‹ Question de l'Orégon [microforme]Chapitre 7 sur 7 · ARR. AS RENTE SN · texte numérisé non relu

ARR. AS RENTE SN

La compagnie anglaise du Nord-Ouest, ayant eu bruit de l'expédition de Lewis et Clarke, tenta de

k prévenir le but de ces voyageurs, et envoya à cet e effet, en 1805, le sieur Laroque pour fonder des s postes et occuper le bassin de la Colombia vers son pa embouchure. Mais cette expédition rencontra tant x \ de difficultés, qu'elle ne put dépasser dans l'inté- 4 rieur les tribus et villages des Mandan du Mis- © souri.

id En 1806, cette compagnie reprit son projet d'ex- 4806 pédition, et envoya M. Simon Frasier avec un parti pour fonder des postes à l’ouest des montagnes Rosi cheuses ; il partit du fort Chipewyan, traversa les ei montagnes près de la gorge où la rivière de la Paix 7 s’ouvre un passage, et y fonda un poste par le 54° D. | degré qui a retenu son nom, et qui a été effectivecu ment le premier poste anglais établi à l’ouest des é montagnes. De nouveaux postes furent ensuite sucx cessivement fondés dans ces régions occidentales, pa qui reçurent le nom de Nouvelle-Calédonie. dé Les expéditions heureuses des capitaines Lewis et “si Clarke oûvrirent aux Américains le champ de la 14 spéculation du commerce des fourrures; plusieurs ss habitants de Saint-Louis y avaient déjà acquis de Du grandes fortunes et de la réputation; c'est alors

qu'on vit se créer la compagnie du Missouri, sous si la direction d’un nommé Manuel Lisa. Ce chef intelligent fonda plusieurs comptoirs près des sources

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x. du Missouri et à l’ouest des montagnes Rocheuses, ro- Re "a sur les bords de la rivière Lewis, branche de la Co- Û

lombia; M. Henry, un de ses agents, était à la tête

de ces derniers établissements, que les inimitiés des Indiens, poussés par la rivalité de la compagnie anglaise, et, par suite, les difficultés d'approvisionuer, forcèrent à abandonner en 1810,

Ainsi s’avançaient dans cesrégions, jusqu'alors pour ainsi dire inconnues, de courageux voyageurs, à la recherche de ce commerce de fourrures, qui, en exposant à des privations, des dangers sans nombre, promettait en retour de grandes richesses.

Insensiblement les populations des rives inférieures du Missouri et de l’Arkansas commencèrent à remonter le cours de ces fleuves et à se répandre dans les contrées intermédiaires, avant de poursuivre plus au loin leur marche progressive, et de prendre possession des versants occidentaux des montagnes Rocheuses.

D’autres jalons, pour échelonner les émigrations des Américains vers les rives de l'océan Pacifique, restaient encore à être plantés, à travers les chaînes des montagnes Rocheuses, par des hommes aux vues larges et embrassant dans un prochain avenir la réalisation des immenses destinées réservées à la nation américaine.

À John-Jacob Astor, citoyen de New-York, revient l'honneur d’avoir, L premier, cherché à réaliser cette pensée d'occuper, au nom du gouvernement fédéral de l’Union, l'embouchure et les rives du grand fleuve dont Robert Gray avait découvert l'entrée, et Lewis et Clarke reconnu le cours.

Cependant un autre citoyen américain, le capitaine Smith, de Boston, conçut aussi, en 1810, le

QUESTION DE L'ORÉGON. 73 même projet ; il se rendit à cet effet, par mer, à | l'embouchure de la Colombia, et jeta les premiers

. fondements d’un établissement à Oak-Point, sur la rive méridionale de la Colombia. Les Indiens détrui-

” sirent ce poste, et Smith fut obligé de renoncer à la son entreprise.

"ni John-Jacob Astor fonda donc, en 1810, la com- 1810 e, pagnie américaine de l'Atlantique pour le commerce des fourrures, dont le siége était à New-York. 7 Deux circonstances fort remarquables ont trannt spiré sur les intentions de son fondateur, et re méritent d'être rapportées ici : c'est que, d’aeR bord, M. Astor choisit les éléments de sa compade gnie, en grande partie, parmi les sujets anglais ou des agents sortis du service de la compagnie du nordouest de Montréal ; ensuite, c'est que, redoutant la ons concurrence que pouvait faire à son entreprise cette ue, puissante compagnie, il fit proposer, par un agent Les secret, à ses chefs, Je s'intéresser pour un tiers du aux capital. Ces propositions ne furent pas acceptées. enir M. Astor projeta deux expéditions : l'une par à la mer, l'autre par terre. Il envoya, en 1809, un premier navire à la côte du nord-ouest, l'Entreprise, es capitaine Elbot. En 1810, il dépècha un second bàréa- timent, le Tonquin, capitaine Jonathan Thorn, qui rne- mit à la voile de New-York, en septembre, portant ives tout le personnel de l'établissement à fonder à l'em- ER bouchure de la Colombia. | En janvier de la même année, l'expédition par î api- | terre, aux ordres de M. Wilson P. Hunt, et com- ‘| 0, le posée de soixante-treize hommes, partit de Saint- ;

Louis, et suivit, autant que possible, l'itinéraire de n Lewis et Clarke. si Enfin, en octobre 1811, M. Astor dépécha, par un 4 troisième navire, le Beaver, capitaine Sowles, les cl autres chefs et agents de la compagnie dont M. Clark ut avait été nommé directeur ; il eut également soin jé d'envoyer à Saint-Pétersbourg un agent pour traiter mi d’un arrangement commercial avec la compagnie res russe.

