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qui dit tout : « Quand un miracle est opposé aux lois de la nature ; il est absurde » (1). Proposition qui reviendrait exactement à celle-ci : en fait de miracles, l’Institut ne reconnaïtra jamais, que ceux qui ne seront pas du tout miraculeux, par exemple, le lever et le coucher du soleil aux heures marquées dans l’almanach.
Rien de plus juste, en revanche, que cet autre principe posé tout auprès du dernier: «Un miracle ne doit Jamais être absurde ou ridicule » (2). Toutes les fois que la science placera son criterium thaumaturgique sur ce terrain, elle sera sûre de nous y trouver installé avant elle, notre intolérante sévérité à l’égard du surnaturel angélique ou divin, dépassant infiniment toute notre tolérance pour les ridicules et les puérilités du surnaturel opposé.
L'essentiel serait donc de bien savoir ce qu'on entend par ce mot miracle, qui, supposant une action divine, ne doit jamais être confondu avec cet autre mot : « prodige » qui ne la suppose pas le moins du monde.
Quant à M. Chevreul, plus prudent ou moins distrait que son collègue, il avoue que « la plupart des académiciens ont peu de disposition à admettre des choses surnaturelles, quand il s'agit, bien entendu, de ce qui n'appartient pas aux tradiions religieuses » (3).
Sans nous faire illusion sur ce bien entendu, qui peut-être aura fait sourire plus d’un collègue, nous conviendrons encore ici, que cette disposition prudente, lorsqu'elle ne dépasse pas certaines limites, fait, comme celle dont nous parlions tout à l'heure, partie des devoirs du savant.
Oui, plus que tout autre, le savant a le droit de se montrer difficile, et, ne l’eùt-il pas, sa première excuse serait déjà dans ses habitudes professionnelles elles-mêmes; « le défaut des esprits-forts et de ceux qui abusent de leur pénétration
) Revue des Deux Mondes, loc. cit.
) Revue, id.
(4 (2 (3) Baguette , p. 44.
dans les vérités intellectuelles, étant d'exiger des démonstrations géométriques pour les vérités de la religion, qui appartiennent en grande partie à la classe des vérités historiques » (1).
Ensuite, mettons-nous bien à la place du savant, dans quels temps, sous quels traits, par quels actes, la suprême puissance s’est-elle jamais révélée plus brillante qu’elle ne se révèle à lui tous les jours? « Cœli enarrant gloriam Dei, les cieux révèlent ma gloire, » dit d'elle-même cette puissance, et nous le demanderons toujours, qu’étaient-ce donc que les cieux des premiers âges, comparés aux cieux de Kepler et de Newton? Le jour où, sous le cristal d’un télescope, les astres se multipliant à linfini, l’initiaient à la connaissance de leurs écrasantes proportions, et pour la première fois peut-être, lui donnaient une idée juste de l'infini, ce jour-là, l’homme n'eut plus rien à apprendre sur cette immense majesié du père (4) dont la parole avait enfanté tant de merveilles. [ faut bien en convenir, cette puissance, nul ne la connait, nul ne la comprend, nul ne la mesure avec plus d’exactitude que le savant; malheureux toutefois, si, moins touché que troublé par elle, il n’a vu que le Dieu grand, sans se souvenir du Dieu père, si jamais on ne le vit replié sur la présence, retranché dans la bonté de celui qui confond sa faiblesse; en un mot, s’il ne préluda jamais à l'hymne de l'admiration, par celui de la reconnaissance et de l'amour !
Mais le Dieu qui
« Se dérobe au savant, se révèle au cœur tendre, »
a seul le droit de le juger.
Contentons-nous seulement de bien poser en principe, qu'une science qui mesure la terre, qui décompose les corps et compte les soleils, a le droit de se montrer difficile et de
(1) Euler, Lettres. T. If, c. xv.
(2) Patrem immensæ majestatis (Hymn. Ambr. }.
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demander de fortes preuves au premier venu qui lui crie: « Dieu est ici, Dieu est là, tel fait est son œuvre, telle parole est la sienne, etc.
