III
M. le vicomte de Meslon, qui, dans une première lettre insérée dans le Journal du Magnétisme le 24 juin 1854, paraissait croire à la possibilité « d'entrer en relation avec des esprits bons et mauvais au moyen des tables et gràce au fluide magnétique, » a bien voulu nous permettre d'insérer la lettre suivante. Cet exorcisme d’une table par une autre ne laissera pas que d'être assez instructif pour ceux qui croient sur parole aux bons esprits.
FAITS ARRIVÉS À RAUZAN, CANTON DE PUJOLS (GIRONDE), EN 1853, AU SUJET DES TABLES TOURNANTES ET PARLANTES.
« Dans les premiers jours de mai 4853, ayant lu dans certains journaux le récit des étranges phénomènes qui se produisaient aux États-Unis et en Allemagne au sujet des tables tournantes, je me concertai avec deux jeunes gens et une Jeune femme de vingt-trois ans, pour nous livrer par nous-mêmes à ces curieuses expériences...
« Voici quelques-unes des questions et des réponses que nous avons obtenues :
« D. Est-ce réellement à des êtres intelligents que nous avons affaire? — R. Oui. — D. Ces êtres appartiennent-ils à un ordre plus élevé que le nôtre? — R. Oui. — D. Cet ordre est-il le plus rapproché de nous? —R, Oui, — D. Y en a-t-il d’autres encore plus élevés? —R. Oui. — D, Quelle est votre nature; est-elle matérielle comme la nôtre? — R. Non. — D. Est-elle fluidique ou gazéi-
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NOTES. 6 forme? — R. Oui. — Êtes-vous des intelligences bonnes? — R. Oui. — D. Vous ne voudriez donc pas nous faire de mal ou nous aider à en faire à nos semblables? — R., avec énergie. Non. — D. Y a-t-il après la mort une récompense pour les bons et une punition pour les méchants? —R. Oui.— D. Y a-t-il donc un enfer éternel? — R. Non. — D. La religion catholique nous trompe donc à cet évard? — R. OUI. — D. En quoi consiste alors la punition des méchants? — R. À aller passer un temps plus ou moins long d'épreuves, dans la sphère la plus rapprochée de la terre, puis à s'élever successivement et progressivement de sphère en sphère, à mesure que l’on s’épure, jusqu’à ce qu’enfin l’on arrive à la sphère dernière, où l’on est réuni à Dieu. — D. Êtes-vous de même pature que les esprits frappeurs des Etats-Unis? — R. Oui. — D. Y a-t-il d’autres moyens que la chaîne magnétique pour se mettre en rapport avec vous”? — KR. Non. — D. Cependant n'y a-t-il pas ce que, dans le langage des hommes, on appelle des mediums, qui peuvent se mettre en communication directe et sans intermédiaire avec vous? — R. Oui. — D. Pouvez-vous donc alors, et dans de certaines conditions, vous manifester à nous visiblement? — R. Oui... (Cette question n’a pas été poussée plus loin.)
« D. Avez-vous déjà vécu sur la terre? — R. Oui. — D. Avez-vous conservé le souvenir de votre vie parmi nous? — R. Oui. — D. Vous vous intéressez donc à ceux que vous aimiez ici-bas? — R. Oui. — D. Avez-vous de l’affection pour quelqu'un de nous? — R. Oui. -— D. Désignez-nous cette personne? — R. Madame D. (C’est l’initiale du nom de la jeune femme.) — D. Combien y a-t-il que vous avez quitté la terre? —R. Neuf ans. — D. Quel âge aviez-vous à l’époque de votre mort? —R. Trente-neuf ans. — D. Quel était votre sexe? — R. Le sexe féminin. — Cette expérience fut brusquement interrompue ici à cause de l'impression profonde qu’elle produisait sur la jeune femme, qui crut que c'était l’esprit de sa mère qui était en rapport avec nous. — Depuis lors, des circonstances indépendantes de notre volonté nous empêchèrent de renouveler ces expériences; mais tous ces faits étranges et mystérieux avaient été divulgués et avaient vivement impressionné plusieurs esprits sérieux et réfléchis. Quelques personnes de ma famille, décidées à se convaincre par elles-mêmes, se mirent, à diverses reprises, à actionner un petit guéridon placé dans notre salon de compagnie : ce guéridon finit par tourner, puis il frappa avec l’un de ses pieds, devina l’heure des montres, des pendules, l’âge des personnes, etc. Interrogé par nous, pour savoir si l'esprit qui l’animait avait déjà vécu sur la terre et s’il nous connaissait et s’intéressait à nous, il répondit qu’il avait déjà vécu ici-bas, qu’il était mort il y avait huit ans, et qu’il nous connaissait et nous aimait tous; il finit enfin par nous avouer qu'il était l’esprit de mon pauvre frère aîné, mort en 4845, dans de grands sentiments de religion, Cette révélation produisit d’abord sur nous une impression profonde ; cependant , comme mes parents étaient fort incrédules, et que les expériences que j'avais moi-même faites précédemment m'avaient appris à me
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méfier beaucoup des affirmations des esprits, nous employâmes tous les moyens de contrôle possibles pour nous convaincre que nous avions réellement affaire à un esprit, et que cet esprit était bien celui qu'il prétendait être. Nous adressâmes mentalement, et sans faire partie de la chaîne, les questions les plus diverses sur les rapports particuliers que nous avions pu avoir avec notre parent pendant qu'il était sur la terre. Les réponses furent si rigoureusement exactes, précises et concordantes, que nous en fûmes étourdis et stupéfaits : nous adjurèmes alors, au nom du Dieu vivant, l'esprit de ne pas nous tromper ; nous mîmes sur le guéridon des médailles bénites. chapelets, ‘crucifix, etc. L'esprit persista dans ses affirmations et se dit envoyé par Dieu pour éclairer sa famille, la défendre contre les embüches des démons et la guider dans la voie du bien et de la vérité. Vivement impressionnés, et curieux de voir si l'esprit ne finirait pas par se démentir, nous établimes avec lui des rapports de plus en plus fréquents, surtout ma mère, qu'il paraissait affectionner plus que les autres et à laquelle il répondait de préférence (soit parce qu'elle avait la singulière faculté de faire mouvoir et parler presque instantanément le guéridon, sans formation de chaîne et par la seule imposition des mains, soit par tout autre motif). Ces relations, bientôt quotidiennes et répétées même plusieurs fois par jour, nous convainquirent de plus en plus que réellement nous avions affaire non-seulement à un bon esprit, mais encore que cet esprit était bien celui de mon pauvre frère. Les conseils qu’il nous donnait étaient toujours les plus affectueux et les plus sages ; il nous citait à chaque instant ef de lui-méme des sentences de l'Évangile et des livres saints, dont quelques-unes nous étaient tout à fait inconnues; il nous engaseait à prier Dieu, à l’aimer et à le servir, et surtout à aimer et à prier la sainte Vierge, dont il se plaisait à frapper le nom et à honorer les vertus. Cette dernière circonstance nous parut d'autant plus remarquable que, pendant sa vie, mon pauvre frère eut toujours pour la sainte Vierge une vénération et une prédilection toute spéciale.
