Mémoires de Mme d'Épinay
VOLTAIRE ET J. -J. HOUSSEAU 15
quaienl complètement. Rappelant ses souvenirs des Char* mettes, l'auteur des Confessions dit en effet :
« Rien de tout ce qu'écrivait Voltaire ne nous échappait. Le goût que je pris à ces lectures m'inspira le désir d'apprendre à écrire avec élégance et de tAcher à imiter le beau coloris de cet auteur, dont j'étais enchanté. Quelque temps après parurent ses Lettres philosophiques. Quoiqu'elles ne soient assurément pas son meilleur ouvrage, ce fut celui qui m'attira le plus vers l'étude, et ce goût naissant ne s'éteignit plas depuis ce temps-là ^ »
Les tragédies de Voltaire avaient môme le don de le troubler profondément. A une représentation d'.l/îire, il est ému « jusqu'à en perdre la respiration », et il sort avec des palpitations violentes, dont il est plusieurs jours malade. « Pourquoi, s'écrie-t-il, y at-il des cœurs si sensibles au grand, au sublime, au pathétique* ! »
En 1749, l'Académie de Dijon met au concours cette question : « Le rétablissement des sciences et des arts a-t-il contribué à épurer ou à corrompre les mœurs? »
Rousseau s'enthousiasme du sujet et veut le traiter. Il consulte Diderot.
« Quel parti prendrez-vous, lui dit le philosophe?
— Le parti de l'affirmative.
— C'est le pont aux ânes, reprend Diderot, tous les talents médiocres prendront ce chemin-là, et vous n'y