Nous parlions tout à l'heure de lever et de coucher du soleil; assurément, ces deux magnifiques scènes, qui depuis l’origine des choses, se représentent à heure fixe, pour verser sur chacun de nos jours la vie et le repos, ne peuvent s'appeler des miracles, mais quel nom faut-il donc leur donner ? Que de fois, admirateur passionné d’un spectacle que, pour nous, le voisinage de l'océan rapprochait et embellissait encore, que de fois ne nous sommes-nous pas demandé, quel miracle pourrait avoir plus d'éclat que l’immuable splendeur d’une telle loi 2
Oui , tout absorbée qu'elle est dans la contemplation de ces permanentes merveilles, l'intelligence du savant a droit à tous ces ménagements, dont le grand évêque d'Hippone voulait que l’on usât envers d’autres esprits, plus ou moins rebelles à certains dogmes effrayants du christianisme, tels que l’éternité des peines, le petit nombre des élus, elc., etc. Il voulait, ce grand évêque, que la condescendance des docteurs fût extrême envers ces pauvres àmes trop timorées et trop sensibles. Or, il se passe quelque chose d’analogue, chez les savants : si les uns disent « il est trop bon, » les autres disent « il est trop grand. » Ainsi, le sentiment trop exclusif de l’infinie miséricorde, et la conviction trop absolue de l’immutabilité des lois natruelles, peuvent à la rigueur, susciter des embarras semblables, et des ineroyances, dont le point de départ ressemble presque à un mérite.
Mais ce qui cesse d’en être un, c’est, comme nous l’avons dit, cette opiniâtre obstination qui fait repousser à la fois et toute l’histoireet l'évidence elle-même. Obstinationdessens, qui ne veulent ni voir ni toucher, obstination de l'esprit, qui refuse au créateur le pouvoir de violer son ouvrage, au souverain juge le droit de suspendre les lois qu'il a faites, à la Providence le soin de manifester sa présence, par une révélation
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non pas assurément plus imposante, mais plus spéciale et plus directe.
Et cependant cette évidence actuelle ou historique, dont le savant ne veut tenir aucun compte, ne repose pas toujours, il le sait, sur des miracles « absurdes ou puérils. » Hélas ! sa répulsion ne sait pas distinguer, dès qu'il s’agit de l’invisible, et pour lui l’accomplissement de nos prophéties bibliques, la dispersion des juifs, les morts ressuscités , les croix miraculeuses (1), n'ébranlent guère plus son scepticisme que la chorée d'une Angélique Cottin, que la seconde vue de nos sibyiles ou la magie de nos évocateurs modernes; pour lui , le prophète Isaïe et le médium américain, malgré l'abime ennemi qui les sépare, sont presque les deux frères jumeaux de cette mère aujourd hui si féconde, qu'on appelle hallucination et qui pour mieux justifier le nom qu'on lui impose, hallucine ses juges tout aussi bien que ses enfants : mais, encore üne fois, comme la culpabilité théologique du savant ne doit nullement nous OCcuper iC1, Comme nous ne saurions, à aucun litre, nous arroger le droit d'influencer ou d’ineriminer sa conscience, nous n'accuserons que sa philosophie et nous nous restreindrons à la culpabilité de son esprit.
‘ Nous ne lui objecterons done, que cet ordre de faits surhumains, aussi prodigue dé manifestations aujourd’hui, que le surnaturel divin est sobre et ménager des siennes. Qu’on le remarque bien, en effet, pendant que ce dernier veille sur Sur nos plus grands intérêts dans le silence et sous le voile, ne Wrahit visiblement son mystérieux silence, qu’à de très-rares intervalles, et toujours en récompense de la foi la plus sainte, l’autre est véritablement le fléau de l’incroyance; c’est Jui qui revient toujours sur la scène, qui tantôt sous une forme et tantôt sous une autre, provoque, harcèle, séduit ou déconcerte sans relàche ceux qui le nient et plus encore ceux qui l’expliquent. Déceplion fatigante, dont le premier anneau chro-
(4) Voir à la fin de la brochure les notes sur les croix de Constantin et de Migné.
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nologique se rattache aux baguettes divinatrices de la Bible, | et le dernier aux tables de 1853.
