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nant mission de représenter à l’œuvre, le système de M. de Gasparin, Le ridicule inévitable où venaient aboutir les épisodes de mon récit, démontrait l’inanité de ces quatre fantômes. Malheureusement, mon article, encore à l'état débauche, fut remis pendant mon absence à M. le directeur de la table parlante, que je n’ai point l'honneur de connaître. Il fut imprimé par suite d'un malentendu, dans le n° du 31 janvier 1855, avant d’avoir reçu la forme définitive et pure que réclame un sujet auquel la pensée du public ne s’est point encore familiarisée. Des fautes de typographie ajoutèrent encore aux infortunes de cette pièce de très-médiocre importance, et qui n’est une réponse ni sérieuse, ni suivie, comme le sera la vôtre, comme le seront plus tard quelques-unes des pages d’un travail, auquel je consacre une partie de mes loisirs. .
«Mais vous qui donnez la première réplique, priez done, je vous en conjure, priez M. de Gasparin de nous expliquer, avec quelque netteté, ces phénomènes qu’il entasse intrépidement dans la catégorie des hallucinations. J'ai vu, mais plus particulièrement dans une même mai- SOn, J'ai revu, combien de fois, je ne saurais le dire, et vous savez en quelle compagnie d'hommes savants el perspicaces, la plupart des tours et des lutineries que se permettent ces invisibles nommés esprits frappeurs. Nous leur adressions la parole et, tout aussitôt, leurs coups partaient en volées significatives ; ils nous répondaient avec intelligence ; ils battaient les airs et reproduisaient, sur les murs ou ailleurs, les bruits que le premier venu d’entre nous s’avisait de leur demander; ils sifflaient, ils marchaient, faisant entendre autour de nos personnes les pas les mieux caractérisés ; ils culbutaient les meubles, ils produisaient des apparences lumineuses et les promenaient jusque sur nos corps.
«Nous fûmes plusieurs ensemble à bien affirmer ces phénomènes, où certes la ruse était étrangère, et l’on n’hésita point à nous croire sur parole ; mais quelque lecteur de M. de Gasparin n’aura-t-il point à se récrier :
€ Quoi de plus simple, MM. du monde ou de la science ! Vous étiez en de tels moments, sous le coup de la sorte d’illusion que nous appelons l’hallucination collective.
«Oh! le joli mot encore, et qu’il est impertinemment volé, pour la circonstance, à l’école médicale qui, du vivant de Molière, nous a dé- «harrassés du cœur à gauche pour le placer à droite. Ce mot pourtant a Sa valeur dans quelques rencontres fort exceptionnelles, » et je suis
des premiers à le reconnaitre ; maïs hâtons-nousde l'accueillir au sens où lon tient à nous le donner ; acceptons-le done, et que ce soit pour le jeter au creuset.
Comment cela ! Voici tout autour de moi des hommes sains d’esprit et de corps, savants, perspicaces, se contrôlant l’un l’autre, sous le front desquels ne se dérobe aucune fébrile ardeur, et que cette sorte toute particulière d'hallucination n'atteindra qu’en présence de telle Jeune fille, ou dans telle localité tout exceptionnelle. Mais quel est donc l'air qu'elle respire ou que l’on respire en ce lieu? Car, remarquons-le bien, aussitôt que ces mêmes personnes sortent des conditions que je décris, ces singuliers phénomènes suspendent pour elles leur cours. Elles ne voient plus rien d’anormal , elles cessent de rien entendre qui les émerveille; rien ne les frappe, tout est rentré pour elles dans l'ordre habituel et ordinaire.
Mais à peine auront-elles franchi de nouveau le seuil de tel étage si sain , si salubre à tout autre égard , à peine auront-elles , par l’entremise de tel individu , fait la moindre sommation , le plus léger appel aux Esprits, dont on pouvait s'occuper impunément sous tant d’autres toits, que le surnaturel est là pour les assaillir. Les phénomènes de tout à l’heure, ceux que vous appelez les hallucinations collectives, s'emparent à l'instant de ces têtes froides et logiques. Selon vous, toutes ensemble, elles s'illusionnent exactement de la même sorte sur linfinie variété de faits et de bruits qu'elles ont la certitude de voir et d'entendre en dehors d’elles-mémes! En vérité, quel phénomène plus surnaturel avons-nous décrit que celui de vos hallucinations ? de ces hallucinations que telle personne qualifiée du nom de médium ou d'intermédiaire , semble porter en croupe pour les laisser bondir comme sur une proie sur ceux qu'elle aborde ; de ces hallucinations qui se domicilient à poste fixe, et dont le cerveau de l’homme ne reçoit l'impression que dans le lieu précis QU'ELLES HANTENT !
