LES CRIMES DE L ABSINTHE ET LA REALITE
soit 13,60 p. 100 du total, soit un peu plus de 1 sur 8.
Jen vois que l'alcoolisme a assez bien conservés, car 232 sont au-dessus de 70 ans et 21 au-dessus de 80 ans, soit un peu plus d'un pour cent.
Le document répartit les aliénés alcooliques d'après la nature du spiritueux qu'ils consommaient habituellement :
Hommes. Femmes. Toi al.
Absinthe 1.372 165 1.537
Eau-de-vie 1.911 720 2.631
Cidre ou bière 453 211 664
Vin 1.275 480 1.7—
Apéritifs divers 2.054 1.294 3.345
Ces renseignements, n'étant obtenus que par les dires du malade lui-même, sont très incertains. Ils indiquent que le cidre ou la bière auraient produil 664 alcooliques; et le vin 1.755 alcooliques.
A la charge du groupe des boissons dites hygiéniques, on trouveraitdonc 2.419 alcooliques, tandis que l'absinthe n'en aurait produit que 1.537. soit 872 en moins. L'absinthe fournit donc 36 p. 100 de moins aux asiles d'aliénés que le vin, le cidre et la bière, si l'absinthe est un poison, il faut interdire également le vin. le cidre, la bière, les eaux-de-vie, tous les autres apéritifs, toutes les liqueurs, toutes les boissons fermentées et distillées : car les victimes de ces boissons comptent pour 85 p. 100, tandis que celles de I absinthe ne comptaient que pour 15 p. 100, un peu pins de 1 sur 8.
Il y aurait, dans la population des asiles, 2 p. 10<> de victimes de l'absinthe : et relativement a la population
française, 38 par chaque million d'habitants. Voilà le péril.
Au moment où une commission de la Chambre des députés discutait la proposition de loi de M. Ferdinand Buisson pour la suppression de l'absinthe, je posai la question suivante :
— Si l'absinthe a les effets nocifs qu'on lui attribue, la population des centres où on la produit doit en éprouver les effets. Il serait utile que le gouvernement fit une enquête.
Le gouvernement demanda ces renseignements d'urgence. Le parquet de Pontarlier, chargé de la partie la plus importante de ["enquête, répondit par un volumineux rapport, appuyé de quinze tableaux annexes. Par on ne sait quel hasard plus ou moins accidentel, la commission ne reçut pas le rapport : cependant par 9 voix contre 5 sur 14 votants, elle repoussa la proposition d'interdiction de fabrication et de vente de l'absinthe.
M. Ferdinand Buisson déclara que « ce jour était une date néfaste qui devait être marquée d'une croix noire ».
M. Edmond Couleru. procureur de la République à Pontarlier, publia son rapport sous ce titre : Au pays de l'absinthe. Y est-on plus criminel qu'ailleurs, ou moins sain qu'ailleurs de corps et d'esprit1?
L'auteur de ce rapport ne s'était placé qu'au point de vue objectif. Ce rapport peut servir de modèle à tous ceux qui ont a faire des travaux statistiques de ce genre.
1. Un vol. in-*0, 1908, Montbéliard. Société anonyme d'imprimerie.
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La natalité avait diminué; mais tandis que le taux de la natalité pour l'ensemble de la France était de 1891 à 1900 de 22,24 p. 1000, en 1907 de 19,17 p. 1000, il était à Pontarlier de 24,74.
Le taux de la mortalité avait diminué; 23,40 p. 1000 pendant la période 1872-2875 : 21,42 pour la période 1901-1905. Dans la ville, on a les. taux respectifs de 33,33 p. 100 et de 23.48.
De 1871 à 1907, l'arrondissement de Pontarlier a fourni 300 aliénés internés, sur lesquels 68 hommes et 14 femmes, avaient des antécédents alcooliques, soit 82, ou 27 p. 100 : cela fait 2 par an.
Au point de vue criminel, de 1871 à 1907, 11 n'y a pas eu une poursuite pour coups mortels : celles pour meurtre avaient cessé en 1900, pour assassinat en 1905. De 1871 à 1875, il y a eu une moyenne de 83 inculpés pour coups et blessures : dans les cinq années 1900-1905, la moyenne était tombée a 52.
Les anti-alcooliques vont-ils conclure que les habitants de Pontarlier ne buvaient pas d'absinthe ? ils en buvaient: l'augmentation n'était pas continue; les quantités consommées dans la ville de Pontarlier s'étaient élevées jusqu'à 820 hectolitres en 1888; elles étaient tombées à 254 en 1891; elles s étaient relevées à 648 en 1891; elles étaient tombées en 1904 à 532 et en 1906 a 240.
Dans les autres communes de l'arrondissement, la consommation avait subi d'autres variations qui ne concordaient pas avec la consommation du chef-lieu. En 1888, elles consommaient 143 hectolitres: en 1891. 801; en 1893, 869; puis la consommation tombe a 483 en 1903 et remonte à 1130 en 1906.
Ajoutons que dans l'établissement Pernod, avant chaque repas, des verres contenant de l'absinthe étaient alignés sur une longue table. Un homme passait avec un arrosoir pour opérer le mélange. Chaque personne de rétablissement pouvait en prendre, et la plupart en prenaient.
Voilà donc les « ravages » de l'absinthe dans le lieu de France où ils devaient sévir de la manière la plus intense. Les faits sont contraires aux assertions répétées par les prédicateurs de la Ligue anti-alcoolique.
Cela n'a pas empêché, le Parlement de voter la suppression de l'absinthe, sans satisfaire, du reste la passion des anti-alcooliques. Loin de là. Elle leur a donné foi dans leur force et a augmenté leurs exi-