Le capitaine Thorn arriva, le 24 mars 1811, à “+ l'embouchure de la Colombia, éprouva de grandes difficultés à franchir sa barre, et perdit même, dans ] cette occasion, trois hommes de son équipage. Il | pre s’occupa immédiatement, d'accord avec ses instruc- cé tions, d'ériger une maison pour y abriter les colons que qu'il devait y laisser ; il choisit, à cet effet, la posi- | qu’ tion désignée par le capitaine anglais Broughton, , Pointe-Georges, sur la rive méridionale. Les maté- | bis riaux de cette construction ayant été apportés tous préparés de New-York, elle fut promptement élevée. Ar

Cette petite colonie prit le nom d’Astoria, en l'hon- Plat neur du chef et fondateur de la compagnie. d'Al

Tandis que la colonie naissante était ainsi active- 1 ment occüpée de son organisation, elle fut visitée, étab en juillet, par un détachement de la compagnie du den Nord-Ouest, sous les ordres de M. Thompson, géo- des

| graphe et astronome de la compagnie. Ce parti fut R

N. très-bien reçu par la colonie américaine et son chef d | Macdougal, ancien employé de la compagnie an- Æ +, glaise. ne

La compagnie anglaise du nord-ouest avait eu con- prit

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QUESTION DE L'ORÉGON. 75 naissance du projet de M. Astor, elle avait résolu aussitôt d'en prévenir la réalisation en le devançant dans sa fondation d'un établissement à l’embouchure de la Colombia; elle avait à cet effet ordonné une première expédition qui échoua; la seconde seulement, aux ordres de M. Thom pson, arriva, mais, ainsi que nous venons de le voir, postérieurement à l'établissement des Américains.

Ainsi Lewis et Clarke ont découvert la Colombia en 1805 et sont arrivés à son embouchure le 14 no: 1805 vembre de la même année.

La compagnie anglaise da nord-ouest n'a fait sofi premier établissement à l’ouest des montagnes Rocheuses, par ie 54° degré nord, et par conséquent à quelque distance même du bassin de la Colombia, qu'en 1806.

Enfin les établissements américains sur la Colombia ont été fondés en 1809, 1810 et 1811. ed

Le chef Thompson de la compagnie anglaise du "** nord-ouest n’est arrivé parmi les Indiens, les Tétes- Plates, qu'au printemps 1811, après la fondation d'Astoria.

T'els sont les faits qui constatent la succession des établissements des Européens dans les régions occidentales et qui établissent la préséance en faveur des Américains.

Reprenons le cours de notre récit.

M. Thompson, après avoir fait reposer son monde et reçu des colons américains tous les approvisionnements qu'il était en leur pouvoir d'accorder, reprit sa marche rétrograde; il fut accompagné par

un parti américain, sous les ordres de M, Davis Stuart qui alla fonder le poste d’Ofénagan, sur une des branches de la Colombia désignée indistinctenent par les noms de Thompson et Clarke, à environ cent cinquante ou deux cents milles au-dessus de son confluent. |

Vers le milieu de janvier 1812, la moitié du parti américain envoyé par terre, sous les ordres de M. Hunt, arriva à Astoria dans un état de dénûment déplorable.

Un second détachement arriva peu de temps après dans une situation non moins malheureuse.

Enfin, le 5 mai, le navire le Beaver, commandé par le capitaine Sowles , arriva à l'embouchure de la Colombia et apporta aux nouveau: colons des secours de tous genres.

Quant au navire Le Tonquin, aux ordres du capitaine Thorn, il avait péri corps et biens en juin 1811, sur la côte, au sud, par le fait des dispositions hostiles des indigènes; un seul individu était parvenu à s'échapper et avait pu regagner Astoria.

L'infortuné Mackay se trouvait sur ce navire; M. Hunt dut le remplacer dans sa mission en Russie; il partit en août 1812 sur Le Beaver.

Pendant l'été de 1812, les Américains s’occupèrent activement de fonder de nouveaux postes. Un troisième poste fut élevé à la tête du Kouskouski, affluent de la Colombia , sur l'emplacement même où, dans leur voyage de découvertes, Lewis et Clarke avaient construit des canots pour descendre ces rivières.

Donald Mackensie, John Reide et Alfred Seton

dr de New-York firent partie de ce troisième détachectée ment.

ron Le poste de Spokan fut créé sur la rivière de ce soi nom, au milieu des Indiens de cette dénomination. Enfin le dernier poste fut établi sur la rivière de ati la Wallamette.

s de Au moyen de ces divers postes ou comptoirs, tous nénit reliés entre eux par des voies navigables, la compagnie américaine, pour le commerce des fourrures du mMps nord-ouest, se trouva avoir étendu de fait le réseau se. de ses opérations et par suite de son influence sur épar un territoire de plus de sept cents milles de dévedelà loppement.

die Par suite de ces relations, de riches et nombreux ss | approvisionnements de pelleteries commençaient à capi- | arriver sur l'établissement central d’Astoria pour juin être portés en Chine par le Beaver à son retour de RP son voyage à la côte, lorsqu'on apprit à Astoria, en Lapit janvier 1815, que les Etats-Unis avaient déclaré la guerre à la Grande-Bretagne en juin précédent. és MM. Mactavish et Laroque arrivèrent sur ces en- Rus- D trefaites à Astoria et apportèrent des nouvelles des progrès de la guerre défavorables aux armes amériares caines. Ils furent néanmoins bien reçus par les chefs oc des postes américains. Ceux-ci, soit qu'ils se sentisfluent sent animés d'un certain esprit de retour pour leurs eee anciens patrons de la compagnie du nord-ouest ou Sareut | soit par spéculation ou par manque de confiance Le dans leur position nouvelle, traitèrent à prix d'argent Seton À de la vente de la propriété d'Astoria avec les agents

de la compagnie du nord-ouest.

Cette transaction eut lieu quelques jours avant la prise officielle de possession, au nom du gouvernement anglais, de l'établissement américain, par le capitaine Black, commandant du bâtiment de guerre le Raccoon.

