‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 97 sur 334 · juin 1762. Streckeiscn-HouUou · texte numérisé non relu

juin 1762. Streckeiscn-HouUou

« Mon premier mouvement fut de me retirer à Genève ; mais un instant de réflexion sufût pour me dissuader de

faire cette sottise Je savais que le Discourt sur r inégalité

avait excité contre moi, dans le Conseil, une haine d'autant plus dangereuse qu*il n'osait la manifester. Je savais qu en dernier lieu, quand la Nouvelle Uéloïse parut, il 8*était pressé de la défendre à la sollicitation du docteur Tron-

chin Je savais que, malgré tous les beaux semblants, il

régnait contre moi dans tous les cœurs genevois, une secrète jalousie, qui n'attendait que l'occasion de s'assouvir. Néanmoins l'amour de la patrie me rappelait dans la mienne; et si j'avais pu me flatter d'y vivre en paix, je n'aurais pas balancé; mais l'honneur ni la raison ne me permettant pas de m'y réfugier comme un fugitif, je pris le parti de m'en rapprocher seulement, et d'aller attendre en Suisse celui qu'on prendrait à Genève à mon égard*. »

Ces aveux sont précieux à retenir.

Son irritation contre ses concitoyens ou du moins contre la partie de ses concitoyens qu'il savait liée avec le philosophe de Ferney, n'avait fait que croître pendant ces dernières années. Dans les faits les plus simples il croyait voir des marques d'animosité contre lui.

« Vous qui dites que je suis si bien voulu dans Genève, écrivait-il à Moultou, répondez au fait que je vais vous exposer. II n'y a pas une ville en Europe dont les libraires ne recherchent mes écrits avec le plus grand empressement. Genève est la seule où Rey n'a pu négocier des exemplaires du Contrat social. Pas un seul libraire n'a voulu s'en charger'? »

i. Confessions, Partie H, liv. XI.

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