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essayons de continuer et prions-le de réfléchir un moment, en chrétien, à la gravité d’une proposition dont, s’il faut l’en croire, nous ne serions pas seul effrayé. On le prévient, dit-il, « que toutes ses distinctions entre la compétence et l’incomsétence humaines, entre les expériences et les incidents, ne parviendraient pas à préserver le christianisme des coups que lui porte sa théorie. (1) »
On a raison de l’en prévenir, car, sans entamer ici la question de l’antagonisme prétendu des deux surnaturels (celui de la Bible et celui de l'Église) (2), nous lui poserons seulement deux questions.
La première est celle-ci : Si sa théorie est fondée, si la valeur du témoignage cesse aussitôt que l’on sort du terrain naturel, comment l'incroyable et souvent grossière narration d’un apôtre pouvait-elle obtenir le moindre crédit sur tous ses auditeurs, et entraîner ensuite l’assentiment général? Qu'on se figure un Simon Pierre, imbu d’une telle doctrine, et recevant de Jacques, fils de Zébédée, l’histoire du démon qui jette à chaque instant dans le feu un enfant lunatique, ou bien encore celle du vil troupeau qui, possédé à son tour, court se précipiter dans la mer; en vérité, si la théorie de M. de Gasparin est exacte, nous ne voyons pas trop comment on devait accueillir leur récit, car il ne faut pas se le dissimuler, c'est ainsi que les choses se passaient, et si théologiquement parlant, nous admettons, comme M. de Gasparin, l'influence de l'Esprit saint dans les cœurs, comme base préliminaire de la foi, historiquement parlant, le rôle du témoignage humain n'en est pas moins immense, puisqu'il
ennemis qui les appelaient des chimères. Mais cependant, le jour où l’évidence sera par trop forte, le jour où de nouveaux collaborateurs. plus explicites cette fois que M. Thury, diront à M. de Gasparin : « Mais voyez donc! la chose est claire ! » ah ! ce jour-là, ses deux volumes seront bien malades , et tout le cours d'histoire ancienne et moderne qu’ils renferment, ne se portera pas mieux.
(2) Voir la note à la fin de la brochure.
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est à son tour la base naturelle et logique, de l'établissement du christianisme.
« Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité et nous en sommes les témoins, (1) » dit saint Pierre.
« Nous vous prêchons, dit à son tour saint Jean, la parole de vie, qui était dès le commencement, que nous avons entendue, que nous avons vue de nos yeux, que nous avons regardée avec attention et que nous avons touchée de nos mains. »
« Car la vie même s’est rendue visible, nous l’avons vue, nous en rendons témoignage, etc., etc. (2).»
Et le Sauveur de renchérir lui-même sur la valeur des miracles et par conséquent du témoignage humain qui les mettait en lumière.
« Si je n'avais pas fait des œuvres que personne n'avait faites avant mOi, ILS NE SERAIENT PAS COUPABLES (3). »
Et ailleurs, « allez raconter à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, etc. (4)»
Et enfin, après la résurection « les disciples ayant entendu dire à Marie Madeleine qu'il était vivant et qu’elle l'avait vu, ils ne la crurent point (5). »
Puis, il apparaît lui-même, et leur reproche « leur Incrédulité et la dureté de leurs cœurs, de ce qu'ils n’avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité (6). »
Pris entre de telles paroles, et serré par elles, comment M. de Gasparin peut-il donc s’écrier sans scrupule : « Quoi! le christianisme reposerait sur les miracles reposant eux-—
Je sais qu'il existe de par le monde, une Apologétique qui
(4) Actes X, ch. 1, v. 32; et ch. rt, v. 45.
(2) Saint Jean, Ép. I, ch. 1, v. 4 et 2.
(3) Saint Jean, ch. xv, v. 24.
(4) Saint Matth., ch. x1, v. 4 et 5.
(5) Saint Marc, ch. xv1, v. 41.
(6) Saint Luc, ch. XVI, v. 14:
LOI D'EXCEPTION TESTIMONIALE. 1925 procède ainsi, mais elle est d’origine humaine et très-humaine (1). »
Écoutez-en la raison : « Les miracles, dit-il, base sérieuse et essentielle d’une révélation, les miracles qui étaient une attestation importante pour les TÉMOINS OCULAIRES, ne peuvent plus avoir de valeur pour nous, qu’autant que nous croirions d'abord à la divinité des livres qui les rapportent... et cette divinité doit nous être affirmée par Dieu même, car en fait de surnaturel le TÉMOIGNAGE DE DIEU SEUL est valable (2). »
Mais, encore une fois, si les miracles n'ont d'importance que pour les {émoins oculaires, pourquoi donc les faire prècher à toute la terre, qui certes n’a pas pu les voir? Et si « le témoignage de Dieu seul est valable, » pourquoi nous punit-il de n'avoir pas cru aux témoins ?
Il est vrai que pour cette dernière assertion, M. de Gasparin ne nous donne pas d'autre autorité que la sienne : « Nous l’avons vu, » dit-il... Oui nous l’avons trop vu, et tout le monde verra avec nous, qu’en présence des textes si formels de Jésus-Christ et des apôtres, cette théorie appartient bien en propre à notre adversaire, personne ne s'étant avisé jusqu'ici d'appeler le recours à cet argument des miracles « une idée misérable (3). »
Mais nous aimons mieux croire, que la plume de M. de Gasparin a mal rendu sa pensée. Il y a trop de sentiment chrétien, même au milieu de sa logique protestante, pour qu’il en soit autrement. Nous pensons donc qu’il aura voulu seulement nous reprocher, de donner à ces miracles une valeur fondamentale exclusive , ce qui n’est jamais entré dans la pensée de qui que ce soit.