‹ Question des espritsChapitre 111 sur 117 · RENÉ EE EE TETE · texte numérisé non relu

RENÉ EE EE TETE

au courage de notre honorable adversaire, bravant le sarcasme de quelques représentants fourvoyés de la science, et conduisant avec sagesse et précision, la remarquable série de ses séances expérimen-— tales. Il est vrai que les expériences rapportées par lui sont incomplètes ; peut-être aussi, toutes ne nous furent-elles point complétement livrées. Déjà pourtant, celles qui nous sont parvenues s insurgent contre les conclusions de l’auteur, si formellement antipathique au surnaturel. Eh mon Dieu! ce que M. de Gasparin avait dans Pesprit, ce qu'il voulait, n’a-t-il point trop effacé ce qu’il voyait, ce qu'il apprenait? Ce doit être à vous, Monsieur, et ami, d'apprécier ces suppositions.

« Mais il est un effet, que le travail de M. de Gasparin me produisit à diverses reprises, et je tiens à vous l’exprimer sans transition,

« Un instant effrayé de cette apparente supériorité que M. de Gasparin possède l’art de se donner, je crus un de vos plus intéressants chapitres, compromis, renversé sous la fougue de ses charges. Un tapage de coups, tellement héroïques, se mêlait à de tels cris de victoire, contre les pauvres nonnes de Loudun, que j'en frémis pour elles ! Je revins alors, et la tête assez basse, aux pages si précises de votre livre. Grand bien me fit! car je ne tardai guère à me convaincre que ma mémoire se trouvait fort en défaut. Eh quoi! mais une éclatante et complète réfutation des attaques de votre aggresseur, sortait du texte même auquel il donnait la réplique, et dont je le croyais victorieux, tant il y avait de triomphe dans ses accents. Or, ce que je remarque à l’occasion de cet unique passage de votre livre, combien de lecteurs auront pu l’observer pour mille autres! si bien donc, cher Monsieur, que vous n’auriez le plus généralement besoin, pour conquérir le suffrage des juges du camp, que de ramener tranquillement leurs yeux sur les feuillets de votre livre.

« Mais vous voulez rattacher à la haute question qui nous occupe, tout ce que l'évidence des faits et des travaux y vient ajouter au jour ie jour, et vous avez raison. Je vous en remercie beaucoup moins pour vous, et pour moi, que dans les intérêts de cette lumière cherchée par nous, et devant laquelle il est si dangereux pour le monde social de reculer. Répliquez donc, et cette philosophie sérieuse, qui ne rit ni ne pâlit devant les fantômes, vous en remerciera.

« Chemin faisant vous aurez, je l'espère, quelques paroles pour relever, parmi les attaques dirigées contre mon livre, celles dont le suc-

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LETTRE. 217 cès pourrait compromettre quelque vérité. Plus tard, dans une année environ, mon tour viendra de parler, car la question marche et marchera, je le pense, de quelque côté que viennent les efforts pour l’étouffer. Il est donc important d'écarter d’une main loyale, tout obstacle qui tendrait à fausser sa direction. Elle est pour moi l’occasion d’un nouveau travail où, quelquefois , il ne me sera point permis d'oublier les sorties de notre honorable adversaire.

« Mais de quelles difficultés se hérisse une réponse catégorique et complète ! Comment sur le terrain de la religion, par exemple, saisir un antagoniste chrétien qui, mesurant à son mètre la puissance de Dieu, pose de sa main la limite où, dans le cours des temps, doivent s'arrêter les miracles? — Que répondrais-je, pour ma part, et le même embarras vous attend, à l'interprète des livres saints qui prétend effacer sous son sens individuel, le sens de l'Église? Quelle réplique donnerais-je à l’homme religieux., assez charitable pour me plaindre de relater un fait, duquel il est à conclure, que les démons qui tuaient des hommes du temps de la captivité de Babylone, peuvent, aujourd'hui comme alors, nous donner la mort.