EL | Toutefois, nos savants ne sont pas encore ici Sans excuse, | 4e] 1 puisque cette incrédulité qui fait leur tourment, leur est forcé- | ment imposée. « Le chef-d'œuvre de cet agent mystérieux, | consistant à se faire nier par ce siècle, » (1) comment nos corps savants, hallucinés par l’ennemi, pourraient-ils, avec | cette vérité de moins et ce préjugé de trop dans l'esprit, comprendre le premier mot à ces choses ?
Ils marchent forcément dans les ténébres ; on a beau se faire illusion et même la faire aux autres par cette phrase toute spécieuse : « où donc est la puissance qui oserait s’attaquer au créateur (2) ? » en dehors du catéchisme qui répond « c’est précisément la puissance dont le créateur lui-même a signalé l'existence, » on reste suspendu dans le vide, on vague dans une incompréhensible théologie, et l’on se croit neuf, en proclamant tour à tour sur les miracles, ou des erreurs qui font sourire tout le monde, ou des vérités sur lesquelles tout le monde est d'accord.
| « Quelle est, dit-on, la puissance qui oserait s'attaquer | au créateur? » —Eh! mon Dieu, toute puissance qui l’osera, comme nous l’osons continuellement nous-mêmes. On dirait que l’homme ne s’est jamais révollé contre son Dieu, qu'il ne blasphème jamais, qu’il obéit constamment à ses ordres! Eh quoi ! nous ne saurions admettre ailleurs, la témérité sa-
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On croit rêver. Enfin la prévention scientifique est si forte et l'horreur pour les esprits est si profonde, que M. Babinet | la rencontrant chez ses plus rudes adversaires, ne craint pas LE de se précipiter dans leurs bras, par cela seul « que tous LÉ | | ceux qui ne veulent pas de ces esprits, doivent finir par s’en-
| tendre. » Quelle entente, grand Dieu! Au reste, nous demeurons persuadé que ce sont uniquement les démons catho-
(4) Expression de l'abbé de Ravignan.
(2) Expression de M. Babinet.
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liques dont on ne veut à aucun prix, que c’est le catéchisme qui les perd dans l’opinion publique, et que, s'il était possible de les débaptiser, ils rentreraient très-facilement dans la circulation générale.
Mais si nous n’en croyons pas le catéchisme, croyons-en du moins toute la philosophie, qui jusqu’à la fin du xvir° siècle n’avait jamais varié à cet égard.
Nous avons souvent cité Bayle, cet aïeul vénéré de Fontenelle et de Voltaire ; écoutons-le encore à propos d’Épicure :
« Les épicuriens, dit-il, sont TRÈS-RIDICULES de nier qu'il y ait des êtres dans l'air ou ailleurs, qui nous connaissent, qui nous font tantôt du mal, et tantôt du bien, ou dont les uns sont très-enclins à nous perdre, les autres à nous protéger. Les épicuriens, dis-je, sont TRÈS-RIDIGULES de nier cela, sous préleætle que nous ne voyons pas de tels êtres (1). ILs N'ONT AUCUNE BONNE RAISON A DONNER (2).
Ailleurs, à propos de Spinosa, «il a tort, dit-il, de nier les esprits; est-ce qu’il a cru que pour produire tous ces effets magiques il faudrait avoir un corps aussi massif que celui de l’homme? mais cette pensée serait ridicule, la masse de chair dont nous sommes composés, étant moins un aide qu'un obstacle à l'esprit et à la force. » (3)
Enfin, à propos de Hobbes, il disait : « on a prétendu qu'il avait peur des démons , mais ses amis l'ont nié, et se sont fondés sur ce qu’il croyait qu'il n’y avait pas de substances distinctes de la matière. Or, comme cela ne l’empêchait pas de croire qu’il n’y eût beaucoup de substances qui veulent du bien ou du mal aux autres et qui leur en font, 1l pouvait et IL DEVAIT CROIRE , qu’il y a des êtres dans l’air et ailleurs, tout aussi capables de méchanceté que les corpuscules, qui forment, dit-il, toutes les pensées de nos cerveaux. » (4).