Cet officier changea immédiatement le nom d'4stora en celui de fort Georges.

su Lorsque M. Hunt retourna, le 28 février, à Astoria, de sa mission à Saint-Pétersbourg, il trouva que les établissements et la propriété de la compagnie américaine avaient changé de maitre.

Cependant le traité de paix de Gand, signé le 24 décembre de la même année, ne décida rien quant aux droits respectifs sur le territoire de l’Orégon, ni à leur délimitation à l’ouest des montagnes Rocneuses. Les choses restèrent sur le même pied de réciprocité, c'est-à-dire d'occupation et de com-

1 merce simultanés, consacré en 1807.

D Les Américains rentraient donc dans leurs droits il de reprendre et d'occuper les postes par eux créés | avant la guerre ; il paraïîtrait même que, sur la de- 4: mande pressante de M, Astor, qui se proposait de 1 | continuer ses relations commerciales avec le nordouest, le gouvernement des États-Unis informa offij ciellement le gouvernement anglais de son intenii tion de reprendre possession de ses postes sur la Colombia ; mais que, par suite de cette insouciance si blämable du gouvernement fédéral, aucunes mesures ar à cet effet ne furent prises, jusqu'en septembre 1817, lorsque le capitaine Biddle se rendit sur le bâtiment de l'Etat l'Ontario, à l'embouchure de la Colombia,

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Le capitaine Biddle reprit possession des postes 418

américains sur la Colombia, en août 1818.

M. Provon, commissaire américain pour la restitution des postes du nord-ouest, arriva sur un bâtiment anglais, en octobre 1818. Ainsi, Astoria fut rendue à ses fondateurs et propriétaires par le gouvernement anglais, aux officiers américains, sans conditions. Mais la compagnie américaine, pour le commerce des fourrures, ne fit aucun effort pour continuer ses opérations dans ces régions lointaines ; les agents anglais, au contraire, continuèrent d'y demeurer, et sont restés, depuis lors, maîtres des postes, au moyen desquels ils exercent le monopole sur ce genre de commerce.

Les Anglais ont fondé, depuis lors, le fort Vancouver, à trente lieues environ au-dessus de l'embouchure de la Colombia, dans une position importante et qui commande la navigation de ce fleuve.

La reddition des postes américains sur la Colombia fut faite d’après une convention consentie entre les gouvernements des deux pays, le 20 octobre 1818, et qui contient les clauses suivantes :

Article 2. Il est arrêté, entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis que, que le quarante-neuvième parallèle nord, à partir de l'extrémité nord-ouest du lac des Bois, jusqu’à la chaîne des montagnes Rocheuses, servira de délimitation entre les deux pays.

Article 5. Tout le territoire réclamé par chacune des parties, sur les côtes du nord-ouest à l’ouest des montagnes Rocheuses,havres,baies,rivières,iles,etc., seront libres et ouverts pendant les dix années qui

80 QUESTION DE L'ORÉGOX.

suivront la signature de la présente convention : cette disposition transitoire ne pouvant, bien entendu, porter préjudice en rien aux prétentions que l'une ou l'autre des deux parties contractantes pourrait avoir sur une portion du territoire de l'Orégon.

in 1819, les hostilités qui existaient, depuis des années, entre les compagnies anglaises du nordouest et d'Hudson, furent enfin réglées à l’amiable par l'interposition du parlement. Les deux compagnies furent alors réunies en une seule, ou plutôt la compagnie d'Hudson absorba l'autre.

C'est par suite de cette fusion des deux compagnies que le parlement eut occasion de passer,

ass le 2 juillet 1821, un acte « pour régler l: commerce

«des fourrures, et établir une juridiction crimi- « nelle et civile sur certaines portions de l'Amérique « du Nord, » dans le but ostensihle de donner plus de stabilité à la compagnie de la baie d'Hudson, mais dans celui non moins apparent de justifier ses prétentions de juridiction et de propriété sur ces régions.

L'année 1819, comme l’année 1805, signala, dans l'histoire politique américaine, un acte non moins important pour la prospérité et la sécurité de cette grande république. Les Etats-Unis acquirent, cette année, le territoire des Florides par le traité qui en porte le nom. Par ce traité, le roi d'Espagne recon nut pour ligne de démarcation, entre ses propriétés en Amérique et cette république, la direction même du 42° degré de latitude nord, à partir du point où

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QUESTION DE L'ORÉGON. gt

ce parallèle touche les sources de l'Arkansas, jusqu’au grand océan Pacifique ; er outre, Sa Majesté Catholique céda aux Etats-Unis tous ses droits, réclamations et prétentions sur tout le territoire nord de cette ligne, et renonça à jamais, tant en son nom que pour ses héritiers et successeurs, à tous ses titres et droits de propriété sur le même territoire. Lors de la ratification de ce traité, le Mexique faisait encore partie de la monarchie espagnole, et se trouvait ainsi lié par la même stipulation. Rappelons encore de nouveau, qu'en 1819, l'An-

gleterre ne possédait plus, en Amérique, que le territoire du Saint-Laurent et de la baie d'Hudson ; tout le reste du territoire américain, à l’est des montagnes Rocheuses et sud-ouest jusqu'aux limites du Mexique était devenu la propriété incontestable des Etats-Unis comme héritiers des titres et droits de la France et de l'Espagne sur la plus grande partie du littoral de l'océan Pacifique, droits dont nous avons, du reste, suffisamment établi la validité et la priorité.

Les voyages des capitaines anglais Ross, Perry et 1821 Franklin eurent lieu vers 1821.

Ainsi que nous venons de le dire, les deux compagnies de la baie d'Hudson et du nord-ouest furent réunies en une, seule, sous le titre de Compagnie de fourrures de la baie d'Hudson. Le nouvel acte du parlement lui accorda le monopole de teut le commerce dans les termes de la concession faite par Charles IT, en lui attribuant de plus la juridiction civile sur tout le pays vccupé par elle.

