‹ Question des espritsChapitre 41 sur 117 · SEE ÈS · texte numérisé non relu

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dit : je vois venir une femme eœcitée par je ne sais quel motif de vengeance, elle passe dans un couloir étroit; elle parle à quelqu'un.

« La somnambule était couverte de sueur, elle paraissait excessivement fatiguée. Je ne l’étais pas moins; ma patience était à bout. C'en est assez, dis-je à M. Mongruel, placé au milieu de la salle. Dégagez madame, elle a suffisamment précisé la scène que j'ai choisie au milieu des horreurs de la révolution française, et je déclarai à l’assemblée que l’assassinat de Marat, par Charlotte Corday, avait été l’objet de ma pensée.

«Il me parut que cet homme, plus que roi, entrainant par sa parole un grand peuple dont il élait aimé, la tête posée sur son bras gauche et portant la main droite sur son cœur ouvert par une blessure, ne pouvait être que Marat. Et cette femme poussée par un désir de vengeance et traversant un sombre couloir pour aller trouver cet homme, n'étaitelle pas Charlotte ?.… |

« La peine même que ‘la somnambule avait eue à distinguer ces deux personnages, n'est-elle pas une preuve de sa sincérité, de sa bonne foi dans cette circonstance? Si elle eût vu clairement Marat dans le bain et Charlotte un poignard à la main, j'aurais pensé que M. Mongruel, par quelques signes convenus entre eux, lui aurait transmis ma pensée. Mais les objets se présentent à elle d’une manière confuse. Elle se trouve jetée au milieu d’une scène de crimes, de sang et de ruines. N'est-ce pas la révolution française qui vient poser devant ses yeux? Ce n’est pas ce que M. Mongruel lui aurait suggéré, s'il eût pu communiquer avec elle.

« Cet effet magnétique que j’opérais sur madame Mongruel n'est pas non plus ce qu'on appelle une transmission de pensée, car dans ce dernier cas, elle n'aurait vu qu’une charabre solitaire, un homme dans un bain, une femme devant lui un poignard à la main. Car voilà, en effet, quel était l’objet de ma pensée. Il n'y en avait aucun autre; par con-

séquent, ce sang, cette fumée, ces bruits confus, la puissance de cet homme par la parole, son ascendant sur un grand peuple, cette idée qu’il était roi, cette femme qui suit un long couloir, ce bras passé sous le cou, etc... rien de tout cela n’eût dù se présenter à son esprit, parce que rien de tout cela n’était présent au mien. Si donc madame Mongruel a été transportée au milieu des scènes de la révolution française, elle ne l’a point été par un effet de transmission de pensée, ni par un effet de ma volonté; mais au contraire elle l’a été contre ma volonté. Jai servi d'agent ou plutôt d’occasion aveugle. Il y avait là UN AUTRE AGENT INTELLIGENT.

« Quel est cet agent merveilleux ?

« Peut-il être matériel comme le fluide vital dont on parle tant et qu’on définit si peu? Peut-il être spirituel? et n’être ni mon àme, ni un esprit bon ou mauvais !.….

«Selon quelques magnétiseurs, le fluide vital est intelligent. Nous attendons qu'ils nous expliquent le rapport de ces deux termes qui nous paraissent contradictoires : fluide, c’est-àdire succession de parties en mouvement, spirituel, c’est-àdire simple, sans partie et sans succession.

« DELORME, maître de pension, à Lyon.»

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