Le modeste Père Thyrée, qui n’était pas même un Père de l'Église, désignait du nom de lieux infestés, ou de lieux hantés, ces foyers d’hallucination , les centres où ces phénomènes à mille faces attendent et saisissent l'esprit de l'homme. C'était le langage de son temps, c'était parbleu tout aussi bien le langage de la vérité; car, à cette époque, les hallucinations naturelles étaient excellement reconnues et décrites. Le bon sens se gardait bien de les confondre avec un phénomène bien différent , avec les hallucinations qui sont si manifestement étrangères
à l'organisation du sujet, qu'il leur plait d’affecter ou de molester.
Assez, je pense, sur ce chapitre, mais j'espère que vous ne quitterez point la plume, monsieur et ami, avant d’avoir rassuré notre honorable adversaire contre ces coteries, contre ces machinations catholiques, dont le fantôme soulevant.…. au coup de minuit peut-être... la couverture de nos ouvrages, agite et trouble son âme. Séparés par une longue mesure de l'espace, n’étions-nous point, tout naguère, parfaitement inconnus l’un à l’autre lorsque, chacun dans notre retraile, nous composions ces livres dont les pages nous ont révélé notre accord? Nos intelligences et nos cœurs se rencontrèrent doucement dans la vérité; de telles rencontres peuvent-elles être, pour M, de Gasparin , un choc à faire trembler le monde ?
Que si nulle vérité n’est redoutable lorsqu'elle n'occupe au soleil que sa place légitime, ayez un mot pour rassurer M. de Gasparin, Qui mieux que vous saura lui dire, que la vérité même de la sorcellerie et des œuvres du démon, n’a rien de commun avec la restauration des Auto-da-fé dont, jadis, et à cette occasion, le protestantisme a si cruellement nourri ses brasiers.
«On peut en croire Barrington, dit Gœrres, lorsque dans ses remarques sur le vingtième statut de Henri VI, il porte à trente mille le nombre de ceux qui furent exécutés en Angleterre depuis ce statut, peu de temps avant la réforme , jusqu’à la Suppression du Code pénal. C'est précisément le nombre des victimes que l’on reproche à l'inquisition d’avoir fait mourir à peu près pendant le même temps dans fout le sud de l’Europe et dans le Nouveau monde, en y comprenant /es Juifs el les nahomctans Espagnols ! » (vol. 8., p. 439 et 440 }: Grand Dieu ! criez donc. bien haut à M, de Gasparin, de compter avant tout sur n0S bras, non pour construire, mais pour éteindre les bûchers, dont la torche de je ne sais quel persécuteur, parviendrait quelque jour à rallumer la flamme.
Élevé, pour ma part, dans la haine des persécutions, je les maudis et je rends hommage au coreligionaire de M. de Gasparin, à l'anglais Cobbet, ce protestant qui me déclare vouloir mourir dans le protestantisme, et dont la plume décrivant les fureurs calculées, les fureurs séculaires et implacables de Za Réforme, donne aux récits de l’histoire les sanglantes allures de la tragédie. Le livre magnifique et plus récent de M. de Beaumont, sur l’Zrlande, n’a certes point détruit en mo l'impression des paroles de Cobbet. Mais, ces pages écrites avec des
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larmes et du Sang, m’eussent paru le roiman le plus exagéré du crime, malgré leur caractère à peu près officiel, si, dès avant la publication de cette œuvre, je n’eusse vu, de mes yeux vu, ce peuple Irlandais gisant encore et brisé de ses tortures, en cette ile de douleur et d'agonie !.… Est-ce, encore, que les gémissements des catholiques de l'Allemagne n’atteignent point assez sensiblement nos oreilles (4)? — Qui donc, aujourd’hui, parmi les enfants de la France, n’aurait le cœur assez haut et l'âme assez chrétienne pour détester la criminelle folie des persécutions, pour imposer silence au zèle égaré, pour contraindre toute
(1) Je me garderai bien d’ouvrir le riche arsenal que le catholique rencontre sur le sol des États-Unis américains: mais le ragment d’un maitre-livre, à peine publié, se glisse entre mes doigts et s’y attache, (l’Autre-Monde ou les États-Unis, par Mme Marie Fontenay, 1855). C’est à propos du droit électoral.
