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LES CRIMES DE L ABSINTHE ET LA REALITE

Un beau jour, en mars 1905, la Chambre des représentants Belges supprima par surprise la vente de l'absinthe en Belgique, sur la proposition de M. Devigne, député libéral de Gand.

Un fait montre le sérieux avec lequel ces questions sont étudiées : tous les journaux publièrent que la Belgique avait consommé en 1904, 132.00.0 hectolitres d'absinthe, chiffre de la consommation de la France. Quel péril! En réalité, la Belgique ne consommait pas 1.000 hectolitres d'absinthe par an.

Le rapportde M. Carton de Wiart contenait une liste des boissons d'après leur toxicité. Or, avant l'absinthe, se trouvait l'essence de menthe qui était admise à la buvette de la Chambre des Réprésentants, tandis que le cognac en était prohibé.

Au Sénat, M. Lambiotte et deux ou trois de ses collègues firent entendre des vérités indiscutables ; mais la majorité suivit la Chambre.

En France. M. Ferdinand Buisson déposa une proposition de loi ayant pour objet la suppression de l'absinthe. Il renforça son exposé des motifs par le considérant suivant emprunté à une pétition de la Liyue nationale contre l'alcoolisme :

Attendu que l'absinthe rend fou ou criminel ; qu'elle provoque i'epilepsie et la tuberculose, et qu'elle tue chaque année des milliers de français ; attendu qu'elle t'ait de l'homme une bête féroce; de la femme une martyre: de l'enfant un dégénère, qu'elle désorganise et ruine la famille et menace ainsi l'avenir du pays .

Sur quels faits étaient appuyés ces considérants ? M. Clemenceau avait ordonné d'ouvrir une enquête spéciale dans les divers établissements d'aliénés, afin

de déterminer le nombre exact des malades chez lesquels l'aliénation mentale a pour cause exclusive ou adjuvante l'intoxication alcoolique.

En voici les résultats généraux d'après un rapport publié dans le Journal officiel du 3 juillet 1907.

Les malades dénombrés dans l'enquête ont été classés en trois groupes.

Le premier, groupe A, comprend tous les cas d'alcoolisme simple, quelle qu'en soit la forme (confusion mentale, délire hallucinatoire, épilepsie, affaiblissement des facultés, paralysie générale, etc.), où l'intoxication alcoolique a été reconnue comme cause exclusive des troubles cérébraux.

Le second, groupe B, comprend les cas d'alcoolisme présentant l'un ou l'autre de ces caractères, savoir : que le cas soit compliqué de dégénérescence ou de débilité mentale ou qu'il ait été constaté en même temps de l'alcoolisme nettement défini chez les ascendants.

Enfin, le troisième, groupe G, comprend les cas de folie de toute espèce, manie, folie intermittente, paralysie générale: délires systématisés, etc.. qui, sans être des cas d'alcoolisme proprement dits, comptent l'intoxication alcoolique au nombre de leurs causes déterminantes.

Le nombre des aliénés de ces divers groupes s'élevait, h 1°' janvier, aux chiffres suivants :

Hommes. Femmes. Total.

Aliénés du groupe A 2.287 721 3.0U8

Aliénés du groupe B 2.237 1.048 3.285

Aliénés du groupe C 2.538 1.101 3.639

Total des trois groupes . 7.062 2.870 9.932

D'après la nomenclature donnée, le nombre des alcooliques a été plutôt augmenté que diminué dans cette statistique, car le groupe C donne lieu à des interprétations qui dépendent des médecins.

Eh bien ! contrairement aux assertions fréquemment répétées, les alcooliques ne remplissent pas les asiles : ils ne sont qu'au nombre de 9.032 sur 7 1 .547,

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