Voir à Tappendice les propositions de Jean-Jacques
OU d*autre, il sera toujours plus avantageux pour moi de savoir à quoi m*en tenir que de rester plus longtemps dans Tétat de perplexité et d*incertitude où je vis depuis deux mois et môme depuis trois, que le manuscrit est entre ses mains.
En attendant, je travaille à tout événement à mettre en état mon brouillon, ce qui n*est pas une petite aflaire, la copie étant mise dans un autre ordre et considérablement augmentée. J*espére avoir tout dit et que c*est ici la dernière iraportunité que vous recevrez de moi sur cette affaire. Malheureusement pour vous, Monsieur, je n*ai que celle-là et vous éprouvez trop avec moi la vérité du proverbe. Je le sens, j*en gémis, j*embrasse vos genoux et je me tais^ »
Désolé de Tétat d'inquiétude extrême dans lequel se trouvait son ami, M. de Malesherbes s'empressa de rentrer à Paris pour aviser aux mesures à prendre. Duchcsne, interrogé, répondit avec un tel air d'ingénuité, une telle candeur, que le directeur de la librairie fut pleinement convaincu de son innocence. En somme, le traité avait été signé à la fin d'août, il n'y avait que trois mois d'écoulés, et pour qui connaît les éditeurs, c'était un retard fort ordinaire.
Malesherbes écrit aussitôt à Rousseau le résultat de son entrevue, en lui marquant que le seul reproche qu'on peut adresser à Duchesnc est un peu trop de lenteur et que quant à lui, il « n'a jamais vu de libraire à qui les auteurs pour qui ils impriment ne fassent ce reproche. » Cependant, pour donner satisfac-
1. Inédite, Montmorency, 30 novembre 1761. Bib. Nat. Nss. f. fr. n. a.
lion à son ombrageux correspondant, il lui promet de faire surveiller l'impression par un homme à lui qui exigera un certain nombre de feuilles par semaine*. Cette lettre très rassurante calme les terreurs de Jean-Jacques qui répond dès le 8 décembre :
(( Je comprends, Monsieur, sur le détail dans lequel vous daignez entrer avec moi, combien mon étourderie et mon indiscrétion auraient dû vous paraître inexcusables et combien vous les avez couvertes d*indulgcnce, de bontés et de soins. Cependant, malgré ce qu*a pu vous dire le sieur Duchesnc, mon inquiétude n'était peut-être pas aussi déraisonnable qu*elle le parait. Si je n*avais que sa lenteur à lui reprocher, il ne serait là-dessus que dans le cas des autres ibraires et moi dans le cas des autres auteurs. Mais la conduite qu*il tient et le mystère impénétrable dont il s'enveloppe avec moi ne sont point de l'usage acccoutumé. Quelque peu qu'avancent les libraires, ils font quelque chose, ou conviennent qu'il ne font rien; mais après trois mois d'empressement et deux mois de travail, j'en suis encore à savoir si celui-ci a réellement commencé. Après m'avoir tenu trois semaines entières sur deux épreuves allant et venant, je suis tout étonné, quand j'attends les bonnes feuilles, d'apprendre qu'il a défait les formes sous le plus frivole prétexte. On recommence sur nouveaux frais, on travaille à la fois sur deux volumes, Tentreprise promet de la rapidité, et le tout aboutit à cinq ou six feuilles dont les épreuves vont et viennent depuis un mois sans que rien s'achève; quand je demande de bonnes feuilles, on ne m'en envoie point, quand je demande au moins s'il y en a, on ne me répond point; j'en suis encore à savoir ce que sont devenues mes correc-