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DESORIPTION OU TERRITOIRE DE L'ORÉGON

Par le territoire de l’'Orégon, les Etats-Unis arrivent jusqu’à la côte occidentale de l'Amérique du Nord, et étendent ainsi leur domaine de la mer Atlantique à l'océan Pacifique. Cette position géographique, aussi remarquable qu’exceptionnelle, doit contribuer puissamment à assurer les brillantes destinées réservées à l’Union américaine. Elle favorise, en effet, sur son propre sol, le prodigieux développement que réclame l’insatiable activité de ses habitants, leur garantit les moyens de participer aux grands intérêts commerciaux qui attirent les nations européennes vers les régions de l'océan Pacifique, et leur permet enfin de prendre une part active à ces luttes éventuelles qui auront pour but une suprématie commerciale, pour théâtre l'Océan; luttes dont les causes , suivant moi, approchent et grandissent chaque jour plus menaçantes pour l& paix du monde.

Sous la dénomination de territoire de l'Orégon, les Américains embrassent toute cette portion del'Union, à l’ouest des montagnes Rocheuses, qui a pour limite occidentale les rives du grand Océan, et s’étend sur ce littoral entre les 42° et 54° degrés 40’ de latitude nord; le 42° degré étant reconnu, par les traités entre le Mexique et les Etats-Unis, comme limite-commune, et le 54° degré 40° étant fixé, par les Américains, comme la limite de leurs propriétés au nord devant servir de séparation commune aux possessions anglaises en Amérique. Toutefois le gouvernement de la Grande-Bretagne s’est refusé jusqu'à ce jour à reconnaître cette délimitation, et va même jusqu’à réclamer droit de souveraineté sur la partie de ce territoire arrosée par la Colombia.

Les prétentions soulevées à cet égard par la Grande-Bretagne ont donné lieu à des négociations interminables, entre les gouvernements des deux pays. Nous développerons dans la suite de ce travail les points historiques et diplomatiques sur lesquels reposent les prétentions des deux nations rivales sur le territoire contesté.

On ne connaît encore que fort imparfaitement les immenses contrées de l’Orégon ; cependant, depuis les différentes explorations faites par ordre du gouvernement des Etats-Unis, on est à même d'être fixé, dès à présent, sur les caractères généraux des ressources agricoles, commerciales et industrielles de ces vastes régions.

Nous trouvons en effet, parmi les documents officiels publiés par le congrès de 1843 à 1844, des ren-

seignements très-intéressants dans un rapport du lieutenant Wilkes, de la marine des Etats-Unis, sur son exploration des côtes de la Pacifique et du territoire de l'Orégon.

Cette contrée est généralement montagneuse, trèsboisée , quoique contenant quelques prairies; elle est remarquable par le nombre de ses vallées riches et fertiles, que traversent deux chaînes de montagnes presque parallèles qui partagent ce territoire, des bords de l'Océan jusqu'aux montagnes Rocheuses, en trois régions ou zones à peu près égales, mais différentes par le climat, la nature du sol et les productions.

Mais ce qui caractérise plus essentiellement ces contrées comme physionomie physique, c’est lamanière dont les hautes montagnes qui les traversent, et qui n’ont pas moins de 12 à 14,000 pieds audessus de l'Océan, sont coupées, du nord au sud et de l’est à l’ouest, par la Colombia ou l'Orégon, ménageant ainsi , à travers ces montagnes , des moyens de communication sans lesquels celles-ci seraient demeurées des barrières presque insurmontables.

La chaîne la plus occidentale porte le nom de cascades ; elle règne parallèlement au littoral à une distance moyenne d'environ 60 lieues, et est formée d'une continuité de pics, tous dépassant de beaucoup le niveau constant des neiges qui, dans ces régions, est à 2,000 mètres au - dessus de l'Océan. La seconde chaîne, entre les cascades et les montagnes Rocheuses , est celle à laquelle on a donné le nom des montagnes Bleues ; elle est composée, à propre:

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ment parler, de contre-forts ou épaulements qui se détacheni de la chaîne principale de l'Orégon.

La Colombia a un cours profond, de nombreux affluents et un parcours presque aussi long que celui du Mississipi, mais moins favorable que ce dernier à la navigation naturelle. Ce fleuve prend ses sources septentrionales au milieu même des montagnes Rocheuses , par le 54° degré 40’ de latitude et le 118° de longitude ouest de Greenwich, et à près de 5,000 mètres au-dessus du niveau de l'Océan: de ce point à Wallawalla, par le 45° degré de latitude, son cours est de 440 milles (176 lieues), du nord au midi ; elle reçoit alors la branche méridionale nommée également la Soptin ou la Lewis, dont le cours a près de 520 milles ( 208 lieces) , et qui prend ses sources dans les montagnes Rocheuses, par le 42° degré de latitude et le 110° de longitude ouést de Greenwich, près des têtes du Fellow-Stone, de la Plaite, de l’Arckansas et du Rio Colorado du Texas.

De Wallawalla, point de bifurcation, la direction de la Colombia jusqu’à la mer est de l’est à l’ouest, et le fleuve a 240 milles (100 lieues) de longueur, sur lesquels 120 (48 lieues) seulement sont propres à la navigation à voile.

