III. — Position actuelle de la Question d’Orient
Il est difficile de séparer l’histoire de la politique quotidienne, et, parmi le réseau serré des dépêches de toute origine et des nouvelles plus ou moins vérifiées, de distinguer les phénomènes d’aujourd’hui qui deviendront l’histoire de demain. En ce triage toujours délicat, il faut surtout se garder d’exagérer l’importance des faits immédiatement contemporains, qui, parce qu’ils remplissent les journaux et font baisser la rente, s’imposent à l’attention et risquent d’effacer les lignes essentielles de l’évolution politique. Le moyen de les réduire à leur vraie mesure est de les envelopper dans le milieu historique dont ils ne sont que des épisodes.
Or, même en tenant compte des circonstances temporaires qui peuvent en altérer momentanément l’aspect général, voici, semble-t-il, les grands traits historiques auxquels se ramène aujourd’hui la Question d’Orient.
La renaissance des nationalités chrétiennes dans les Balkans est assurément Lun des plus remarquables, le plus remarquable peut-être.
Quand Mahomet le Conquérant fut entré dans Constantinople et qu’il eut transformé Sainte-Sophie en mosquée, il en fit recouvrir toutes les peintures d’un enduit de chaux et flanqua la coupole de deux minarets. Les minarets sont faciles à abattre, et Sainte- Sophie reprendrait aisément son premier caractère de basilique chrétienne ; l’enduit de chaux musulmane n’a servi qu’à préserver les peintures chrétiennes de l’action du temps; il s’effrite aujourd’hui, tombe par morceaux lamentables, et les images, les mosaïques du temps de Justinien reparaissent aussi fraîches, aussi brillantes qu’autrefois ; elles ne forment pas encore un tout, et leur dessin est encore indistinct : mais d’année en année leurs plaques lumineuses grandiront, se rejoindront, Sainte- Sophie reprendra toute sa beauté première.
Déjà se sont formés le Monténégro, la Grèce, la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, et le destin ironique a pris pour