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l'on respecte, et le fluide en question ne détrompe pas facilement ses adeptes.
Mais, revenons au point précis, après lequel le témoignage humain cesse d’être recevable. Il était donc franchi par nos témoins déshérités; mais, cependant, voyons donc ce que ces témoins déshérités étaient avant et après la fatale expérience : il faut bien le reconnaître, jusqu’au moment décisif, ils débutent comme tout le monde, leur esprit n’a rien perdu de sa valeur, leur calme ne s’est pas altéré, leur croyance elle-même au naturel de la chose, n’a pas varié un instant... et voici que tout à coup, vous les arrêtez brusquement en leur disant « — Assez, nous ne voulons plus vous entendre ,» Ils poursuivent un-récit, et vous mettez le point final où ils ne meltaient qu'une virgule : et de quel droit, s’il vous plaît, leur imposez-vous, sous peine de mort civile, ou le mensonge, où le silence? Mais, s'ils se taisent, voilà des expérimentateurs, des philosophes, des hommes déshonorés. Choisissent-ils la franchise ? vite, Charenton les réclame.
Cependant, ils protestent et demandent où s’est trouvé, celte fois, ce Rubicon philosophique, que, dansleur ignorance, ils ont franchi sans le savoir.
Si vous placez le passage à tel ou tel moment, ce n’est pas le témoin, c’est vous qui « mettez le pied sur le terrain surnaturel, » le témoin n'a pas plus avancé que le juré dans le procès qu’il écoute, et, comme ce dernier, il dit oui ou non sur le fait matériel, sans s'inquiéter des conséquences. D’ailleurs, un autre vous avait précédé, et plaçait l’arrivée de la folie au moment de la vision: un autre, à celui de la divina= lion ; un autre encore, il ne faut pas vous le dissimuler, à celui du soulèvement sans contact ; un autre enfin , et C'était nous, au moment même où la table commençait à se mouvoir sous les mouvements naissants de M. Babinet. Qui donc osera et pourra jamais prononcer en si grave et si contestable malière, et sur l'ordre de qui, s’il vous plait? conduira-t-on le témoin
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LE POINT PRÉCIS, DÉPASSÉ PAR LES TABLES. 147 à Charenton ? M. Babinet y eût envoyé le sien dès le pfemier coup mystérieux, et celui de M. Chévreul aurait fini son temps quand vous feriez monter le vôtre en voiture; ainsi, selon vous encore, M. Bautain sera parfaitement dans son droit et dans sa raison , tant que la fameuse corbeille obéira à ses ordres, mais gare à lui, si la corbeille s'enfuit et se tord Comme un serpent devant son livre d'évangiles: M. Bautain a trop parlé.
M. de Saulcy a raison jusqu’au tchibouck inclusivement ; mais exclusivement, si ce même tchibouck lui fait sauter malignement son cigare... M. de Sauley a trop parlé.
M. Bénézet conserve son autorité, même lorsqu'il nous montre une table courant, par son ordre, après un papillon. Mais, pourquoi va-t-il nous parler de dragées qui descendent lentement du plafond, de chapeaux voyageant d’une pièce dans une autre, portés sur l’aile des zéphyrs, d’apparitions saugrenues, de morsures atroces ? etc. Décidément M. Bénézet a infiniment trop parlé. C’est cependant toujours ce même homme, dont vous acceptez la première demi-phrase, Sans vouloir la Jui laisser compléter ; voilà comme on entend l'observation au xix° siècle !
Nous lenons, au reste, à montrer aux physiciens, où ils nous mènent avec leurs concessions naturalistes.
Qu'ils écoutent M. de Gasparin !
« Un jour, dit-il (1), le guéridon de M. Bénézet se met à la recherche de pièces d'argent qu'on a cachées dans un coin de l'appartement, et il finit par adopter la bonne direction, méme quand on a bandé les yeux des opéraleurs, Qu'est-ce à dire? Un esprit conduit-il ce pauvre meuble? non, il obéit toujours à l'impulsion fluidique que lui imprime la volonté humaine... ete. »
Ainsi voilà qui est bien entendu; en 1853, les guéridons jouaient à cache-cache, et cela le plus naturellement du
4) De G., T. I, p. 429.
monde. Y joueront-ils en 1855? Voilà, la grande question : mais jusqu'ici, M. Bénézet est sauvé comme témoin.
