‹ Question de l'alcoolChapitre 88 sur 121 · VENTE DLT BRANDEVIN — LITRES · texte numérisé non relu

VENTE DLT BRANDEVIN — LITRES

Sur plaee. A emporter. Total.

1883 712,900 81g. 500 1.525.4QQ

l'JÙO 715.700 1.317.300 2.033.000

Ces tables montrent une diminution par tête du brandevin du Bolag; une tendance à l'augmentation de la consommation des boissons à emporter, mais elles ne nous donnent pas la quantité des boissons alcooliques, y compris le cognac suédois consommé à Gothenbourg.

Si nous comparons le nombre des condamnations pour ivresse, nous trouvons qu'elles .ont augmenté. Par mille habitants : 1865, 45; 1875, 42; 1885, 29; 1895, 31; 1900, 51; 1905, 52.

Je sais que le nombre des condamnations dépend moins de la quantité des ivrognes que de la manière dont la police comprend l'ivrognerie, mais il est évident que la plupart de ceux qui s'enivrent de brandevin à leur domicile échappent à la surveillance de la police.

La répartition des délits aux différents jours de la semaine se suit d'année en année avec une parfaite régularité. Je ne donne que celle de l'année 1905 :

Dimanche 458

Lundi 1.023

Mardi 972

Mercredi 928

Jeudi 747

Vendredi 1.086

Samedi 2.492

Total 7.7U6

On ne publie pas, depuis 1899, l'origine des cas d'ivrognerie pour lesquels il y a eu des poursuites; en 1899, 1.461 venaient de brandevin consommé dans les bars du Boiag, 2.123 de brandevin consommé à la maison, 1.932 de bière consommée dans les brasseries; 1.532 étaient inconnus : total, 7.048.

Cette table ne reposant que sur les déclarations des ivrognes eux-mêmes, ne mérite qu'une confiance limitée. Tel individu a pu dire qu'il n'avait bu que de la bière tandis qu'il y avait mêlé du brandevin. Ce qui ressort de la concordance de ces tables, c'est la vente énorme du brandevin le samedi. Le consommateur fait sa provision pour le dimanche. Mais, une fois en possession de son brandevin, il ne résiste pas à la tentation et il s'enivre de suite. Le dimanche est un jour de sobriété, parce que le brandevin a produit son effet la veille. S'il ne craignait pas de manquer d'alcool le dimanche, le buveur ne se hâterait pas d'en acheter un ou deux litres le samedi, il ne le boirait pas tout d'un coup. La fermeture des magasins de vente d'alcool le dimanche ne donnerait pas ce résultat : plus de 32 p. 100, c'est-à-dire un tiers des délits d'ivresse ont lieu le samedi.

Un autre observateur que M. A. Pratt. M. Shadwell. dit :

Gothenbourg est une ville d'ivrognes. 11 m'est arrivé, dans une ville d'Ecosse, de voir, un samedi soir, plus d'ivrognes, mais jamais dans une ville d'Angleterre. En une heure, de sept à huit heures du soir, en me promenant, j'ai vu douze ivrognes. Jamais je ne suis sorti le soir sans rencontrer des ivrognes, quoique les rues soient vides. J'ai vu des gens à moitié ivres à onze heures du matin et d'autres à onze heures du soir, trois ou quatre heures après la fermeture des Bolags.

Voici quelle était la moyenne des condamnations pour ivrognerie, par 1.000 personnes, en 1898 : Angleterre, 7; Newcastle, qui est la ville anglaise où il y a le plus d'ivrognes, 17; en Ecosse, 26; en Irlande, 19; à Glascow, 57. Le chiffre de 57 était exactement celui de Gothenbourg en 1898. En prenant le chiffre de 52, qui est celui de 1905 pour Gothenbourg, on voit qu'il est des deux tiers plus élevé que celui de Newcastle, plus de sept fois plus élevé que celui de la moyenne en Angleterre, le double de celui d'Ecosse.

Gothenbourg peut être comparée à Cardiff. Voici la situation des deux villes :

Gothenbourg. Cardiff.

Population 107,000 450.000

Magasins de liqueurs Sou 339

Nombre d'agents de police . . 211 20 î

Condamnations pour ivrognerie. 4.066 482 Malades admis à l'hôpital pour

maladies directement duos à

la boisson 104 15

Le total des admissions annuelles à l'hôpital de Gothenbourg était de 1.273; les cas d'alcoolisme aigu ou chronique comptaient pour 104; à Cardiff, sur 1.303 admissions, les cas d'alcoolisme n'étaient qu'au nombre de 15; et encore M. Shadwell estime que, 'sur les cas ainsi diagnostiquésà Cardiff, il yen ade douteux.

La comparaison de ces deux vil 1rs prouve que le système de Gothenbourg n'a pas réussi comme agent de tempérance.