Sur ces nouveaux titres, la compagnie de la baie d'Hudson étendit sa domination non-seulement sur routes les possessions anglaises de la baie d'Hudson, mais encore sur tout le territoire de l’Orégon et même sur une partie de la Californie : elle est devenue ainsi, par rapport à l'Amérique, ce qu’est la compagnie des Indes en Asie, pour l'aristocratie financière et marchande de la Grande-Bretagne, un moyen d'étendre son monopole, et pour son gouvernement, un élément d'empiétement et d’usurpation.

Cette double position, qui, du reste, n’est point nouvelle et n’a rien, par conséquent, qui doive nous surprendre, ressort des faits, actes et mouvements ordinaires de cette puissance mi-marchande, miaristocratique de la Grande-Bretagne, qui voudrait opposer une barrière à l’extension menaçante de la puissance démocratique américaine.

Disons ici un mot sur l'organisation actuelle de la compagnie de la baie d'Hudson.

La compagnie de la baie d'Hudson dispose d’un capital assez considérable, divisé en autant d’actions que de propriétaires, dont le plus grand nombre résident en Amérique et veillent par eux-mêmes aux intérêts de la compagnie. Les actions ne sont point tenues en propriété à perpétuité ou transférables

comme d'autres actions ; elles sont en viager et transmissibles seulement par substitution, c’est-à-dire par transferts réglés à | avance, du consentement des parties, et plaçant les nouveaux propriétaires dans les mêmes conditions que les devanciers.

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QUESTION DE L'ORÉCON. 83

Les chefs ou facteurs résidant en Amérique ont le titre d’associé ou partner; chaque partner placé à la tête des comptoirs a droit à un salaire équivalant à un huitième d'action, soit à 25,000 fr. par an; les agents subalternes n'ont droit qu'à un seizième d'action.

Chaque année, Les principaux agents se réunissent en assemblée générale à York, Haut-Canada ; on y examine les rapports envoyés par les agents secondaires; on y épure leur gestion, on délibère et discute des plans d'opération pour la campagne suivante, les nouveaux ordres à donner aux trappeurs, en un mot la direction générale pour accroître les produits de la compaguie, tout en veillant sur la conservation des castors dans les districts de la compagnie. Tous ces rapports sont ensuite envoyés aux directeurs de Londres pour leur examen personnel.

Par son pouvoir constitutif, la compagnie exerce sur tous ses subordonnés un despotisme complet, le droit absolu de liberté, de vie ou de mort sur tous ceux à 40n service, soit comme sous-agents, employés, engagés ou esclaves. Car l'esclavage qui existe dans toutes les tribus indiennes est également admis dans toute la circonscription du domaine de la compagnie du nord-ouest. Les chefs ont donc droit de vie ou de mort sur tout individu qui ne se soumettrait pas aux règlements de la compagnie. Ils règlent, déterminent ou suppriment à volonté les salaires des agents où employés. Ils fixent le prix de toutes les denrées ou objets de consommstion, comme aussi des peaux de castor vendues

par les indigènes. De cette manière ils réalisent, soit sur les achats, soit sur la vente des marchandises, des profits qui, ensemble, ne s'élèvent pas à moins de 300 p. 100!

Les engagés, généralement naturels de l’île Orkney ou Canadiens, sont enrôlés au service de la compagnie pour cinq ans, au prix d'environ 375 à 426 fr. par an ; les commis des postes reçoivent davantage. Tout ce personnel est armé, discipliné, soumis au régime le plus sévère comme une armée. Tout acte d’insubordination est immédiatement puni de mort,

Chaque trappeur est accompagné de deuxgu trois esclaves. Le prix d’un esclave indien mâle est de dix à vingt couvertures ; celui d'une femme est plus élevé. Si un esclave vient à mourir dans les six mois qui suivent son achat, le vendeur est tenu de restituer la moitié du prix. L’appât de ja rétribution attachée à la vente d’un indigène est telle chez l'Indien, que des exemples de pères vendant leurs fils sont fréquents.

La compagnie a couvert le territoire de l’Orégon de comptoirs et de postes militaires, qui servent d'entrepôts et de lieux de ralliement aux Indiens et à ses agents. Elle a établi son comptoir ou entrepôt central à Vancouver, sur la rive septentrionale, à environ 36 lieues au-dessus de l'embouchure de la Colombia, et à la tête de la navigation à voile. Au midi de ce fleuve; elle a fondé Le fort Umoqua, près de l'embouchure de la rivière de ce nom : elle a envahi une partie de la Californie et occupe un poste important dans la rade de San-Francisco, une des

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QUESTION DE L'ORÉGON. 85 nt, plus belles qu'offre le littoral du nord-ouest sur la in- Pacifique, et où les vaisseaux de toutes classes peu- 18 à vent entrer. Elle est maîtresse maintenant de plus

de 500,000 milles carrés (129,450,000 hectares) à ney Vouest des montagnes Rocheuses ct à l'est de pa- 2,500 ,000 milles ou 647,250,000 hectares. fr. Enfin comme si le territoire de l'Orégon ne suffige. sait pas à l'ambition de l'Angleterre qui aspire à de- au venir maîtresse absolue dans la mer Pacifique , et acte pour n'avoir plus à redouter la concurrence de la ort. Russie sur les marchés de la Chine, la compagnie rois de la baie d'Hudson a pris à bail en 1842, pour dix asu L de ans, moyennant une redevance de 130 à 200,000 fr. plus par année, tous les établissements russes de l’Amémois rique du Nord.

esti- Toutefois, ce traité exclut le poste de l’île de Sitha, tion dans la Nouvelle-Archangelle où la Russie a un trèsl'In- grand établissement...

