LA TUBERCULOSE
mation de l'eau-de-vie en France et de celle de la phtisie pulmonaire, en prenant les chiffres de l'année 1906 : il conclut dune ressemblance entre ces deux cartes à une relation certaine entre la consommation de l'alcool et la phtisie.
« La carte de France, relative à la phtisie, ressemble exac- « tement, a-t-il dit, à celle de l'alcool. Beaucoup de phtisies « dans les départements du Nord, beaucoup aussi dans ceux « de l'Est, bien moins dans le Centre et dans le Midi, telle « est la règle générale. Tous les départements au nord de « Paris (excepté l'Eure, dont les chiffres nous surprennent) « ont à la fois une forte consommation d'eau-de-vie et une « grande fréquence de la phtisie. Plusieurs départements de « Champagne n'ont pas tout à fait autant de phtisiques que « leur consommation de l'alcool le laissait attendre. Dans « l'Est, la Lorraine et la Franche-Comté présentent une assez « forte consommation de l'alcool et une grande fréquence de « la phtisie. L'Ain et les deux Savoies ont beaucoup de phti- « siques, quoique consommant assez peu d'alcool. LTsère et « les Basses-Alpes ont une consommation d'alcool assez peu « élevée : la phtisie y est fréquente.
« D'autres statistiques montrent encore l'énorme influence de l'alcoolisme sur la fréquence de la phtisie.
« Elle apparaît notamment lorsqu'on compare la mortalité par phtisie chez les cabaretiers et chez les autres boutiquiers. »
Une statistique dressée en Angleterre donnait, en effet, pour les cabaretiers, des chiffres doubles de ceux obtenus pour les autres boutiquiers.
M. Bertillon estimait, en somme, que si « la phtisie peut avoir d'autres causes assurément que l'alcoolisme, l'alcoolisme est une cause très importante et plus importante peut-être qu'on ne l'aurait cru ».
« Je me rappelle, dit M. Schelle, avoir insisté à la Société de statistique sur le fait que les cartes présentées se ressemblaient sans être identiques, ainsi
d'ailleurs que M. Bertillon le reconnaissait. Ils me paraissait imprudent de conclure de ce qui pouvait n'être qu'une coïncidence à une relation scientifique. »
Or, le 19 juin 1916, M. le professeur Chauveau a communiqué à l'Académie des sciences, un travail dans lequel il a posé les principes ci-après :
« 1 . V alcoolisme est sans influence sur l'éclosion de la « tuberculose.
« 2. En effet, les cas constatés chez le personnel des « débits de vin se rencontrent sur les sujets qui ont « voulu et su se prémunir contre tout empoisonne- « ment alcoolique, aussi bien que sur ceux qui ont été « profondément débilités par l'alcoolisation.
« 3. Mais la tuberculose implantée sur ces derniers « sujets s'y montre particulièrement grave en raison « de leur état de moindre résistance à l'action destruc- « tive du virus tuberculeux.
« 4. La tuberculose qui sévit sur les exploitants des « débits est due à Faction des germes dont sont infec- « tés tous ces débits, les plus riches comme les plus « humbles, germes semés en grande quantité par les « clients tuberculeux qui y foisonnent et créent dans « ces salons du pauvre une déplorable insalubrité.
« 5. lui prouvant que l'infection tuberculeuse est « indépendante de l'alcoolisation, ces faits établissent « l'indépendance réciproque des deux luttes anti-al- « coolique et anti-tuberculeuse. Cette indépendance est a absolue; aussi, les plus beaux succès de la lutte « anti-alcoolique ne sauraient-ils contribuer, en quoi « que ce soit, à l'extinction de la tuberculose ».
\( Plus récemment encore, au mois d'août dernier, M. le professeur Letulle, de l'Académie de médecine.