‹ Question d'Orient depuis ses origines jusqu'aÌ€ nos joursChapitre 10 sur 131 · L’EMPIRE BYZANTIN · texte numérisé non relu

L’EMPIRE BYZANTIN

Après les Khalifes Parfaits, lorsque les Omméiades eurent fondé à Damas la monarchie héréditaire et abandonné les pieuses et simples traditions des premiers successeurs du prophète, le mouvement d’expansion n’en fut pas ralenti; mais il fut surtout dirigé vers l'ouest et l’Afrique. C’est encore en Afrique qu'aujourd’hui l’Islam est le plus répandu et surtout le moins directement menacé par la conquête européenne.

Les Arabes du vne siècle retrouvèrent le long des côtes méridionales de la Méditerranée les traces des Phéniciens ; ils se fondirent aisément avec les Berbères, Sémites comme eux, et ils purent ainsi pénétrer très vite jusqu’au lointain Maghreb. Ils franchirent les colonnes d’Hercule, détruisirent l’armée des Wisigoths d’Espagne à Xérès (711), et leur flot envahisseur submergea toute la péninsule jusqu’aux Pyrénées, déborda par-dessus les montagnes sur l’Aquitaine et la vallée de la Garonne.

Le danger était grand, surtout pour l’empire byzantin : affaibli comme il était, de quel obstacle pouvait-il être a une pareille marée? Il trouva pourtant les princes qu’il fallait à cette œuvre de salut. Avant même que Charles Martel ne mît une borne à l’invasion arabe dans l’Occident, l’empereur Léon l’Isaurien l’arrêta en Orient : les Arabes étaient devant Constantinople; ils la bloquaient par terre et par mer; Léon leur infligea sous les murs delà ville une série de défaites sanglantes et les obligea à une retraite honteuse (août 717).

Comme si, au premier échec, ces empires de l’Orient étaient entraînés à la débâcle par le fatalisme même qui les avait accrus, les victoires de Charles Martel et de Léon l’Isaurien furent pour l’empire arabe le signal d’une décadence aussi rapide que l’avait été sa grandeur. Il se démembra dès l’avènement de la nouvelle dynastie des Abbassides (750). Les Omméiades continuèrent de régner en Espagne, à Cordoue. Bientôt les Fatimites se rendirent indépendants au Caire; ils furent les maîtres de l’Égypte jusqu’à la fin du xne siècle.

Les khalifes abbassides à Bagdad oublièrent dans le luxe et la mollesse des harems les devoirs du gouvernement et de la religion. Faute de loi de succession, chaque avènement fut troublé d’intrigues et de meurtres; empoisonnements, trahisons, fratricides sont de règle courante en pareille occasion. Les souverains les mieux établis s’illustrent

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par leurs fantaisies insensées, signe pour eux éclatant de leur toute-puissance : en témoignage, la catastrophe de la famille des Barmécides, illustres et sages vizirs qu’Haroun le Juste fit périr par pur caprice de despote.

De nombreuses sectes religieuses se produisent, annonçant de nouveaux démembrements. Les Chiites de Perse repoussent toute loi autre que le Coran et n’ajoutent aucune foi à la sunna, aux commentaires du livre de Mahomet approuvés par les Khalifes. Les Mozatélites nient au Coran tout caractère divin. Les Xharedjides sont de rigide morale et dressent contre les khalifes amollis des accusations révolutionnaires, des oppositions démocratiques. Les Druses attendent une nouvelle incarnation de Dieu et considèrent tous les autres Musulmans comme des Infidèles.

La dissolution est bientôt complète. Les populations du Khorassan se détachent du khalifat de Bagdad au ixe siècle. Les Saffarides, puis les Samanides se rendent indépendants en Perse.

Les khalifes sont incapables d’arrêter cette ruine. Ce sont des fainéants. Ils abandonnent tout le pouvoir à leurs maires du palais, les émirs-el-omra, et, comme ceux-ci sont vite gagnés par la corruption générale, ils prennent à leur solde de robustes et farouches guerriers du Turkestan. Le fait est de conséquence grave. Les Arabes abdiquent en faveur des Turcs, rentrent dans leur Arabie, et les nouveaux venus, bientôt convertis, vont être jusqu’à nos jours dans l’Asie antérieure les terribles représentants de l’Islam.

A la faveur de cette révoWondans le monde musulman, l’empire byzantin reprenait, pour quelque temps encore, vie et vigueur. Le xe siècle fut pour lai un temps d’éclatante renaissance. La maison macédonienne réussit à établir un ordre régulier de succession pendant près de deux siècles (867-1057). Basile Ier, comme Léon l’Isaurien, battit les Arabes, leur reprit la Cappadoce et la Cilicie, reporta la lutte sur l’Euphrate et même le Tigre. Nicéphore Phocas leur enleva Antioche, Chypre, la Crète, et les fervents du cirque applaudirent longtemps aux longues files de prisonniers arabes qu’on leur offrait en spectacle.

Mais le principal danger que les empereurs macédoniens détournèrent de Constantinople fut celui de l’invasion des Bulgares.