« Eh quoi! s’écrie-t-il, «M. Des Mousseaux confond les apocryphes avec l'Écriture, » et va ramasser ses preuves, par exemple, « dans /e livre de Tobie ! Les apocryphes et les traditions lui ont caché lu Bible.» (2, p. 539.) En quels termes, par quel artifice de langage, je vous prie, nous justifier devant le bon sens du lecteur d’avoir caché la Bible, — la Bible de M. de Gasparin, s'il vous plaît, — sous la Bible de l'Église catholique apostolique et romaine, sous les livres de utérocanoniques de cette église et sous ses traditions? Traditions qui, par le sévère contraste de leur invariabilité, rappellent l’inexorable traité de Bossuet sur les variations du protestantisme, ce Protée si fécond encore en phases et en contradictions nouvelles, depuis la mort du redoutable docteur.

«Mais de quel juste et délicat tempérament de style, userez-vous pour répondre à M. de Gasparin, nous reprochant, dans son inimitable assurance, d'opposer «les sorneltes des Pères » (vol. I, p. 105, id., à peu près p. 101, et V. 2° 568, etc.) au sens que sa parole impose à la série des phénomènes historiques et modernes, qui sont l’objet de nos études? Les sornettes des Pères de l’Église! non, je n’ai pas inventé le mot; les sornettes de ces hommes devant lesquels s'inclinèrent un à un tous les siècles de l’ère chrétienne ! les sornettes de ces hommes

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qui donnèrent au vigoureux génie de Bossuet, une trempe si formidable à l'erreur. Ah! M. de Gasparin, priez, priez le modeste et bon père Baltus de vous mettre aux mains sa réponse au médecin anabaptiste, Van-Dale, ce lourd préparateur du frivole ouvrage de Fontenelle sur les oracles! Priez-le d'arrêter votre esprit sur les preuves du respect profond, et de l’étonnante admiration des coryphées de la philosophie païenne, pour les Pères de cette église, contre la religion desquels se déchaînaient leurs fureurs (1).

Déjà la tâche est longue, mais vous êtes bien éloigné du terme que Jj y découvre, Monsieur et ami, s’il vous plait d'envisager un instant M. de Gasparin au point de vue philosophique. Eh quoi! tout le volume, tout le poids de ces 1,200 pages repose et s'appuie sur quatre principes comme sur autant de colonnes ; et, de ces quatre principes, il n'en est pas un seul qui puisse, à l’examen, justifier son nom ! Qu'il nous soit permis seulement de les nommer.

Le premier, nous dit-on, c’est un agent fluidiforme qui charrie La force et la pensée de l'homme, mais sans avoir d'autre conducteur possible que l’esprit, conscient ow non, des personnes présentes, au moment où son développement s'opère. — Cet agent matériel existe-t-il ? Je le veux bien; mais je dois le dire alors, je l'ai vu, devant bons témoins (p. 288, de mon livre Mœurs et praliques des démons), servir de conducteur à quelque chose de plus que notre pensée. Ces témoins, et moi, nous avons reçu de lui quatre réponses successives, émises dans une langue orientale. Et cette langue était parfaitement inconnue de chacun de ceux qui assistaient aux évolutions de ce royal fluide, Le même phénomène s'est réalisé nombre de fois, mais une entre autre, sous les yeux de M. de Saulcy. Ce spirituel et courageux savant ma donné copie de la longue et intelligente réponse de ce

(1) Baltus, rep. 2 part. p. 155, etc. — Bossuet, ce puissant interprète des Pères de l'Église, compte parmi ses sorneltes, gardons-nous de l’oublier, deux sermons sur les démons. — Certaines sornettes de S. Aug. me sont devenues d'autant plus pré- Cieuses que je les ai découvertes depuis ia critique de M. de G. Ce pauvre Père de l'Église ne pouvait prévoir de si loin la lecon que nous aurions l'honneur de recevoir à l'endroit des Écritures. Aussi a-til précisément entendu de {a facon compromettante dont je les interprétais, les strophes du psaume 90, touchant le démon de la nuit, le démon du midi, la flèche volante , etc. V. S. August., Soliloquia, C. XVIL, 8 4; et M. de G..., v. 2, p. 538 : sur mon livre P. 73, chap. des Fées. À ce sujet, M. de G... s’écrie : M. Des Mousseaux « prouve que l'Église romaine reconnait la réalité des lées », p. 540 id, Que de savoir-faire je me trouverais avoir, si je prouvais cette absurdité !