« Mon père, presque seul de notre famille, persistait à ne pas croire à la réalité de nos expériences, qu’il prétendait être le résultat d’une hallucination des sens, et auxquelles, du reste, il n'assistait que rarement, à cause de ses occupations. Aussi l'esprit [ui reprochait-il sans cesse son incrédulité et lui prodiguait-l les invitations les plus pressantes et les plus instantes prières pour qu'il se convertit et pratiquât davantage la religion; il le conjurait ardemment (le s'approcher des sacrements et lui répétait souvent qu'il priait pour nous tous et surtout pour lui. M. le curé de Rauzan, homme d’un grand savoir et d'un haut mérite, vint plusieurs fois lui-même assister à nos exp6riences et même y prendre part; il employa à son tour tous les moyens de contrôle possibles, bien persuadé qu il était à l'avance, que nous avions affaire à L'esprit de mensonge ; mais, malgré tous ses efforts et tous les moyens qu'il mit en usage, il ne put jamais parvenir à mettre l'esprit en défaut , et il sé
NOTES. 81 retira à la fin, étrangement surpris des faits dont il avait été témoin; néanmoins il nous engagea à beaucoup de prudence et de circonspection, ne cessant de nous répéter que l'esprit du mal pouvait se transformer en ange de lumière pour mieux nous séduire et nous égarer ensuite.
« Plusieurs personnes de notre société ayaient été acteurs ou témoins des singulières expériences que nous faisions ; elles avaient adressé, méme mentalement, les questions les plus diverses à l'esprit, qui avait toujours répondu avec justesse et précision lorsqu'il s'agissait de choses religieuses ou de conseils demandés pour calmer et soulager les souffrances de l'âme et du COrps. Lorsqu’au contraire nous ou d’autres lui adressions des questions indirectes ou relatives à des affaires d’intérét où touchant à l'avenir, l'esprit refusait énergiquement de répondre, et nous admonestait au nom de Dieu sur notre légèreté et sur notre imprudence,
« Un soir, une de mes cousines, qui me paraît douée, ainsi que ma mère, d’une grande force magnétique , s'étant mise à actionner une petite table à ouvrage en acajou (ce que nous nommons ici une chiffonnière), cette table se leva un instant après et nous dit de nous méfier de l'esprit du guéridon, qui, selon elle, ne cherchait qu'à nous tromper et à usurper notre confiance. Surpris d’un pareil langage, nous interrogeàmes aussitôt le guéridon, qui nous affirma être toujours le même esprit du bien, nous engagea à n’ajouter aucune foi à ce que pourrait dire la table, et, se mettant à apostropher celle-ci, LA SOMMA , AU NOM DU DIEU VIVANT, de se démasquer et d’avouer qu'elle était animée par l'esprit du mal, qui, furieux de nous voir sous la protection divine, cherchait à nous faire douter de la nature et des intentions de notre protecteur. Après une résistance opiniâtre et des soubresauts convulsifs vraiment effrayants, la petite table finit par avouer qu’en effet elle était animée par le démon; que celui-ci, voyant tout le bien que nous faisait l'esprit de mon pauvre frère, il avait cherché à s’y opposer, mais que Dieu l’obligeait à se démasquer et à fuir devant celui qui nous protégeait. Le lendemain et les jours suivants, il persista dans ce langage qui acheva de nous convaincre de la véracité de l'esprit du guéridon. Nous étions donc pleinement et entièrement rassurés et notre confiance allait devenir pour ainsi dire absolue, lorsque Dieu , qui voyait le fond de nos cœurs et les mobiles de notre sécurité , ne permit pas que le démon nous abusât plus longtemps. Un dimanche, dans l’après-midi (c'était vers le milieu du mois d'octobre dernier), ma mère et l’une de mes tantes ayant interrogé le guéridon, celui-ci, qui parlait presque toujours de lui-méme et sans avoir besoin d'être sollicité, refusa d’abord de répondre; puis, ces dames ayant vivement insisté, il se leva avec impalience et nous dit éextuellement ces paroles : « Je m'ennuie de « vous répéter sans cesse des paroles mielleuses que je ne pense pas, et de « vous exprimer des. sentiments affectueux lorsque je n'ai pour vous que des « sentiments de haine. » — Mais tu n'es donc pas celui que tu prétendais
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