‹ Question des espritsChapitre 86 sur 117 · ESPRITS MAUVAIS · texte numérisé non relu

ESPRITS MAUVAIS

Mais celui-ci s’aperçoit bientôt que la prétendue traduction valaque n’enest pas une, et que l'esprit, ne connaissant pas cette langue, ne pouvait être par conséquent et d'après le rituel, un démon, bien qu'il l'eût cependant trompé.

«Je lui fis, dit-il, une forte réprimande, le traitant de fripon et d'infâme et le chassant de chez moi. Dans cet état, voici que ma main fut prise d’un fort tremblement qui finit par écrire en gros caractères : « Je suis le démon , et vous êtes un mauvais prêtre qui Cherchez à connaître les secrets de Dieu (19).

«— Eh bien! lui dis-je, c'est précisément d’après ce qui vient de se passer... que je ñe veux pas vous croire. Le démon, d’après le rituel, parle {outes les langues; or vous ne parlez ni le valaque ni l’anglais, etc., done vous n'êtes pas le démon.

« À peine avals-je tenu ce langage que ma main, entraînée, écrivait : Pardon! pardon! Je ne suis pas le démon; si je lai dit, c’esé pour vous faire peur... Je ne parle d’autres langues que celles que vous parlez, et si j’en ai fait autrement, C'ÉTAIT POUR RIRE, »

Ceci nous dispense du reste, et nous terminerons à notre tour, en demandant à M. l'abbé Almignana, ce que peut être un esprit qu'il dit n'étre pas le sien, qui injurie, qui dematde pardon, qui ment pour rire et pour faire peur, que lui-même traite de fripon et d'inféme, et qu'il met très-justéement à la porte.

En attendant qu’il veuille bien nous répondre, la théologie, d'accord avec le bon sens et la raison , ne reconnaît que deux sortes d'esprits, les anges et les démons, c’est-à-dire des esprits de lumière et de ténèbres, avec des degrés à l’imfini, il est vrai, dans chacune des deux lignes, mais de manière à ce qu'un esprit qui ment ne rentre jamais dans celle des esprits de vérité.

Au reste, nous sommes tout disposé à la capitulation suivante. D’accord sur les esprits comme nous le sommes, nous retirerons s’il le faut le mot démon, pourvu que M. l'abbé maintienne ses expressions de

fripon et d’infäme. W est telle concession qu'il faut savoir faire à propos.

Quoi qu’il en soit, M. l'abbé Almignana n’en a pas moins fort bien posé sa double question. Ce petit nombre de pages la renferme tout entière, et nous souhaitons que M. de Gasparin ne soit pas un peu plus embarrassé pour sa part, que nous ne le sommes pour la nôtre.

Mais, nous ne saurions trop le répéter, tout en laissant aux mauvais

esprits la charge entière de toutes ces manifestations, nous sommes loin d'en exclure l'intervention et la surveillance des bons anges. Oui, sans jamais prendre l'initiative, sans jamais participer à ces pratiques, et une fois /a partie engagée, les bons anges interviennent, en barrant, modifiant, corrigeant la force mauvaise, et même la contraignant au bien, comme l’ange de Jéhovah contraignait à la vérité, le devin Balaam. De là, ces changements de front subits, ces rétractations forcées, cette obéissance véritablement passive, confessée par ceux-là même qui les subissent. Le bien alors se fait en rugissant, mais il se fait. Depuis les esprits de Loudun prêchant, convertissant des athées, jusqu'à nos esprits modernes faisant tomber à genoux des médecins matérialistes, CES ANTINOMIES ne sont pas rares, et plus d’une fois le salut « nous est venu de nos ennemis, salutem ex inimicis nostris. » Mais encore une fois, ne confondons pas la répression avec la faute, et n’allons pas croire que ces créatures célestes, qui voient la face de leur Dieu et participent à sa majesté, consentiraient jamais à copier cette masse d’esprits athées du Nouveau-Monde, en se livrant à leurs misérables pratiques, foudroyées d’ailleurs , comme magiques, à chacune des pages de la Bible et des conciles de l’Église (1). Comment ne comprend-on pas que s’il en était autrement, que si l'on pouvait légitimement discuter dans chaque salon, entre le {he et le café, la valeur respective de tel ou tel esprit, nous nous verrions condamnés à la plus vaste perturbation spirituelle et morale que nous ayons jamais eue à subir? Heureusement, ici, la chose est claire, et cette clarté rejaillit sur tout le reste.

(1) Comment ne pas reconnaitre ici la divination par le bois, frappée d’anathème par le prophète Osée, ch. 1v, v. xur, et Les tables divineresses, si bien décrites quoi qu'on die, dans Tertullien et dans Ammien Marcellin ?

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