‹ Quesnay et la PhysiocratieChapitre 46 sur 88 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

*■—■ l'agriculture et le colbertisme

Les économistes sont en général assez mal vus par les agriculteurs. Ceux-ci sont bien ingrats, car le père de la physiocratie était un apologiste de l'agriculture. « De tous le9 moyens de gagner du bien, dit-il, il n'en est pas de meilleur, de plus abondant, de plus agréable, de plus convenable de l'homme, de plus digne de l'homme libre, que l'agriculture. »

Et dans ses Maximes de gouvernement il ajouta :

« La terre est l'unique somme de richesses et c'est l'agriculture qui la multiplie. » (M. III.)

L'article Grains de 1757, qui contient en germe toutes les idées dominantes du système physiocratique, est une apologie de l'agriculture. Ce n'était pas chose neuve; car dans l'antiquité;, au moyen âge, l'agriculture était considérée comme la seule profession réellement productive. Tandis que l'industriel, l'artisan, le commerçant était dédaigné, le noble pouvait cultiver ses terres sans déchoir. Colbert fit une révolution, qui ne fut pas heureuse du reste, en cherchant à protéger l'industrie contre l'agriculture.

INTRODUCTION. LIH

Il croyait, d'après la théorie de la balance du commerce, que pour importer de l'argent de l'étranger, il fallait subventionner et protéger les industries de luxe, soieries, dentelles, tapisseries, glaces : pour protéger cette industrie, destinée à l'exportation, il défendait en même temps l'exportation des grains, afin que la fabrication et la main-d'œuvre fussent moins chères qu'à l'étranger. « Pour gagner quelques millions à tisser et à vendre de belles étoffes, disait Quesnay, nous avous perdu des milliards sur le produit de nos terres; et la nation, parée de tissus d'or et d'argent, a cru jouir d'un commerce florissant. » Quesnay dissipait cette illusion par des faits. Il rappelait qu'en 1621 les Français étaient de grands exportateurs de blé chez les Anglais. Il estimait qu'alors les récoltes étaient de 70 millions <Ie setiers taudis qu'elles étaient tombées de son temps à 4-ï millions.

Il opposait Sully à Colbert. Il montrait la nécessité d'augmenter la production des terres. Il disait que « le revenu n'est pas simplement à raison du produit, mais à raison du produit et des frais » : et il prouvait que * les profits d'une culture imparfaite ne sont pas comparables à ceux d'une bonne culture ». Pour provoquer le progrès de l'agriculture, il fallait donner la liberté au commerce des grains, c'està-dire à leur exportation. A ceux qui l'accusaient de vouloir faire ainsi la cherté des

LIV LNTRODUCTIO.W

grains, il répondait que malheureusement leur exportation serait fort bornée, faute de clients. A ceux qui l'accusnient de préparer la famine en cas de mauvaise récolte, il répondait par cet argument si simple : « Il n'y a que les nations où la culture est bornée à leur seule subsistance qui doivent redouter les famines (1). » En Angleterre, en 1689,1e gouvernement anglais payait une prime à l'exportation des grains. D'après un rapport présenté en 1751 à la Chambre des communes, lAngleterre avait vendu en cinq années aux autres nations pour 7 405 000 livres sterling qui faisaient 170 millions de livres de France. La France avait dû en acheter pour plus de 10 millions, et on considérait qu'une bonne récolte en Angleterre pourrait pourvoir aux besoins pendant cinq ans. Bien loin de s'effrayer, comme certains de nos compatriotes, du développement de l'élevage du bétail qu'ils considéraient comme risquant de diminuer la production du blé, il recommandait « la multiplication des bestiaux : car ce sont eux qui fournissent aux terres les engrais qui procurent les riches moissons ».

Très préoccupé de la protection donnée par le gouvernement à certaines industries et manufactures, il considérait que l'accroissement des villes pouvait être causé par une opulence préjudiciable aux campagnes ('2). Il voyait dans

(1) Art. Gbains, p. 222.

(2) Villes.

Page 1