MONSIEUR
« J'ai l'honneur dé Vous faire tenir les détails qûé vous m'avez demandés «sur quelques expériences dont j'ai été témoin et même acteur. Voici ce qui «me parait le plus rémarquable et le plus caractéristique:
« Un chapelet bénit, que je déposai sur un tabouret soumis à l'influence « manuelle d’une jeune enfant de neuf à dix ans, fut jeté à terre six fois de
«suite, malgré tous les efforts que nous ayons faits, deux autres personnes
Ce moi, pour nous y opposer. Ce tabouret s’agilait avec dé véritables con: « vulsions : c'était Vraiment de la rage.
« Ime fut de même impossible de fairé tenir sur ce tabouret ün petit Christ « d'argent que je porte habituellement sur moi. Un de mes amis ét un méde- « Cin protestant, ayant isolé ce tabouret du sol, et le tenant des deux mains “ avec toute l'énergie dont ils étaient capables, ne purent pas davantage « dominer ses mouvements, et trois fois consécutives je recus mon Christ dans « Ja main.
« Enfin je voulus toucher seulement le täbourèt avec ce Crucifix. Je l’appro- « chaï en lui disant : « Tu vas le baiser. 5 Et aussitôt le tabouret s'enfuit au « bout du salon. Je recommeñçai, et deux et trois fois, répris et retenü, le « Labouret, pour ne pas $e laisser toucher par un Christ, Se jeta à la renverse,
« J'affirme sur mon honneur que tout cela est réel, que je l’ai expérimenté, « que je l'ai vu, touché, et cela en compagnie de dix où douze personnes.
« Du reste, je crois bien maintenant qu’il n’est personne qui puisse douter « de la réalité des faits. On discute Seulément sur le principe, sür la Cause. « Votre conviction, monsieur, est là mienne. Tout cé qui se dit en dehors de « cela, me semble tellement vague, indéfini, pour ne rien dire de plus, que je «ne comprends pas, que des hommes de bon sens puissent s’y arrêter un « moment. La vérité se fait et soyez-en félicité, M. Des Mousseaux, et vous. y « contribuez tous les jours par ces pages qui portent avec elles la conviction.
« Veuillez agréer,
« L. CHEVOION, Vicaire à Saint-Roch: »
M. l’abbé N***, curé de l’une des paroisses de Paris, veut bien nous autoriser à rapporter le fait suivant et à le nommer verbalement aux interrogateurs :
«. : . . Sollicité depuis longtemps et vainement par ün de $és ämis, le docteur ***, de venir assister aux expériences qui avaient lieu chéz lui, M. le curé finit par ÿ consentir et S'y rendit avec son premiër vicaire: Ces séances avaient été annoncées comme étant fort édifiantes, et la preuve en était irrécusable, disait-on, puisque la fille du docteur, intéressant médium de dixhüit ans, F’était vue, grâce à elles, lancée dans les voies de la plus haute piété, telles que la fréquentation des sacrements, etc., etc.
« M. le cüré n'avait pas trouvé là, une raison suffisante de confiance, et s’était réndu chez le rhédecin avec des pensées fort peu arrêtées, il est vrai, sur la nature plus où moins Surnaturelle de la cause, mais très-arrêtées sur ses qualités, Uans le Cas où cette nature Sufnaturelle lui $erait démontrée.
« La séance commence, et, dans le fait, le surnaturalisme se révèle.
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Bientôt il cherche à se montrer édifiant, il prêche en fort beaux termes, encourage les meilleures choses. enseigne les doctrines les plus pures... jusqu'au moment où M. l’abbé jette, à l'insu de tout le monde et même de la jeune fille, un chapelet bénit sur le fameux guéridon. Et alors que se passe-t-il? Le médium pouse un cri effrayant, sa figure se décompose, sa poitrine se soulève, ses yeux sortent de leur orbite, et au milieu de ces cris, de ces sanglots, de ces convulsions qui rappellent l’épilepsie, la gorge de la pythonisse se resserre tellement que leffroi devient général et que l’on peut s'attendre à un malheur. Alors, pour que l’on puisse prodiguer tous les secours nécessités par cet état, ces messieurs sont obligés de passer dans la pièce voisine, mais non sans avoir enlevé le désastreux chapelet, que le médecin désigne comme le vrai coupable, et ce n’est qu’au bout de vingt minutes, qu’on vient leur apprendre que le terrible paroxysme est passé. »
Il n’est pas nécessaire d’ajouter, qu'à partir de ce moment les tables perdirent tout crédit dans cette maison, et que M. le curé persévéra dans ses préjugés sur leur malice, alors même qu'elles paraissent le plus édifiantes.
Nous le répétons, nous avons ici permission de nommer.