Malheureusement son guéridon va parler : « Il se déclare esprit. 1 annonce qu’il est l'âme d’un des parents de M. Bénézét; il épelle son nom..., etc. » Ici, gare au témoin! Le Bénézet revenant, va terriblement compromettre le Bénézet vivant, car enfin on tient là un confitentem reum.. et le surnaturel se révèle lui-même. — Laissez donc! « autant de réponses, autant d'échos des pensées quinaissaient naturellement dans la tête des opérateurs... » (id: 480), et, dans le fait, comment voudrait-on que cette pensée ne fût pas venue tout naturellement dans l’esprit des interrogateurs, puisque le parent qui leur apparaissait, n’était mort que peu de temps avant Charlemagne (1). I était tout naturel qu’on lepleurât encore |
Puis vient l’histoire des lettres, que l'esprit lit dans une malle et sur lesquelles il donne des renseignements curieux : rien de plus simple, nous dit-on, « quelqu'un avait lu ces lettres, » d’ailleurs, pourquoi la pénétration du bois et du papier, serait-elle plus difficile que la pénétration du cerveau ?
Enfin le même guéridon se livre à des exercices violents... «J'ai vu, dit M. Bénézet (cité par M. de Gasparin), j'ai vu le guéridon s'élever sous la pression des mains et ne plus toucher le sol... Je l'ai vu grimper le long des poitrines par petites secousses... Plus tard il bondissait en quelque sorte sous nos doigts, cherchant à atteindre les objets que nous lui présentions à une certaine hauteur. «Attrape ce papillon,» lui dit quelqu'un. Le guéridon se met aussitôt à gambader à droite, à gauche, suivant exactement tous les mouvements du papillon et sautant parfois pour l'atteindre..... Il en vint au point de se soutenir peux OU TROIS MINUTES en l'air, se détachant de la main et S'y ral-
(4) Bénézet, p. 44.
LE POINT PRÉCIS, DÉPASSE PAR LES TABLES. 149 tachant, donnant de petits coups sur nos doigts comme pour nous caresser (1).
Ah! cette fois-ci, allez-vous dire, nous avons touché le point précis ! Allons donc! du surnaturel et de Pinterdiction pour si peu ! Vous n’y comprenez rien. Écoutez ces paroles : «A part ce dernier fait (celui des caresses)... le reste est tellement élémentaire, que la simple pression musculaire parviendrait à l’accomplir dans un moment d’entrain et de vive excitation (2). »
En vérité on croit rêver! Nous voudrions bien. savoir maintenant, sur quelles bonnes raisons M. de Gasparin pourrait fonder la critique sévère qu’il nous adresse à propos de la table volante d’un certain lama; elle n’est ni plus ni moins élémentaire, il nous semble, que celle de M. Bénézet ; toutes deux, rappellent parfaitement ces tabourets de l'Iliade, fabriqués par Vulcain, et qui sur la simple invitation des mortels se rendaient d'eux-mêmes auprès des dieux ; Homère n’est plus un poëte, mais bien un historien.
Quant au lama, sa table était bien loiu, on pouvait s’en moquer, mais celle de Toulouse étant bien près et par cela même plus gênante, il a bien fallu lexpliquer.
Enfin nous approchons, et cette fois gare aux témoins! Ils vont passer le fameux pont de Mahomet.
Nous nous en tiendrons donc au fait capital, celui que nous avons relaté déjà, au chapitre des faits décisifs, et que nous trouvons trop important pour ne pas le discuter ericore. On se rappelle que toute la famille Bénézet et Laserre, après une trop longue expérience de ces tables, et ayant acquis la vérité sur leur cause, s'était promis de ne plus tenter et même permettre la moindre expérience sous son toit. Mais ne se défait pas qui veut, et à point nommé, d'hôtes hébergés et caressés si longtemps ; voici donc les
(4) DeG.,T. H,p. 431.
(2) Id. p. 432.
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