(1) L’horreur de l'invisible ne date pas d'aujourd'hui. (2) Art. Epicure.
(3) Art. Spinosa.
(4) Art. Hobbes.
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On le voit, ce patriarche de l’incrédulité, ce profond logicien, était bien loin de partager les embarras de M. Babinet sur l'impossibilité d'une lutte contre l’auteur de tout bien; mais si ce dernier trouve le patriarche bien vieux, veut-il quelques autorités plus modernes? en veut-il une, par exemple, que sous aucun prétexte 1l ne saurait récuser? En cherchant bien, nous trouverions dans le célèbre chimiste, sir Humpbry Dav y, cette profession de foi assez originale : « Nous sommes les maîtres de la terre, mais peut-être ne sommes-nous, après tout , que Îles serviteurs d’êtres qui nous sont inconnus? La mouche que notre doigt écrase, ne connaît pas l’homme et il n'a pas la conscience de sa supériorité sur elle. Il peut y avoir de même des êtres pensants près de nous et autour de nous, que nous he pouvons ni voir ni même imaginer; nous | savons peu de chose... »
Ceci rentre un peu dans cette pensée du savant Rœderer (Études de la nature), « il semblerait que des substances éminemment subtiles et qui sont peut-être hors de la portée de nos instruments, se trouvent dans des rapports peu connus avec la nalure organique et peut-être même avec la nature intelligente. »
Or, toute substance qui communique avec l'intelligence, doit être intelligente elle-même.
Voilà, il faut en convenir, du catéchisme suffisamment scientificisé.
Mais si nous parcourons l’article (Homme) dans le Dictionnaire des sciences médicales, écrit, comme on le sait, dans les plus beaux jours du matérialisme broussaisien, c’est à tomber de surprise. « Notre siècle, qui se vante d’être si éclairé, montre autant d'horreur pour les esprits, qu’autrelois la natüre en avait pour le vide. On ne veut rien reconnaître hors la nature et le néant... On se prive ainsi et volontairement des faits les plus merveilleux, des vérités les plus hautes el les plus incomparables pour s'attacher à l'incertitude des
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« Ile faut avouer, la doctrine des anges et des démons est beaucoup trop rejetée de nos jours. »
Enfin ailleurs (même dictionnaire, article Imagination), « si l’empire du démon semble avoir beaucoup trop perdu de son influence, à cause du peu de foi de nos jours, qu'est-ce donc que le pouvoir du magnétisme, du somhambulisme et toute cette thaumaturgie médicale qui succède aux sorcelleries, aux vampires, aux revenants, etc.! Ce sont, dites-vous, des folies, mais quelles attestations les plus juridiques, quelles autorités lès plus sacrées leur manque-t-1l donc pour être cerlifiées ? Des possédés, dit Fernel, ne peuvent être guéris ni par les remèdes ni par d'autres traitements, mais ils le sont par les exorcismes et les conjurations de l'Église... etc. »
Assurément, si le célèbre docteur Virey, auteur de ces articles, avait assisté à la nouvelle transformation de cette thaumaturgie qui l’'intriguait si fort, s’il lui eût été donné de voir tous les knockings et rappings «des bouts de l'horizon, courir avec furie » et s’abattre dans une telle mesure et avec si peu d’égards sur nos académies, 1l eût laissé celles-ci s’enferrer dans leurs mille contradictions insoutenables, et nos idées compteraient très-probablement un fort brillant défenseur de plus.
Quoi qu’il en soit, on voit que les démons de la philosophie rappellent assez bien ceux de nos humbles Catéchismes, pour permettre quelque fusion entre les uns et les autres. Tous se valent, et tout porte à croire que ceux dé la Babel parisienne, sont probablement les mêmes que ceux de la Babylone antique (1).
On voit encore que les fins de non-recevoir de la science moderne eussent été loin de paraître suffisantes à tous ses maitres et à tous ses enfants. Beaucoup d’entre eux auraïent trouvé fort mauvais qu'après leur avoir présenté « comme
(4) M. Layard a découvert à Babylone un très-grand nombre de débris de talismans , qui rappellent tout à fait ceux de notre moyen âge et ceux que nous avons vu crayonner à nos tables,
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