‹ Question de l'alcoolChapitre 112 sur 121 · V. supra, liv. III, cli. vin · texte numérisé non relu

V. supra, liv. III, cli. vin

conséquent ce modèle d'arrêté était illégal; si des arrêtés de ce type ont été pris et exécutés, ce ne peut être qu'en vertu du sic pro ratione voluntas. Ma volonté, voilà ma raison.

La Ligue célèbre son action sur les préfets et applaudit le prélet de l'Eure qui est allé jusqu'à défendre absolument la consommation de l'alcool de bouche.

Les chefs de la Ligue contre l'alcoolisme ont obtenu la loi du 9 novembre 1915, interdisant la création de nouveaux débits dans lesquels on vendrait des boissons titrant plus de 23 p. 100 d'alcool. Ils ont donné ainsi un monopole aux débits existants, et bon nombre de détaillants naïfs se sont réjouis de cette protection qui leur était accordée contre les concurrents possibles.

M. Joseph Thierry, dans son projet du 22 juin propose de frapper les licences d'une taxe égale à la moitié de l'a valeur locative, les locaux des débits de boissons. 11 ne dissimule pas que cette taxe est une taxe de confiscation destinée à en supprimer une grande partie.

Ces messieurs de la Ligue nationale contre l'alcoolisme, ont obtenu de M. Malvy la circulaire du mois de novembre 1916, invitant les préfets à prendre toutes sortes de mesures contre les débits de boissons, entre autres l'interdiction de vendre des liqueurs fortes avant il heures du matin.

Cependant elle ne satisfit pas les antialcooliques. Un prêtre écrivait au Temps (22 novembre 1916) :

Je ne sais pas si M. Malvy s'est rendu compte à quel point les mesures arrêtées seraient inapplicables dans l'état actuel des choses.

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Il va en France, en ce moment, 480.000 débits de boissons; pour surveiller l'exécution des nouvelles mesures, il faudrait mobiliser presque une armée de 480. 000 agents.

Il serait interdit de vendre en détail l'alcool avant il heures du matin, mais permission serait donnée avant 11 heures de vendre des vins de liqueur ne titrant pas plus de 18 degrés, et même des liqueurs sucrées ne titrant pas plus de 23 degrés. L'agent devrait donc être présent, et, muni d'an pèse-liqueur, juger pour chaque consommation si les limites prescrites sont bien observées.

Il serait interdit de vendre des spiritueux aux mineurs âgés de moins de dix-huit ans, mais il serait permis de leur vendre ces liqueurs sucrées et ces vins de liqueur et d'imitation. L'agent devrait donc s'assurer de l'état civil du consommateur, et puis contrôler, pour chaque petit verre, le degré delà boisson consommée.

Au dernier Congrès de Lyon M. Lallemand, préfet de la Loire, a déclaré qu'il était prêt à nommer auxiliaires de la police locale les membres bénévoles de la section de la Ligue. Mettre la police entre les mains de fanatiques, c'est une singulière manière de comprendre le rôle qu'elle doit jouer.

M. Malvy veut empêcher les porteurs des ports, les ouvriers matineux qui vont travailler dans le brouillard, de boire de l'alcool le matin, alors qu'ils en ont le plus besoin.

Il a fait une nouvelle circulaire : et le préfet de police de Paris^ a pris, le 28 juin J917, un arrêté prohibant la vente des spiritueux sauf de 12 à 14 heures et de 19 à 21 heures pour les hommes, toute la journée pour les femmes et les mineurs 'au-dessous de 18 ans; interdisant la vente des spiritueux à emporter en quantité de même espèce inférieure à 2 litres ou à 2 bouteilles de 90 centilitres chacune.

Les prohibitionnistes ont fait voter une loi.

Interdisant à toute personne d'introduire ou de distribuer et en général à toute personne ayant autorité sur les ouvriers et employés, de laisser introduire ou de laisser distribuer dans les établissements pour être consommées par le personnel, toutes boissons alcooliques autres que le vin, la bière, le cidre, le poiré, l'hydromel non additionné d'alcool.

Je renvoie les auteurs de cette loi aux observations de M. Will Thorn qu'ils trouveront dans le chapitre suivant (p. 264).

Les anti-alcoolomanes ne sont pas encore satisfaits. Le 7 juin, MM. Henri Schmidt, Jules Siegfried, G. Maunoury. Doizv, Ma-uger, Lorimy, Fr. Merlin, Charles Benoist, Bokanowski, ont déposé une proposition de résolution portant :

La Chambre invite le Gouvernement à déposer avant un mois, suivant la procédure d'urgence un projet de loi interdisant, pendant la durée de la guerre, la vente à consommer et. à emporter de toutes les boissons alcooliques titrant plus de 18 degrés et à réserver tout l'alcool pour la fabrication des munitions, pour les usages médicaux et pour les emplois industriels indispensables.

C'est la prohibition qui reparaît sous la forme d'une résolution, procédé parlementaire incorrect : car des membres d'une des chambres du Parlement n'ont pas à inviter le Gouvernement à légiférer.

Ils peuvent rédiger, et déposer une proposition de loi. Pourquoi n'ont-ils pas recours à ce procédé?

Ils veulent réserver tout l'alcool à d'autres usages que la consommation. Veulent-ils en interdire l'usage dans les tranchées? Qu'ils s'expliquent donc sur cette question !

A partir du 4 juin 1917, l'administration a commencé la réquisition des alcools. Elle prétendait avoir à four-

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nir, dit le Moniteur vinicole1, de 140.000 à lbO.OOO hectolitres au service des poudres, qui, d'ailleurs ne paraissait pas en avoir grand besoin, puisqu'elle permettait l'emploi de cet alcool pour les vins de liqueur, la vinaigrerie, la parfumerie, etc. ; 50.000 hectolitres provenant des quantités au-dessous de 100 hectolitres ont été laissés entre les mains des distillateurs liquoristes et des commerçants; on a évalué à 30.000 hectolitres le stock des eaux-de-vie, et à 10.000 celui du rhum.

Alors pourquoi cette mesure qui paralysait toutes les affaires?

Je lis dans le Moniteur vinicole du 19 mai :

La main-levée des 80.000 hectolitres promis au commerce est en bonne voie de réalisation ; on peut donc espérer avoir de l'alcool pour les fruits, mais il conviendrait de se hâter, car autrement cet alcool arriverait trop tard. On fait en ce moment la répartition sur le papier, il est à penser que la marchandise elle-même ne tardera pas à être mise effectivement à la disposition des intéressés.

En attendant, on invite les bouilleurs de profession à distiller tout ce qu'ils pourront des fruits que les producteurs leur offriront! Mais alors, on ne songe donc plus à supprimer ralcool?

Cette agitation prohibitionniste a à coup sur un résultat : elle cause des malaises, des ruines, des incertitudes. C'est une singulière manière de fortifier l'esprit public !

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