L ALCOOL D INDUSTRIE ET L ALCOOL NATUREL
Art. 8. — Le marché des alcools a pour base ce 3/6 pris première qualité de toute provenance, livrable nu, en entrepôt.
Art. 36. — Toute marchandise d'arrivage, destinée à être mise en filière doit être soumise à l'expertise avant la création de la filière.
Le Dr Lancereaux a prétendu que l'alcool de vin, que même le vin vieux est beaucoup plus dangereux que l'alcool industriel.
Le Dr Daremberg a déclaré qu'une solution d eau-devie de vin à 10 degrés d'alcool est moins toxique qu'un vin à 10 degrés.
Dans la séance de L'Académie de médecine du 15 octobre 1895, il dit ceci :
L'alcool chimiquement pur, de quelque origine qu'il soit, de grain, de betterave, de vin, ramené à 38 degrés, ne tue jamais les lapins de 2 kilogrammes à la dose de 10 centimètres cubes. Les vieilles eaux-de-vie ramenées à 38 degrés d'alcool tuent toujours les lapins à cette dose de 10 centimètres cubes. Il y a donc dans les vieilles eaux-de-vie de vin d'autres toxiques que l'alcool. La chimie les a reconnus depuis longtemps, ils s'appellent : aldéhydes, furfurol, alcool supérieur. Aussi M. Riche avait parfaitement raison de dire, en 1886, devant cette Académie : « L'industrie a réussi à préparer, sans vin, de l'alcool éthylique pur et la science a démontré que l'alcool de vin était de l'alcool éthylique impur ».
Ce sont ces impuretés qui donnent un parfum aux caux-de-vie de vin. Le rapporteur de la commission de 1887, M. Léon Say disait :
Des expériences récentes ont montré que les alcools supérieurs, toxiques par conséquent, se rencontrent dans les vins et dans les eaux-de-vie obtenues par la distillation des vins, des marcs, des lies et des fruits.
Est-il possible d'exiger que les alcools de vins et de fruits
et les eaux-de-vie soient soumis à la rectification obligatoire et ramenés au type officiel dont nous venons de parler.
La commission ne le croit pas. On ne peut obliger les producteurs à en dénaturer absolument le caractère par une rectification, mieux vaudrait les détruire.
Si on observe que la production de l'alcool d'industrie s'élève à plus de 1.800.000 hectolitres, tandis que celle de l'eau-de-vie de vin. de cidre, de lies, de marcs et de fruits ne dépasse guère 96.000 hectolitres, chiffres de 1884, on trouvera une garantie très grande dans la purification des alcools d'industrie. Ln supposant que les 1.800.000 hectolitres d'induslrie constituent de l'alcool suffisamment pur, il est clair qu'en y ajoutant 100.000 hectolitres d'eau-de-vie, on ne fera pas courir de grands risques à la santé publique, lors même que les eaux-de-vie dont nous parlons contiendraient des impuretés.
Ainsi la commission nommée pour instituer le monopole de la rectification de l'alcool d'industrie arrivait à la conclusion que les alcools d'industrie étaient si bien rectifiés que leur mélange était une garantie contre la toxicité des alcools naturels!
Cependant M. Cochery, ministre des Finances, ne s'en contenta pas. Le 31 octobre 1896, il déposa un projet de loi instituant dix laboratoires, auxquels seraient soumis tous les alcools, y compris les alcools de vin. On y aurait fait du cognac chimiquement pur !
Le Dr Laborde fit émettre le 10 mars 1903 le vœu suivant par l'Académie de médecine:
— Considérant que la science a démontré, tant par l'étude expérimentale que par l'observation clinique, que les alcools les plus impurs et les plus toxiques, quelle qu'en soient la composition et la provenance, peuvent être ramenés au type de l'alcool le plus pur et le moins toxique, qui n'en est pas moins toujours un poison, alcool éthylique ou alcool de vin, par une rectification appropriée et complète, émet le s uni,
Que la rectification absolue de tout alcool soit établie, imposée et assurée, par voie législative.