement des sentiments qu'on n'aurait point éprouvés, ni peindre ainsi les transports de l'amour, que d'après son cœur.... Je ne voulus ni confirmer, ni détruire une erreur qui m'était avantageuse'. »
Nous trouvons dans une correspondance inédite une
1. Rousseau, dans son ouvrage, ne se contente pas de peindre Tamour, il découvre la nature, qu'on paraissait ignorer jusqu'à lui. On plaçait toujours les chftteaux dans les bas-fonds, et, quand par hasard ils se trouvaient sur une hauteur, on avait grand soin de leur faire tourner le dos à la vue; quand ce n'était pas possible, on masquait le paysage par un épais rideau d'arbres. Les éblouissantes descriptions du philosoplie, son style éclatant et coloré, éveillèrent un sens qui sommeillait encore. Grâce n lui» les beautés de la nature frappent l'homme, on les perçoit, on les admire, on se passionne pour elles. Est-ce à dire que personne avant Rousseau n'ait su les apprécier? Bien d'autres les avaient connues, et Voltaire en particulier, y avait été sensible dès son aiTivée en Suisse, mais personne n'avait amené dans les esprits la révolution qui fut l'œuvre de Rousseau.
2. Saint-Marc Girardin, Jean-Jacques Rousseau, sa vie et ses œuvres,