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fluide railleur, de ce fluide conducteur d'une pensée qui n'était celle d'aucun être visible, et qui prenait le bois mort pour organe (1).

« Hélas ! les trois derniers principes qui forment le support de l’édifice de M. de Ga$parin, ne sont malheureusement que trois exceptions ; et, si nous leur accordons le rôle qu’il leur assigne, nulle puissance ne les empêchera de remuer et de bouleverser le terrain le plus granitique de l’histoire. Le 4° de ces principes est, dans l’ordre des prodiges une inévitable hallucination, c’est-à-dire un dérangement organique, d'où résulte virtuellement la négation permanente de toute certitude philosophique, puisée dans le témoignage de nos sens. Le second, c'est l'erreur presque nécessaire du témoignage humain en fait de surnaturel. En d’autres termes, c'est l’erreur devenue partie intégrante de notre constitution intellectuelle. Puis, en dernier lieu, c’est la fraude. La fraude est déclarée l'indispensable auxiliaire, elle devient, si l'on me passe l'expression , le dessous, la partie couverte du surnaturel; car M. de Gasparin pose au surnaturel, et contre les plus impérieuses réclamations de la logique, la nette et formelle interdiction de se produire.

« Pénétré du néant de ces principes de circonstance, j écrivis naguère un apologue où je me permettais de les mettre en jeu, leur don-

(4) M. de G... ne prend point goût à l’examen sérieux de ces faits, qui détruisent ses principes et bouleversent son laborieux système. M. de Saulcy fut le premier à me signaler ce phénomène concluant que rapportait mon livre; car j'ignorais le sens des paroles consignées par ma plume. Je ne leur en supposais aucun. Le seul et unique mot que j’eusse pu savoir est le monosyllable Beth ou maison, qui reparait souvent dans mon ouvrage Dieu et les dieux ou Un Voyageur chrétien devant , etc., etc.; encore ce mot disparait-il à mes yeux sous une ortographe différente et par l’effet de son adjonction au reste de la phrase, dans laquelle je ne voyais qu'un ridicule assemblage de lettres. Peut-être n’est-il point inutile dé vous répéter ces réponses avec leurs sens :

Quel est ton nom, dimes-nous à l’agent qui nous répondait en hébreu, quel est ton nom ? — Rabba. — C'est-à-dire maîtresse ou nombreux; peut-être dans le sens de légion. — Plus tard : ce que tu fais, est-ce par magie? — Bétymmo. — C'est-àdire, par l’Immonde. — À quelle puissance es-tu subordonné ? — Aïku. — C'est-àdire, Je frappe, je frapperai (ou, à l'Esprit frappeur). — Est-il démon ? — Oui. — Que signifie Aïku ? — Efomedeh. — C'est-à-dire, ZE est encore debout ! Etiam stat, — Suivent plusieurs questions ; puis vient celle-ci : A quelle heure souffres-tu le plus ? — À minuit.— Et pourquoi ?—Nemitoeif.— C'est-à-dire, Nous le ferons tomber aussi. L'Esprit, pensant à celui qui est encore debout, et auquel il se dit subordonné, se répondait-il à lui-même? s’amusait-il à toute autre pensée? Mon rôle est celui de rapporteur et non d’interprète, En tout cas , M. de Sauley ayant été le premier à me faire observer que ces paroles appartenaient à la langue hébraïque, je n'ai point cru devoir recourir à sa traduction. Celle que je publie me fut donnée par un des plus célèbres orientalistes du monde savant, M. Drach, Israélite chrétien.

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