Commerce des boissons fetinentées et spiritueux
sérieux, parce qu'ils ne sont pas intellectuellement sincères. Ces réformateurs tempérants n'ont pas pour but la victoire dans la guerre ; ils ont pour but de remporter la victoire pour leur cause. Leurs motifs existaient avant la guerre, ils font appel à la guerre pour les justifier; et ils poursuivent leur cause aux dépens même de la guerre.
Les prohibitionnistes sont les délateurs de leurs compatriotes. Leurs agents sont constamment en chasse pour trouver des prétextes de calomnies contre eux : et, comme ils sont convaincus que leur fin justifie tous les moyens, ils accusent toujours, quelle que soit la valeur des preuves qu'ils sont parvenus à ramasser.
Dans leur fanatisme, les prohibitionnistes sont allés jusqu'à publier une brochure intitulée: Defeat. Ils y déclarent que « l'alcool est un poison pro-allemand dans l'armée » ; que c'est à l'alcool qu' « est due la longueur de la guerre » ; que le commerce des boissons est un britkli et social zeppelin, qui « a trahi nos héros dans les tranchées et vendu leurs vies » ; et « au lieu d'envoyer les hommes qui font ce commerce des boissons, en prison ou au bagne, nous les envoyons à la Chambre des communes ou à la Chambre des lords! » « J'écris sans passion », ajoute l'auteur anonyme, et il continue :
A peine entendons-nous un murmure contre les hommes qui portent la boisson dans nos camps, qui ne se soucient pas de ruiner nos troupes et de détruire l'Empire.
Et il s'écrie : « Qui est dégénéré au War office ? Lord Kitchener n'a pas eu 100.000 hommes à envoyer à Gallipoli. La prohibition les lui aurait fournis facilement ». 11 n'a pas jdit comment; mais l'auteur a obtenu une
LES PROHIBITIUNNISTES BRITANNIQUES 201
prohibition sur laquelle il ne comptait pas. h'Army council a prohibé sa brochure.
On a répondu aux prohibitionnistes qu'il avait été fâcheux qu'on n'eût pas été à même de distribuer du vin quotidiennement aux soldats anglais à Gallipoli ; car les soldats français qui en recevaient ont été préservés des entérites qui frappaient les soldats anglais.
On leur a répondu que les soldats italiens se trouvaient fort bien d'une distribution quotidienne de vin et d'une distribution bihebdomadaire de Marsala ou d'eau-de-vie.
Ils avaient accusé le rhum distribué dans les tranchées anglaises d'avoir causé des rhumatismes, des bronchites et des gelures des extrémités. On leur a répondu qu'après l'exposition au froid, il y a un arrêt dans la circulation du sang qui a été refoulé de la surface à l'intérieur, et qu'un usage judicieux de l'alcool la rétablissait.
Le major général S. S. Long G. 13. écrit ' dans une étude intitulée : The army point ofview.
Parlant comme un homme qui, étant jeune, est resté pendant des années sans prendre d'alcool sous n'importe quelle forme, j'affirme que la prohibition au point de vue de l'avenir ferait plus de mal que de bien. L'alcool, soit sous la forme de bière, de vin ou de spiritueux, est d'un usage utile quand il est consommé avec modération, et il y a des cas, où, parla distribution de rations de rhum, non seulement on a pu préserver un grand nombre de vies humaines, mais aussi, par ce moyen, donner du cœur à nos galants soldats et leur permettre de conserver leur étonnante force morale, dont nous sommes si justement fiers.
M. G.-K. Chisterton pose cette question p. 38) :