On ne trouve à l'embouchure de la Coiombia que 12 pieds d’eau, mais les marées ordinaires y sont de 6 pieds; cependant l'entrée de ce beau fleuve étant obstruée par des bancs de sahie changeants, les brisants qu'ils forment par les vents du sud et de l’ouest, qui, sur cette côte, sont ton sétueux, la ren-

dent dangereuse pour les navigateurs qui ne l'ont pas déjà fréquentée.

Mais si l'embouchure de la Colombia ne présente point de port vaste et commode à la marine américaine, on trouve, en compensation, sur le détroit de Juan de Fuca et le canal de Puget, compris dans les limites du territoire de l'Orégon, des rades spacieuses et sûres et d’un accès facile aux vaisseaux de haut bord. Les marées sur ce point sont même de 18 pieds et favorables, par conséquent, à la création de chantiers et de dépôts maritimes. Nul doute que dans un avenir très-rapproché les Etats-Unis n’établissent sur ces eaux un arsenal militaire et maritime et une station navale importante, où leurs navires de guerre et de commerce trouveront en tout temps un refuge assuré.

Du reste, la côte occidentale, couverte la plus grande partie de l’année par des brouillards épais, n'est point abondamment pourvue de havres, ports, ni rades, où les navires puissent relâcher en tous temps ; et les deux seuls points sur cette portion du continent américain qui présentent toutes les conditions de grandes rades sûres et commodes , sont : le port de San-Francisco, au nord de la Californie, et le golfe de Juan de Fuca ou de Puget. Les autres ports sont de troisième classe en importance et ne présentent sue de 40 à 12 pieds d’eau.

Dans la région du littoral , le climat est remarquable par sa douceur et l'égalité de la température qui ne dépasse pas en moyenne 12° 23 centigrades. Les vents régnants en été sont ceux du

sud-ouest et de l’ouest ; en hiver, ceux du sud, de l’ouest et du sud-ouest ; les hivers durent de décembre en février ; les pluies commencent en novembre et durent jusqu'en mars; elles sont fréquentes, mais peu abondantes. On y voit peu de neige, et encore celle-ci reste-t-elle rarement plus de trois jours sur la terre. Les gelées commencent en août ; les nuits sont froides ; le mais ne vient pas à maturité; mais cette région est néanmoins favorable à toute espèce de culture. Elle est surtout bien boisée, et tous les arbres à fruits y réussissent.

Les conditions atmosphériques de la seconde région sont différentes ; les étés sont secs et aussi plus chauds et les hivers plus froids; les extrêmes en chaleur comme en froid y sont aussi plus fréquents, Je taermomètre variant de — 7° 78 en hiver à + 42° 23 centigrades en été et à l'ombre. Malgré ces grandes variations, le pays est considéré comme salubre et est parfaitement propre à l'élève des troupeaux, à cause des vastes prairies et des vallées bien boisées qu’il présente.

Dans la troisième région, en s’approchant des

montagnes Rocheuses , la température est encore

plus variable, et souvent dans les vingt-quatre heures on éprouve tous les changements particuliers aux quatre saisons, le froid y est très-rigoureux et la chaleur de l’été très-intense. Il y pleut rarement, et encore moins souvent y voit-on de la neige. Cette région est particulièrement aride, excepté dans quelques vailées profondes où les troupeaux trouvent à se nourris toute l’année et où la

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présence du sel gemme les attire; aussi est-elle peu propre à l’agriculture. Du reste, ce caractère d’aridi’é, de stérilité et de climat rigoureux ne comprend, à proprement parler, que la chaîne même des montagnes Rocheuses ; sur les deux versants, la nature est plus humaine et la végétation reprend son empire avec toutes les conditions favorables à l'existence de l’homme.

D'après ces données , on peut conclure que ces contrées seront médiocrement favorables à l’agriculture, mais beaucoup à l'élève des troupeaux, par conséquent au commerce des peaux, des suifs, des fourrures , à cause de la chasse qui y est abondante , des bois, etc.; probablement aussi de prochaines explorations feront connaître plus exactement leurs ressources naturelles en minerais précieux, puisque déjà on a découvert, sur le littoral, du charbon de terre susceptible d’être utilisé comme combustible. Des régions aussi fortement empreintes de bouleversements causés par des feux souterrains, doivent recéler dans leur sein des richesses non moins précieuses que celles qui caractérisent les territoires de l’Arkansas, du Missouri, de l’Iowa et du Wisconsin placés dans des circonstances géographiques presque identiques; le champ de l’industrie y sera donc également ouvert. Du reste, la disposition physique du pays présente de nombreux sites pour l'établissement d'usines qui nécessiteraient l'emploi des puissances hydrauliques.

Une autre ressource qu'offrent ces contrées et quai ne doit point être oubliée ici, c’est l'abondance des

poissons de toute espèce qu’on trouve sur le littoral, dans les baies et rivières de ve territoire ; particulièrement la quantité et la qualité des saumons que la Colombia seule peut fournir. Dans ce moment, la pêche de ce précieux poisson fournit abondamment à la nourriture des indigènes, estimés à plus de vingt mille, à celle des colons déjà établis, et ali. mente, en outre, un commerce d'exportation aux îles.

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