‹ Question d'Orient depuis ses origines jusqu'aÌ€ nos joursChapitre 9 sur 131 · L’EMPIRE BYZANTIN · texte numérisé non relu

L’EMPIRE BYZANTIN

Justinien eut cependant de redoutables voisins contre lesquels il soutint des guerres moins glorieuses. Les Huns, établis, depuis la mort d’Attila, sur les bords du Danube moyen, pillèrent la Thrace en 540 et pénétrèrent jusqu’en Grèce ; Bélisaire eut à défendre Constantinople contre leurs attaques. Mais ce n’étaient là que des envahisseurs de passage, presque aussitôt disparus ; il ne fut bientôt plus question des Huns, et leurs héritiers dans la vallée du Danube, les Avars, terribles à l’Allemagne, le furent moins à l’empire d’Orient. Les Slaves furent pour Constantinople un danger plus durable.

Arrivés sur les bords du Danube à la suite des Germains, Wisigoths, Ostrogoths, continuellement pressés par les grandes migrations des peuples de l’Asie, les Slaves avaient de bonne heure franchi le fleuve. Les Bulgares, peuple finnois, qui se mêlèrent aux Slaves des Balkans et leur donnèrent leur nom, comme les Francs aux Gallo-Romains, pillèrent l’Illyrie en 534, vinrent aussi en Thrace, et Bélisaire dut faire construire, pour les contenir, une ligne de “ forteresses sur les bords clu Danube, consolider le mur d’Anastase pour couper la presqu’île même de Constantinople. Ces précautions ne devaient pas suffire à protéger tout l’empire; mais jamais les Slaves n’ont réussi à approcher la grande cité de plus près : depuis treize siècles, ils en battent les murailles d’un assaut toujours vain.

En Asie, les Sassanides, maîtres de l’empire perse depuis le me siècle, eurent en ce temps des rois habiles et ambitieux. Chosroès Ier disputa à Justinien la domination du pays montagneux des Lazes ou de l’Arménie, de religion chrétienne. Il en résulta de longues guerres; les armées des Perses ravagèrent plusieurs fois la Syrie, prirent Antioche. En 561, l’empereur se décida à un traité assez peu honorable: Chosroès lui laissa l’Arménie, mais Justinien paya un tribut annuel.

Après Justinien, de nombreuses révolutions affaiblirent encore l’empire d’Orient. Sous Justin II, les Lombards envahirent l’Italie. Maurice contint au nord les Slaves et les Avars, battit Chosroès II. Mais Phocas, le meurtrier de Maurice, assista et consentit sans, honte à de graves défaites : il laissa la papauté, sous Grégoire le Grand, échapper à son autorité ; il signa avec les Avars une paix humiliante ; il laissa les Perses prendre Damas, enlever à Jérusalem le bois de la vraie croix, piller l’Asie mineure

BYZANCE ET STAMBOUL

jusqu'à Chalcédoine, en face de Constantinople, de l'autre côté du Bosphore.

Phocas fut renversé par Héraclius (610-641). Celui-ci connut les fortunes les plus contraires. Il contint les Avars sur le Danube en appelant contre eux des guerriers slaves, des Croates qu’il établit en Dalmatie, des Serbes dans la Mésie supérieure ; il donna aux Bulgares des terres entre le Danube et les Balkans, aux mêmes conditions. Ces établissements devaient avoir une longue fortune. Il put ainsi se tourner contre les Perses et remporter d 'éclatants succès, à la faveur des désordres religieux qui déchirèrent alors le royaume des Sassanides. Il les chassa de l’Arménie qu’ils avaient envahie, détruisit le temple du Soleil à Tauris. Chosroès II ayant été assassiné en 628, Héraclius franchit l’Euphrate, entra dans les capitales de ses ennemis, et rapporta en triomphe la vraie croix à Jérusalem (629).

Grand succès, dont l'Église catholique a conservé et célèbre le souvenir. Cinq ans après, les Arabes battaient les armées d’Héraclius à Aïznadin, prenaient Damas, et l’empereur fuyait misérablement d'Antioche en s’écriant : « Adieu, Syrie ! adieu pour la dernière fois ! » (634). En 637, le khalife Omar faisait son entrée dans Jérusalem.

L'Islam, en assurant le paradis aux musulmans morts dans la guerre sainte, fut un redoutable agent de conquête, et l’ardeur de la foi des premiers disciples de Mahomet explique suffisamment la rapidité de l’expansion arabe : en un siècle, elle gagna l'Indus à l'est, l'Océan Atlantique à l’ouest. La conquête de l'Asie antérieure fut l’œuvre des khalifes parfaits ; elle fut facilitée par la communauté de race et de langue qui unissait les Arabes avec les peuples delà Syrie et de la Palestine, par les très anciennes reLtions qui les rapprochaient de la Perse.

D’un galop, ils traversèrent la Syrie, prirent Jérusalem, atteignirent le Taurus, le Caucase, battirent les Sassanides à Kadéniah, enlevèrent leur étendard, le fameux tablier de cuir, entrèrent dans leur capitale, renversèrent leur dernière résistance à Nehavend (643), et, comme Alexandre derrière Darius Codoman, ils poursuivirent le dernier des Sassanides, Yezdegerd, qpi fuyait avec ses femmes et ses chariots, le rejoignirent trop tard : il avait été massacré par son escorte. Ils poussèrent plus loin leur course, passèrent à Hérat, Merv, Kandahar et suivirent les traces du conquérant macédonien jusqu’à l’Indus.

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