Car, depuis Justinien, ces peuples s’étaient plus solidement établis sur les bords du Danube, et le ixe siècle fut,

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pour la plupart d’entre eux, une période d’active et définitive organisation politique. Comme pour les Germains, le christianisme fut la première forme de leur civilisation. Menacés par la réaction allemande de l’Oder à la Vistule, les Polonais sauvèrent leur indépendance en se convertissant ; ils eurent leur archevêché national à Gniezno et se lièrent étroitement à la papauté en payant le denier de Saint-Pierre (fin du xe siècle). De même, saint Wenceslas fut le premier roi chrétien de la Bohême (925-934).

Les Slaves de Russie eurent leur premier État' politique •dans la République de Novgorod, organisée par le Yarègue Rurik (862-879). Oleg et Igor fondèrent la république de Kiev. Olga, veuve d’Igor, se fît chrétienne. Puis Vladimir epousa Anne, sœur de l’empereur d’Orient Basile II, et se fît baptiser (972-1015). Sous son successeur Iaroslav le ■Grand, le christianisme commença à pénétrer dans la masse de la population russe. Aussi Kiev fut-elle pour longtemps encore la ville sainte rie ces jeunes États slaves, et elle resta toujours comme une colonie de Constantinople, le trait d’union entre cette métropole religieuse et la sauvage Russie des forêts.

Mais surtout, dans la seconde moitié du ixe siècle, deux frères venus de Byzance, Cyrille et Méthode, arrachèrent les populations slaves à la barbarie. Appelés par le chef des Slaves de Moravie, Rostislav, ils commencèrent leur conversion, obtinrent de rapides résultats, et Méthode, comme Boniface, premier primat des Germains à Mayence, fut jusqu’à sa mort, en 885, évêque des Slaves de Pannonie. Ils formèrent de nombreux disciples, qui portèrent la doctrine du Christ à travers tous les pays slaves, traduisirent la Bible en langue slave, et donnèrent donc aux Slaves la forme politique sans laquelle ils eussent été, peut-être, absorbés par l’expansion allemande. Dès lors, ces peuples eurent comme une vitalité nouvelle. L’invasion magyare, peu de temps après la mort de Méthode, sépara brutalement et à jamais les Slaves du nord de ceux du Danube. Ceux-ci se répandirent pacifiquement dans la péninsule des Balkans, en Thrace, en Macédoine ; la Grèce fut en partie slavisée; l’hellénisme fut refoulé à la côte et ne garda, au milieu des •campagnes slaves, que les villes principales : Saloniquc, Larissa, Athènes, Corinthe, Patras.

Ainsi les Bulgares devinrent dangereux, même aux empereurs de Byzance. Leur tsar Boris se convertit au

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christianisme du vivant de Méthode ; par là, dans la foi chrétienne, la fusion de ces Finnois avec les Slaves des Balkans fut complète. Les tsars bulgares eurent une cour, un palais, à Preslav. Siméon (892-927) prit le titre de Basüeus et conduisit un nouvel assaut contre Constantinople; en 914, il prit Andrinople; en 917, il remporta la victoire d'Anchiale, et un traité lui donna tout le pays jusqu’au Rhodope. Mais l’empereur Basile II déclara aux Bulgares une guerre à mort ; il leur prit leur capitale, les poussa dans les Balkans, parcourut leur pays de part en part, pillant et brûlant. Il s’empara de Widdin (1002), y trouva 15.000 Bulgares auxquels il fit crever les yeux, les renvoya à travers les bourgs du voisinage, conduits par des borgnes, et, maître de toute la région par la terreur, il rentra à Constantinople en se glorifiant du titre de « Bulgaroctone, tueur de Bulgares ».

Encore une fois, grâce à la dynastie macédonienne, l’empire byzantin était restauré et puissant; il avait presque reconquis ses anciennes frontières de l’Euphrate à l’Adriatique. Il allait du moins jouir de quelques années de repos avant l’apparition de nouveaux dangers.

Les Chinois, vers le commencement de l’ère chrétienne, désignaient sous le nom général de Iliong-nou les peuples encore barbares qui vivaient dans les déserts du nordouest, jusque vers le Tarim, et que la nature inclémente forçait au pillage et à de continuelles migrations. Les Chinois avaient construit la Grande Muraille, au me siècle avant Jésus-Christ, pour se protéger contre eux. On croit pouvoir identifier ces Hiong-nou, quelque peu mystérieux, avec quatre groupes apparentés de populations; les Mandchous, les Mongols, les Finnois, dont les Magyars ou Hongrois furent les plus fameux, et enfin les Turcs. Un air de famille les rapproche; visage osseux, charnu et comme bouffi à la face, sec, pointu, triangulaire au menton; cheveux noirs, rudes et lisses, la barbe clairsemée; la peau mate, terne, à gros grain; l’œil d’un noir b. tant, à fleur de tête, entre les paupières fendues en amande au-dessus de la saillie des pommettes; grosse tête soutenue par un cou épais, à nuque énorme, enfoncé entre des épaules larges, solides, fortement emmanchées au tronc massif; l’aspect général du corps lourd, trapu, ramassé; les jambes grêles, courtes en proportion du tronc. De taille médiocre,

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