LES EXPERIENCES ANTI-ALCOOLIQUES
J'admire la force de résistance de ce petit cobaye ; il pèse 200 grammes, je pèse 90 kilos : par conséquent, pour que cette opération produisît sur moi un effet analogue il faudrait m*injecter 450 grammes d'essence d'absinthe : il est évident que je n'y résisterais pas pendant une demi-heure.
Duclaux, le directeur de l'Institut Pasteur fit, sur ces expériences qui avaient surtout pour objet de donner du pittoresque aux conférences de M. Alglave et des autres prosélytes du monopole, les observations suivantes :
Les chimistes ne se sont pas contentés de signaler la présence, dans l'alcool, de ces substances qui le rendent agréable ou désagréable au goût, ils les en ont séparées à l'état pur. Les physiologistes se sont à leur tour emparés de ces corps, furfurol, aldéhydes, huiles essentielles, alcools divers, et ont cherché quelle était leur action sur les animaux, lorsqu'on les leur introduisait dans le canal digestif ou qu'on les leur inoculait dans les veines. Ces animaux, peu habitués à de pareils aliments ou à de pareils traitements, s'en trouvaient naturellement fort mal, tombaient inertes ou étaient secoués de convulsions épileptiformes, ou mouraient parfois roides. contractures, et dans les attitudes les plus bizarres. C'est le récit de ces expériences qui, amplifié et dramatisé, ce qui était facile par les voix de la presse, a pénétré peu à peu dans les esprits et y a introduit la terreur de tout ce qui n'est pas l'alcool normal dans les boissons alcooliques.
Peut-être les physiologistes auraient-ils pu et dû faire remarquer eux-mêmes que leurs expériences ne comportaient pas de telles conclusions. Les alcools tuent, à faible dose, les animaux a qui on en fait ingérer : voilà le fait. Faut-il conclure que, toxiques à L'état pur. ils le seront aussi à l'état dilué? Non. car voici l'acide acétique, qui est mortel quand on l'avale concentré, ce qui ne l'empêche pas d'être inoffensif et même agréable clans la salade. Voici la théine, la caléine. qui sont des poisons violents, et pourtant le thé, le café passent pour des boissons hygiéniques. Mêmes conclusions pour l'inoculation dans les veines. 11 faut, a-t-on dit. pour tuer un animal, vingt fois moins d'alcool amylique, arrivant par cette voie, que d'alcool ordinaire. Je ne le con-
Y\i s-Guyot. — Alcool. 7
teste pas. Vos expériences sont bien faites et exactes ; mais qu'est-ce que cela prouve au point de vue de la nocivité relative des deux alcools, arrivant dilués par le canal digestif? Voici du bouillon et de l'eau pure, je peux retirer du bouillon une substance, la peptone qui, à faible dose, tuera un animal à qui je l'injecterai dans les veines. Faut-il en conclure que le bouillon est un moins bon aliment que l'eau pure ?
Il ajoutait :
Proposez au physiologiste le plus déterminé de lui injecter dans les veines la dose de vinaigre qu'il consomme hygiéniquement dans sa salade, et vous verrez avec quelle prudence, il se tiendra hors de la portée de votre seringue.
Est-ce que les alcools concentrés, employés dans les expériences, se présentent dans la consommation ? Dans les plus mauvaises eaux-de-vie de grains, il n'y a <[ue 4 p. 1000 d'alcool amylique. Les plus mauvais rhums ne contiennent que quelques milligrammes de fur fu roi.
En 1897, à la commission extra-parlementaire, M. Bourgoins a rappelé la loi de Uabuteau et montré que si'un litre d'eau-de-vie peut tuer un poids animé de 65 kilos, un litre de mauvaise eau-de-vie de marc ne tuerait qu'un poids de 09 kilos.