‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 93 sur 334 · Rousseau au pasteur de MonUnoUin, 14 août · texte numérisé non relu

Rousseau au pasteur de MonUnoUin, 14 août

rÉcritore Sainte et des Prophéties, la certitude des miracles énoncés dans les livres saints, rinfaiilibilité de la révélation, Tautorité de TËglise.... Que tels sont les prin-* cipes impies et détestables que se propose d'établir dans son ouvrage cet écrivain qui soumet la religion à l'examen...; qu*à ces impiétés, il ajoute des détails indécens, des explications qui blessent la bienséance et la pudeur, des propositions qui tendent à donner un caractère faux et odieux à Tautorité souveraine, à détruire le principe de Tobéissance qui lui est due, et à affaiblir le respect et Tamour des peuples pour leurs rois^... »

En conséquence, Touvrage fut lacéré et brûlé en la cour du PalaiSy au pied du grand escalier, par rexccuteur de la haute justice. L'arrêt était du 9 juin, l'exécution eut lieu le 11. Un des plus singuliers arguments invoqués par le parlement, pour justifier sa sévérité, est l'audace de l'auteur, qui n'a pas craint de mettre son nom à la tèle de l'ouvrage. Il était tellement passé dans les mœurs de publier les œuvres dangereuses sous le voile de l'anonyme que ce que Jean-Jacques considérait comme une preuve de loyauté lui fut reproché comme une provocation et une marque d'impudence *.

On ne se contenta pas de brûler VÉmile, on prit des

i. Rousseau conserva un exemplaire de l'arrêt du parlement et il écriTit sur les marges ses critiques article par article. Cette pièce se trouve à la bibliothèque de Meufchâtel.

- S. L'arrêt du parlement de Paris dit en effet : a Que l'auteur de ce livre n'ayant point craint de se nommer lui-même, ne saurait être trop promptement poursuivi, qu'il Cbt important, puisqu'il s'est fait connaître, que la justice se mette à portée de faire un exemple, tant sur l'auteur que sur ceux quon pourra découvrir avoir concouru soit à rimpreMêion^ soit à la distribution d'un pareil ouvrage^ digne, comme . eux, de toute sa sévérité, t

lOi VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEill

mesures contre l'auteur ; l'arrêt du parlement ajoutait en effet :

« • » Que le nommé Jean-Jacques Rousseau, dénommé au frontispice du livre, sera pris et appréhendé au corps, et amené ès-prisons de la Conciergerie du Palais pour être ouï et interrogé sur les faits dudit livre et répondre aux conclusions que le procureur général entend prendre contre lui. »

Le 8 juin, Jean-Jacques discute encore avec calme sur Tulililé de son livre : « En parlant aux hommes pour leur vrai bien, écrit-il à la Popelinièrc, en rendant gloire à Dieu, en arrachant aux préjugés du vice Tautorité de la raison, je me suis mis en état en quittant la vie de rendre à Fauteur de mon être compte des talents qu'il m'avait confiés*. »

Dans la nuit du 8 au 9 juin, le prince de Conti fait prévenir la maréchale de Luxembourg, « que Ton est déterminé à procéder contre Rousseau à toute rigueur. »

« La fermentation, marque le prince, est extrême ; rien ne peut parer le coup ; la cour Texige, le parlement le veut; à sept heures du matin, il sera décrété de prise de corps, et l'on enverra sur-le-champ le saisir; j'ai obtenu qu'on ne le poursuivra pas s'il s'éloigne ; mais s'il persiste à vouloir se laisser prendre, il sera pris. »

Vivement sollicité par ses amis, Jean-Jacques renonçd à ses idées de résistance et prit la fuite. Il est évident que la maréchale de Luxembourg et M. de Maleslierbes^

Page 1