s fils Comme dernier trait prouvant les vues de l’Angleterre en Amérique, et qui doit justement alarmer égon les Américains comme tends'it à menacer leur puisrvent sance, nous devons ajouter que la compagnie de la ns et baie d'Hudson a porté récemment ses vues sur l’ocrepôt cupation permanente du territoire de l’Orégon, en ile, à cherchant à y fonder des établissements agricoles et de la industriels et des écoles pratiques pour l'éducation =. Au d'une génération qu'elle élève dans ses vues et sous | près À sa domination.

a en- Pour assurer son commerce avec ces contrées, la poste compagnie dispose d’une petite force navale, com-

Le des posée de quatre navires employés au long cours, de

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deux goëlettes qui font la traite le long dé ld côte de la Californie aux établissements russes, et d’un bateau à vapeur; tous cés navires sont armés en guerre, Ellé a, én outre, fondé aux îles Sandwich un établissement où ses Vaisseaux peuvent se rafrai: chir, s’approvisionner et faire le commerte,

Du reste, les Américains, dont les nombreux baleiniers fréquentent également ces parages, ont aussi établi sûr ces îles, du consentement des autorités lo: cales, une station de relâche ; c’est qu’en effet, ces îles, les plus importantes dans l'Océanie, étaient les seules présentant tous les avantages d’une station de ravitaillement favorable aux intérêts commerciaux qui appellent dans ces mers toutes les nations mari: times.

Les îles Sandwich sont destinées à un brillant avenir de prospérité commercialé par leut remarquable position géographique dans l'Océanie, à midistance de l'Amérique et de la Chine, ef sous la ligne obligée de trajet des navires européens se rendant aux Indes où aux pêcheries. Les habitants indigènes de ces îles ont compris ce que cette merveilleuse situation leur réservait; ils ont, en conséquence, depuis quelque temps, cherché à faire reconnaître leur indépendance et leur neutralité ; ils -ont envoyé à cet effet des commissaires à VVashington, à Londres, à Paris, pour traiter comme nation libre de leurs interêts. Je ne doute pas que déjà bien accuéillis aux Etats-Unis et en Angleterre, ils ne le soient également en France, où l'on doit comprendre toute l'importance attachée à ce que ce point du globe soit

reconnu indépendant et considéré comme neutre, et qu'aucune puissance étrangère ne puisse y exercer une influence supérieure à celle d’une autre.

Une nouvelle compagnie américaine, sous le nom 182 de compagnie de la Colombia, s’organisa en 1822 ; mais, en 1826, elle fut réunie à la compagnie de l'Amérique du Nord.

M. H. Ashley entréprit en 1825, à l’ouest des mon: 1725 tagnés Rocheuses, un voyage vers les sources du Colorado de la Californie, IL visita les rives de la Plata et établit une station près du lac Utah.

En 1824, les Etats-Unis et les Russes conclurent 180 une cônvénition, par laquelle ils fixèrent la délimitation dé leur territoire respectif en Amérique, Le troisième article de cetté convention porte qu’il née pourra être fondé par les citoyens ou sans l'autorité des Etats-Unis, aucun établissement sur la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale, ni dans aucune des îles adjacentes au nord du 54° degré 40’ de latitude, la Russie s'engageant, de son côté, à ne souffrir qu'aucun de sès sujets ne s’établisse au sud du inême parallèle.

En 18925, la Russie conclut avec la Grande-Bre: 459 tagne une convention, par laquelle les deux puissances accédaient à considérer le même parallèle, 54° degré 40’, et son intersection avec l'extrémité méridionale de l’île du Prince-de-Galles comme ligne de démarcation entre leurs possessions sur les côtes et îles du continent américain au nord-ouest.

En 1824 et 1895, le gouvernement des Etats-Unis ,925 proposa à la Grande-Bretagne d'adopter comme dé-

88 QUESTION D£ L'ORÉCON,

limitation à l’ouest des montagnes Rocheuses jusqu’à l'océan Pacifique le 49° degré parallèle nord, admis par la convention. de 1818, pour ligne de démarcation entre les deux nations à l'est. Le ministèrc anglais refusa d'accéder à ces propositions et leur substitua l'offre de considérer en effet le 49° degré nord comme ligne de séparation, mais seulement jusqu'à la rencontre des premières sources ou têtes de la Colombia, et de suivre alors, comme délimitation, le milieu même du cours de ce fleuve jusqu’à son embouchure.

Par cette offre insidieuse, l'Angleterre s’assurait ainsi les positions maritimes et militaires les plus importantes sur les côtes, dans le détroit de Juan de Fuca , sur le canal de Puget et à l'embouchure de la Colombia , elle était sûre, dès lors, de demeurer maîtresse du commerce sur ces côtes et dans le territoire entier de l’Orégon.

187 En 1827 les Ftats-Unis rejetèrent cette proposition sur le motif qu’elle concédait à la Grande-Bretagne un territoire au sud du 49° degré nord. Et sur ce point le gouvernement américain a agi sagement en refusant cette nouvelle prétention du gouvernement anglais; car, en droit, en fait comme en justice, les Américains ont des titres incontestables à l'occupation du territoire du nord-ouest au moins jusqu’à la limite du 50° degré nord. Car si, pour déterminer la limite des droits auxquels une nation peut élever ses prétentions, on prend pour base que la découverte d’une rivière et son établissement dans un temps donné doivent lui assurer le droit

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de propriété et de souveraineté sur tout le territoire qu’arrose cette rivière, il résulterait de ce principe que les Etats-Unis pourraient étendre leurs prétentions sur tout le territoire du nord-ouest au moins jusqu'aux limites du 53 latitude, où la Colombia prend ses sources septentrionales. Si au contraire on s'appuie sur cet autre principe, que toute nation qui prend possession d'un pays inconnu ou inoccupé a droit de souveraineté sur la moitié du territoire compris entre ses établissements et ceux d’une nation voisine, il résulterait encore alors que les postes américains d’Astoria et de Gatsop, se trouvant, en moyenne, par le 46° 20° nord, et le poste anglais supposé le plus méridional de ceux créés en 1778 par Cook , étant par 61° 30° nord, la latitude 53° 54’ deviendrait alors la limite septentrionale entre l'Angleterre et les Etats-Unis.

