‹ Question d'Orient depuis ses origines jusqu'aÌ€ nos joursChapitre 79 sur 131 · J. Darmesteter · texte numérisé non relu

J. Darmesteter

EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES

son impuissance politique. Ils se sont démembrés en Étatsennemis, sans cesse en lutte, épuisés les uns par les autres. On divise communément ces régions en trois États : le Béloutchistan, l’Afghanistan et la Perse. Mais le Béloutchistan, aride en grande partie, n’est parcouru que par quelques tribus nomades, qui n’ont pas de chef commun ni de gouvernement régulier.

L’Afghanistan, forteresse jadis de glorieux conquérants, est partagé au moins entre trois États, et, si Kaboul est la capitale de l’émir le plus puissant, les tribus de Kandahar, de Hérat, d’autres encore, ne lui obéissent pas. Ce n’estplus qu’un pays d’anarchie et de pillage, disputé entre les peuples de l’Indus ou de la Perse, entre ses nombreux chefs. C’est le khan Mahmoud, renversé en 1803 par son frère Shah-Shoudja ; celui-ci renversé à son tour, réfugié auprès du puissant maliarajah des Seykhs de l’Indus, Runjeet- Singh et retenu prisonnier par lui, puis accueilli par les Anglais. C’est le puissant vizir de Mahmoud, Féti-khanr aveuglé, décapité, coupé en morceaux par ordre de son souverain, puis vengé par son frère Dost-Mohammed, devenu khan de Kaboul à son tour. Les Anglais allaient trouver dans cette anarchie l’occasion d’intervenir.

La Perse est moins misérable, moins troublée en apparence ; elle n’est pas beaucoup plus forte. Elle a conservé pourtant, au milieu des peuples mahométans, son originalité. Elle a consacré un culte spécial à Ali, le mari de Fatimar la fille du prophète, et considère les premiers khalifes comme des usurpateurs. Elle est restée chiite, et témoigne aux autres musulmans sunnites, pour elle des hérétiques, une haine plus ardente même qu’aux infidèles. Ce n’est là que l’expression de l’indépendance religieuse qu’elle a gardée ; car, sous la conquête musulmane, elle est restée fidèle à ses vieilles traditions. Le chiisme n’est pour elle que la forme nouvelle de sa nationalité.

Elle n’en a pas moins subi l’influence énervante de la domination turque. La dynastie des Kadjars, qui y règne depuis le siècle dernier, n’est pas nationale ; elle est d’origine turcomane : c’est pourquoi elle a sa capitale à Téhéran,, dans la partie septentrionale du pays, à l’écart de la Perse proprement dite. Marquée, comme les autres dynasties turques, des signes de la décadence, cette dynastie, depuis le commencement du siècle, peut-être parce qu’elle n’a pas pu enfoncer de profondes racines dans le pays, s’est appuyée

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