M. Shadwell dit :

S'il y a eu a Gotheabourg, depuis l'adoption «lu système, des diminutions d'ivrognerie à certains moments, elles ont été suivies de recrudescences. Personne ne conteste l'échec du système à l'égard de l'ivrognerie.

Yves-Guyot. — Alcool. 12

Les statistiques de l'hôpital général prouvent que l'ivrognerie a augmenté.

Le docteur Wieselgren a admis le fait de la manière la plus formelle.

Autrefois, l'ivrognerie était inconnue pour les femmes. Maintenant elle les a atteintes et elle touche même les enfants. Les observations faites par la police et à l'hôpital corroborent le fait. Il provient de la consommation à domicile qu'ont développée les mesures prises contre la consommation sur place.

Ce déplorable résultat, dit M. Shadwell, mérite une sérieuse attention de la part de ces réformateurs enthousiastes et à courte vue, qui voient seulement le péril qui est devant leurs yeux, et qui, en essayant de l'éviter, se précipitent dans d'autres dangers souvent pires.

Le chef de la police de Gothenbourg, partisan du système, n'en disait pas moins à M. Shadwell :

— Un homme qui veut boire boira, et si vous l'empêchez de boire d'une manière, il en trouvera une autre.

V. — « La moralité doit passer avant le profit », disent les partisans du système de Gothenbourg. Je causais, en 4907, avec un habitant de Gothenbourg qui vantait l'excellence du système: « Personne n'a d'intérêt, me disait-il, à augmenter la consommation de l'alcool.

— Et la municipalité, combien touche-elle ?

— 800.000 couronnes. (La couronne est de 1 fr. 39.)

— Et vous considérez qu'une ville qui reçoit 1.100.000 francs du produit de la vente des alcools n'a pas d'intérêt à ce qu'elle ne diminue pas ?

Dans son rapport en 1907, le comité de la Chambre des Lords, chargé d'étudier ce système, constate qu'il

a eu l'effet le plus démoralisant sur les municipalités. On sait que des corps peuvent montrer une aussi grande âpreté que des individus, surtout quand ces corps sont élus par des contribuables qui voient dans les bénéfices de la vente des spiritueux, un moyen de se débarrasser de leurs charges fiscales.

Dans l'étatisation du système de Gothenbourg. adoptée en 4907 en Suède, 29 p. 100 des bénéfices continuèrent seulement d'aller aux villes, et avec une diminution progressive qui doit tomber à 1 p. 100 en 1920 ; la part des municipalités est allée au Trésor public à charge pour lui de distribuer un cinquième des profits aux conseils des districts ruraux, aux sociétés d'agriculture un huitième, et d'employer un centième « pour la cause de la tempérance ».

La réforme avait pour but de diminuer « les cupidités municipales » ; on y substitua la cupidité de l'Etat. C'était un mouvement de centralisation fait surtout au profit des districts ruraux qui devaient recevoir les profits donnés par les buveurs des villes. Gomment ont été répartis ces profits ? Vous imaginezvous le gouvernement français ayant entre les mains un pareil instrument de corruption et de pression .'

Le système de Gothenbourg avait jusqu'alors rendu les consommateurs sympathiques aux municipalités qui l'avaient adopté; la réforme en a fuit/des consommateurs nationaux.

VI. — On a continué de trouver que les villesavaient une part trop grande dans les bénéfices. En 1911, une proposition portait que toutes les taxes ou redevances pour la vente de l'eau-de-vie et tous les revenus qui en découlent fussent perçus par l'Etat.

Au mois de janvier 1914.. « la commission de tempérance présenta au Reichstag un projet de loi étendant l'action du bolag à tout le commerce des boissons alcooliques, y compris la bière et le vin ; option locale ; adoption du système de Stockholm interdisant de vendre au même acheteur plus d'un litre par semaine ; interdiction de servir des spiritueux avant midi.

On a voulu supprimer les cafés de bière, supprimer tout bénéfice sur l'alcool aux restaurants qui en vendent.

La condition imposée à la vente de l'alcool à emporter du bolag était l'obligation d'en prendre un litre. Des individus qui ne pouvaient prendre chacun plus de deux petits verres au bolag s'associèrent : « Il n'est pas rare, dit le Dr Rogues de Fursac, de rencontrer à Stockholm, à Christiania, à Gothenbourg, disséminés dans une ruelle ou sous une porte cochère. trois ou quatre individus vidant leur litre »4.

C'est la confirmation de ce qu'avaient dit MM. Edwin Pratt et Shadwell.

Je n'ai pas pu savoir si ces projets ont été adoptés.

1. I)r Rogues de Fursac. La lutte (utti-alcoolique dans les pays Scandinaves. Le musée social, mars 1914.

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