« Les Américains de naissance exigeaient d’abord une plus longue résidence de la part des étrangers avant de leur accorder l'exercice des droits politiques ; Les protestants, plus tard, soutinrent qu’il y avait grand danger pour les États à investir de ces droits les catholiques irlandais. Les sujets spirituels du pape ne pouvaient avoir, disaient-ils, aucune liberté. On ne leur épargna aucune injure , aucune calomnie ; On insulta les femmes dans les rues, On frappa publiquement les sœurs de Charité , on leur cracha à la face. Il y eut des scènes comme au temps de nos guerrès de reli- &ion : des ministres protestants se montrèrent dans les rues au milieu de gens avinés ; au lieu de faire entendre des paroles de paix , ils criaient partout : anathème Contre les papistes. On doit à ces forcenés les scènes affreuses de Philadelphie, l’incendie de trois églises, d’un collége et de soixante-dix maisons, la mort d’un grand nombre de citoyens, la ruine de plusieurs familles, etc.
« On à attribué l'essor des États-Unis à la liberté ; C'est l'opinion qui traîne partout. Il fallait dire, pour ne tromper personne, que la liberté, aux États-Unis, est le Sacrifice continu de la société à l'individu ,» c’est-à-dire la pratique la plus conséquente qui puisse exister du principe anti-Social, on anti-ecclésiastique du protestantisme ! Car, église signifie réunion , société ! — Le Iragment entre guillemets du livre de Mme Marie Fontenay se trouvant, non point dans l'Univers, mais dans la Gazette de France du 25 mars 1855, je pense pouvoir le citer à M. de Gasparin sans recourir aux précautions oratoires ! Ces quelques exemples, modestement et à peine indiqués , rendront plus sobres son admiration et son zèle pour cette Réforme, que sa propre histoire nous représente comme aussi nécessairement étrangère aux lois de la logique, qu’à l'exercice de la tolérance. Sans donte alors, et tout en protestant contre certains procédés des fameux revivals américains , M. de Gasparin s’abstiendra-t-il de se dire « pénétré de respect pour la plupart des pasteurs qui convoquent les campmeetings! » (V. er, p. 504.) S'il en était autrement, nous affirmerions sur l’honneur de M. de Gasparin, et sur le nôtre, que jamais notre savant adversaire n'a lu aucun récit de ces nombreux voyageurs qui, jusqu'à la très-protestante mistress Martineau , nous ont décrit ces cyniques orgies. — Par quel autre terme nommer ces réfections spirituelles qu’il suffirait de saisir au daguerréotype pour représenter. d’après nature, une des scènes honteuses de ces sabbats… traités par lui de fantastiques ! Cest parce que , à cet endroit, la lutte nous répugne, nous montrons nos armes.
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passion à se taire devant cette sublime redite du vieillard dont la tête avait reposé sur le cœur du Christ : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. — Permettez-moi, monsieur et ami de commencer par
vous , et veuillez agréer l'assurance, etc...
P. S. Pour quelques-uns de ces esprits que le R. P. Ventura qualifie si justement dans la lettre que reproduit votre ouvrage, nos livres ont éveillé la dangereuse question du surnaturel. Éveillé?... Peuvent-ils donc ignorer à quelle myriade de faits patents, et d'écrits erronés, nos livres étaient et deviennent une réponse? Comment, d’ailleurs, nous condamner, sans proscrire par le même arrêt la parole humaine, l’écrit, le traité, le sermon qui pour combattre un mal flagrant et visible, commet l’imprudence de le nommer! Lorsque, pour imiter sa parabole, une bombe descend à terre, mèche fumante, qu'on nous le dise donc, le cri d'alarme jeté au milieu des soldats inattentifs est-il
la puissance, qui va faire voler la mort avec les éclats du fer?