Les négociations entamées entre les deux pays relativement à leur délimitation respective à l'ouest des montagnes Rocheuses n'ayant amené aucun résultat, M. Gallatin reçut l’ordre du cabinet de Washington de notifier officiellement au gouvernement anglais que le gouvernement américain ne se trouvait plus lié à l'avenir par suite des propositions antérieurement faites pour fixer les limites de leur territoire du nord-ouest, et que les Etats- Unis se réservaient de faire valoir dans toute leur plénitude les droits et titres qu'ils possédaient sur ce territoire.

Néanmoins, par leur convention de 1827, il fut admis, par les deux nations :

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1° Que les clauses dé là convention de 1818 continuéraient en force indéfiniment, éomime si elles étaient deventes le sujet de nouvelles négociations ;

2 Qu'à partir du 20 octobre 1898, chacune des pärtiés cotitrattäntés avait le droit de l’annülér en prévénant douze fois à l'avancée, dans les formes actoutuiméeés ;

3° Enfin chacuné dés partiés établissait des réserves sur ses droits respectifs qu’elles prétendaient conserver l’une et l’autre dans leur intégralité.

De 1824 à 1827, Ashléÿ ayant continué un com: mérce aVahtageux avéc les postés à l'ôuést des montagnes Rochéuses, entra en arrangement avec la compagnié fondéé par MM. Smith, Jackson et Sublette, et leur transmit sés intérêts.

C'est alors qu'il s'établit une communication di: recté, par caravane, entre le poste du lac Utah et Saint-Louis.

Pilchet eéntréprit uné nouvelle expédition à l'ouést des montagnes Rôcheuses de 1827 à 1898 ét 1829.

En 1898 les Etats-Unis conclurent, avec le Mexique, devenu Etat indépendant de la couronne d’Espagne, un traité par lequel la délimitation précédemment établie et reconnue entre l'Espagne et les Etats-Unis était de nouveau confirmée par le gouvernement mexicain. Ainsi, sur la question de délimitation entre les Etats-Unis et le Mexique il ne peut s'élever aucune difficulté.

En résumant les résultats des traités conclus entre

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les Etats-Unis , l'Espagne, la Russie et le Mexique, et lu cotivention avec l'Angleterre, précédettiment cités à leur ordre de daté, nous voyons que là ré: publique américaine a fixé éllé-mêre, par ces actes, lés liites entre lesquelles elle prétend faire valoir ses dtoits dé propriété et dé souveraineté sut le lit. toral du grañid océan Pacifique. Ces limites sont comprises entré le 42° ét le 54° 40° noïd, ét emibrassent uh tertitôire de douze degrés et quatanté minulés détendue sur là mer du Sud.

La Gfandé-Bretagne seule, de son côté, contestée la validité des dfoits des Etats-Unis sur cétte juridiction et élève dés réclamations de propriété sur là plus grañdé partie, siñon sut la presqué totalité du même térritoire. L'analÿsé qui précède à dû éclairér cé débat et faire voir de quel côté sont les droits, Incontestablement ils sont du côté des Américains. ;

Tel est cependant, dans 0e moment, l’état de là question à vider entre les demx puissances rivales, et dans la solution de laquelle chacune comprend que son honneur aussi bien que ses intérêts sont également engagés, quoique, suivant moi, la situation me paraisse plus compromettante et plus dangereuse pour l'Angleterre.

Car, remarquons-le bien, l’Angleterre ne peut renoncer à ses prétentions d'occuper, sur l'océan Pacifique, l’embou:::re de la Colombia et lés ports qui en dépendent, 5253 fairé abandon aux Américains de tous les avauiages que présente l’occupation de ces positions maritimes et militaires, deve-

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nues plus importantes depuis que de grands intérêts commerciaux attirent toutes les nations d'Europe dans ces régions. Or, le côté grave de cette alternative, c’est que, d'un côté, si la Grande-Bretagne retient entre ses mains la possession de ce littoral, sa prépondérance dans ces mers est d'autant mieux assurée, et, de plus, au détriment des Américains, les seuls rivaux qu’elle redoute ; si, au contraire, les Etats-Unis arrivent librement jusqu’à la côte occidentale, ceux-ci prennent aussitôt la prépondérance sur les Anglais dans ces mers. Or, la nation américaine grandit tous les jours, par ce fait même du caractère éminemment actif, entreprenant et commerçant de ses citoyens, plus peut-être encore que par l'intervention réelle de son gouverrement. Entre les mains des Américains, une station nouvelle sur la côte nord-ouest sera bientôt devenue un puissant auxiliaire pour poursuivre leurs destinées d’antagonisme industriel et commercial contre l’Angleterre, ce que celle-ci redoute le plus, et ce qu'elle s'efforcera, par tous les moyens en son pouvoir, de comprimer, sinon d'empêcher entièrement d’arriver.

Mais, de leur côté, les Américains apprécient sainement leur position exceptionnelle et les avantages qu'elle doit inévitablement leur assurer, autant du moins qu'ils auront la sagesse de maintenir leur constitution à laquelle ils doivent leur heureuse centralisation gouvernementale, seule force et garantie de leur existence comme nation. Ils se sont accoutumés, dès leur début, à considérer le conti-

nent, où ils sont venus s'établir, comme devant un jour leur appartenir en entier; et ils marchent vers la réalisation de ce fait par ce miraculcux progrès de leur admirable système de colonisation, système qui leur assure l'occupation graduelle, lente, mais non moins certaine du vaste domaine qui leur est échu en partage. Contre cette action inévitable de leur nature, que peuvent des conventions, des traités et même une résistance armée ? Retarder peutêtre de quelques jours son exécution ; car tôt ou tard l'Américain doit s’asseoir en maître à l'embouchure de la Colombia, sur le grand Océan, comme il l’est à l'embouchure de l'Hudson, sur l’Atiantique; et certain de ce résultat éventuel, il attend de la force même des choses la conquête du territoire qu'il réclame, au lieu de recourir aux armes pour l’arracher aux mains d'un ennemi qui ne saurait longtemps encore lui résister sur ce point.

