Un fléau social l'Alcoolisme, p. il
Le Dr Legrain, dans son rapport, présenté au Congrès de la Ligue de la moralité publique en 1894, dit :
En 1892 la consommation atteint 2.263.079 hectolitres ; en 1893, 2.476.387 hectolitres, cela ne fait que s'accroître.
Or, d'après les chiffres de la régie, la quantité était de 1.735.000 hectolitres en 1892 et de 1.642.000 en 1893. Elle ne s'était pas accrue, elle avait diminué : et elle était de 834.000 hectolitres, au-dessous du chiffre donné par le Dr Legrain, soit de 33 p. 100.
On lui signala l'erreur de ces chiffres. Il les a reproduits plusieurs fois sans les rectifier.
Pendant de longues années, l'histoire suivante a été produite dans tous les papiers anti-alcooliques. Elle a été portée à la tribune de la Chambre par M. Guillemet.
Le professeur Pellman, de Bonn, raconte qu'une femme nommée Ada Jurka, née en 1740, mourait au commencement du siècle, alcoolique, après avoir vécu en voleuse et vagabonde. Sa postérité compte 843 individus. On a reconstitué l'existence de 71)9, on compte 106 nés hors mariage ; 142 mendiants: 64 pensionnaires de dépôts de mendicité; 81 prostituées: 76 criminels dont 7 assassins. Si elle avait pu prévoir quelque chose, elleaurait prouvé que 480, c'est-à-dire la majorité de ces nombreux descendants, n'étaient pas compris dans les catégories ci-dessus mentionnées: en soixante-quinze ans, cette famille a coûté en soins d'indigents, entrelien dans les prisons, en dommages causés, 5 millions de marks1.
A coup sûr, la consommation de l'alcool n'avait pas nui aux capacités reproductrices de cette mère Gigogne et de ses descendants. Mais on admirait la oi que les anti -alcooliques avaient dans une pareill-e statistique, et on cherchait en vain les conséquences qu'ils pouvaient en tirer.
I. L'alcoolisme et la lutte contre l'alcoolisme, par R. Roinrae, p. 96i Yves-Guyot. — Alcool. (j
Dans une communication faite au XIe Congrès international de l'alcoolisme, publiée dans la Médical Tempérance Review (vol. XII, pp. 53-6, 1909), le Dr Mac Nicholl prétend avoir tracé l'histoire de deux cents familles, dont cent avec des arrière-grands-parents de situation moyenne, et cent avec des arrière-grandsparents de situation prospère, et il est remonté à quatre générations, ce qui représente en tout 35.266 individus î 11 parle des maladies du cerveau, du cœur, des poumons, du foie, du cancer, de la maladie detèright dont chacun de ces individus a souffert!
La sérénité avec laquelle peut être produit un pareil travail inspire quelque doute sur la valeur de son auteur.
Le DrRaynaud (d'Alger) donne certains exemples de gens qui se sont trouvés mal de l'alcool. Voici le premier 1 :
Un maçon en Algérie depuis seize ans, boit depuis cette époque 4 à j absinthes journellement; le dimanche il en prend 14, 15 ou 20 ; souvent il la boit pure. En se levant, il avale de 1 à 4 petits verres d'eau-de-vie ou d'anisette pure. A chaque repas un demi litre de vin.
J'admire 1 innocuité de ces absinthes, de ces verres d eau-de-vie et de ces litres de vin consommés depuis seize ans qui, dans un climat chaud, n'ont pas tué ce consommateur. Cet homme a abusé certainement. Cela prouve-t-il qu'il faut empêcher les autres d'user?
Dans une communication faite à la Société d'Economie sociale par M. Riémain, secrétaire général de la Ligue nationale contre l 'alcoolisme , le 29 mai 1911, je trouve