Ne nous laissons pas cependant abuser sur l’apparente longanimité du peuple américain : elle a ses limites ; et déjà, plusieurs fois, il a donné des preuves au mond: de ce qu’il savait entreprendre pour faire respecter ses droits. Le peuple américain est constant dans ses vues ; s’il laisse quelquefois reposer ses prétentions, il n’y renonce point, il attend seulement l’occasion de les faire revivre.

La question de l'occupation et de la colonisation de l'Orégon, à l’ouest des montagnes Rocheuses, remonte à une époque déjà assez reculée. En effet, dès 1804, nous voyons le président Jefferson se préoccuper vivement d'étendre la juridiction de

l’Union sur ce territoire. Le président Monroe, partageant les vues de sonillustre prédécesseur, fait, en 1824, de la création de postes militaires à l’'embouchure de 13 Colombia, l’objet d’un message spécial ; l'année suivante, M. Adams, à son avénement, recommanda l'adoption de la même mesure, et, de plus, la création d’une station maritime sur le lit. toral dela mer Pacifique; enfin le président Tyler a renouvelé, pendant la durée de son terme de service, la même recommandation.

Par suite de ces diverses recommandations des chefs de l'Etat, la chambre américaine a dû prendre en considération l'urgence de ! cette mesure

192 nationale ; d'abord en 1821, puis successivement en 1bus 1826, 1838, 1839, 1843 et 1844. Les comités aux-

quels cette partie des messages présidentiels était renvoyée ont uniformément rendu des opinions favorables, et appelé l'attention des chambres sur les moyens d'exécution les plus en rapport avec l'esprit de la nation. Cependant, chaque fois, les propositions des comités sont restées sans résultats effectifs,

En 1843, le comité chargé de cette affaire s’est exprimé d'une manière plus explicite encore que ses devanciers, sur la nécessité de pourvoir aux moyens d'étendre la juridiction du gouvernement de l’Union sur cette portion de son territoire; il a même été, à cet égard, jusqu'à formuler son opinion qu’en droit les États-Unis n'étaient nullement tenus de prévenir à l'avance le gouvernement britannique de leur intention d'étendre leur juridiction

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surun territoire qui leur appartenait, et il a demandé que le congrès votât une allocation de un million de francs pour cet objet. Certes, ce n’est pas l’énormité du chiffre du comité qui peut avoir fait rejeter la proposition ; néanmoins sa prise en considération a été encore une fois ajournée. Ce nouveau délai, apporté à l’accomplissement d'une mesure qui gagne tous les jours de nombreux partisans, provenait de causes que l'élection du président, M. Polk, a complétement détruites,

Dans cette dernière élection, le grand parti démocratique amérigain a triomphé sur tous les points de l’Union ; il va donc pouvoir manifester son opinion, dans les deux chambres, avec certitude d'une majorité effective sur toutes les mesures présentées par son organe officiel.

Déjà, en effet, dans son message remarquable du 113 & décembre 1845, à l'ouverture des chambres, le président exprime, en des termes préeis et clairs, la volonté arêtée du gouvernement américain d’occuper le territoire contesté, non pas à titre provisoire, mais par des actes qui doivent engager l’avenir. Le président déclare nettement, et avec fermeté ; que le droit de l'Amérique sur l’Orégon est absolu, et qu’elle entend le maintenir en toutes éventualités de cause par la force des armes; qu’il n’y a plus lieu d'offrir aucune transaction ; que la convention provisoire doit expirer dans un an; enfin, que le territoire contesté doit devenir désormais une terre véritablement américain” par la suprématie des lois, l'appui des snldats et le service même des postes des Etats-Unis.

Jamais peut-être, jusqu'ici, depuis bien des années, aucun document officiel émanant du chef de la nation, n'avait été reçu avec plus d'enthousiasme et d'approbation que ce message ; c’est qu'aussi jamais il n'avait été fait un exposé plus franc, plus explicite de la volonté nationale sur tout ce qui touche aux grands intérêts du pays, à son honneur!

Dans cet état de choses, nous ne doutons pas que les chambres américaines n’appuient de leur sanction officielle l'adoption des mesures recommandées par le président pour faire reconnaître la suprématie du gouvernement de l’Union sur les rives de la Colombia.

Chaque jour, le retard apporté à l'adoption de ces mesures rendrait, du reste, leur exécution plus difficile quant aux rapports avec la Grande-Bretagne, qui a continué depuis 1813, et après 1818, de maintenir et d'étendre son autorité sur le territoire contesté. La rétrocession, par conséquent, aux agents du gouvernement de l’Union, des droits de propriété acquis à ses habitants, ne pourra plus se faire, du moins je le crains, sans une vive opposition des occupants actuels. Combien, alors, ies Américains ne regretteront-ils pas la longanimité et l'impardonnable insouciance de leur gouvernement depuis 1818 !

Cependant nous devons faire observer aussi que le gouvernement américain n'a point prétendu, par son dernier message, entièrement rejeter tout moyen de négociation. Dans son louable esprit de conciliation, et pour éviter, autant qu'il peut être compatible, du moins avec sa dignité et ses droits,

QUESTION DE L'ORÉGON. ÿ7

de se trouver la cause première d’une rupture qui compromettrait la paix générale, il a cru devoir se départir de ses prétentions légales, et offrir au gouvernement anglais de reconnaître le 49° degré nord comme ligne de démarcation entre les possessions des deux nations sur les côtes de l'océan Pacifique, en lui accordant aussi Pentrée libre de tous les ports sur l'île de Vancouver, au sud de ce parallèle, c'est-à-dire, l'entrée libre du détroit de Juan de Fuca ou de Puget.

Le gouvernement anglais, non satisfait de cette dernière concession, réclame encore la libre naviation de la Colombia. Le gouvernement américain a refusé péremptoirement d'admettre cette nouvelle exigence des diplomates anglais en faveur des intévêts de la célèbre compagnie de la baie d'Hudson dans le territoire de l’Orégon.

Pour notre part, nous pensons que les Etats-Unis ne doivent point en droit reconnaître ou consentir à cette prétention exagérée. En concédant l’entrée libre des ports sur l’île de Vancouver, les Américains ont consenti un droit énorme, et qui doit suffisamment prouver aux hommes politiques de l'Europe que les démocrates américains ne sont point des ambitieux prêts à tout sacrifier, même la paix du monde, par esprit de propagande ou d’agrandissement.

Les Américains ne font point de propagande, seulement ils sont attachés à leurs institutions, qui ont prouvé être les meilleures pour eux en pratique pendant plus de soixante ans ; et, par suite, ils sont ani-: més d’une opiniâtreté, d'un esprit de résistance

à toute épreuve, lorsqu'il s’agit de maintenir leurs droits. Rien ne saurait les faire fléchir sur ce point.

En résumé, je ne doute pas que le gouvernement anglais, bien renseigné sur le caractère de la nation avec laquelle il se trouve engagé sur la question de l’'Orégon, connaissant toutes les ressources dont elle peut disposer en cas de rupture ; et mieux encore le tort que le commerce de la Grande-Bretagne essuierait, en dernière analyse, de la nuée de corsaires qui s’élanceraient des côtes des Etats-Unis, si la guerre venait à être déclarée ; je ne doute pas, dis-je, que, depuis le discours du président, les négociations ne soient déjà reprises, et que le cabinet anglais n’accepte sans modification les offres dernières des Etats- Unis.

En attendant, la colonisation américaine pénètre dans les régions occidentales par tous les moyens propres à sa nature intime. Le prédicant américain, escorté de sa compagne courageuse et résignée, tous deux animés de la même foi, ont déjà franchi les montagnes Rocheuses; d’autres missionnaires , préoccupés des mêmes intérêts, ont suivi les mêmes

sentiers, et répandent partout avec eux la foi, la .

langue, l'influence, l'autorité de leur pays et de leur gouvernement. Ces hardis pionniers de la civilisation chrétienne ont déjà fondé, sur le territoire de l'Orégon, sept missions : à Astoria, à Multuomia ou VVallamette, sur le district de Puget, sur la Willamette, à Umpcua et à Clatsop. Autour d'eux viennent se réunir les enfants des forêts, pour recevoir les premières influences de la civilisation. Bientôt

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quelques familles américaines, entraînées par le méme sentiment de prosélytisme, sont venues se fixer également dans ces régions lointaines où elles sont destinées à devenir le noyau d'importantes colonies agricoles; car la vallée de la Colombia offre à l’américain des attraits irrésistibles : son climat, son sol, ses produits naturels, sont au moins aussi favorables à l’homme que ceux de la vallée du Mississipi ; les montagnes Rocheuses seules forment une espèce de barrière aride. âpre et stérile, que les émigrants auront le courage de franchir pour arriver sur les versants de l’ouest, au milieu d’une nature plus bienveillante.

Or, il n'est pas à présumer que le mouvement de la population américaine vers l’ouest, dont on a observé les empiétements graduels , et estimé même les progrès réels à un demi-degré de longitude par année, s'arrête devant cette barrière. Cette population doit continuer de s’avancer en raison des causes inhérentes à la nature même des Américains, qui veut que cette race active et éminemment colonisatrice couvre un jour toute l'Amérique septentrionale.

L'occupation de l’Orégon par les Américains ne me paraît plus être aujourd’hui un sujet de doute, mais simplement une question de temps. Déjà, en effet, on compte dans ces régions éloignées plus de huit mille habitants ; et tous les jours de nouvelles caravanes d'émigrants des Etats de l’est et de l’ouest viennent apporter leurs puissants renforts à la famille américaine déjà organisée sur les rives de l'océan Pacifique. Un gouvernement régulier, élec-

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tif est constitué; il se compose d’un pouvoir exécutif, d’un juge suprême et d’une assemblée législative de neuf membres élus par le peuple.

Les lois en vigueur sont celles qui régissent les habitants des territoires de l'Union américaine.

Enfin, pour assurer la partie morale de cette population composée d'éléments si divers, une des premières mesures adoptées par les législateurs, dans leur dernière session de 1844, a été de proscrire l'usage des liqueurs fortes, en mettant une amende de 800 fr. sur tout délinquant à cette loi.

Il est donc permis de prévoir qu'avant peu, le même flot d’émigration qui, des bords de l'Atlantique, a pénétré par-dessus les Alleghany dans la vallée du Mississipi, aura bientôt roulé au delà de la ligne qu’opposent à ses progrès les montagnes Rocheuses, pour s'étendre sur le littoral de l'océan Pacifique. A cette époque, peu éloignée de nous, l’kiméricain se trouvera en face des Indes ‘avec les mêmes avantages qu'il possède sur l'Atlantique vis-à-vis de l’Europe. Son génie actif et entreprenant, aidé de la merveilleuse puissance de la vapeur, rendra le continent américain un chaînon intermédiaire dans l'Union qu'il aura créée entre l'Europe et les Indes orientales.

Panis, — lnprimerie SCHNEIDER et LANGRAND , rue d'Erfurth, 4.

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