‹ Question des espritsChapitre 87 sur 117 · VISION DE CONSTANTIN · texte numérisé non relu

VISION DE CONSTANTIN

Un des premiers faits qui se présentent sous la plume de M. de Gasparin, dans ce long procès qu'il intente au témoignage humain, c’est la fameuse vision de Constantin ; il la rejette, sous ce prétexte qu'elle «a été rapportée de deux ou trois manières absolument inconcihables (4).»

Nous ne savons trop pour notre part, en quoi diffèrent ces versions inconciliables et sur quelles syllabes ou quelles virgules, on peut susciter ici de longs débats. Tout ce que nous savons, c’est qu'au rapport d’Eusèbe, évêque de Césarée, et l’un des hommes les plus pieux et les plus savants de l'antiquité, le premier mot de Constantin en apercevant la croix mystérieuse avec l'exergue : » tu vaincras par ce signe, » fut pour demander à ceux qui l’entouraient, s'ils voyaient la même chose. Tout ce que nous savons, c’est que Lactance, auteur contemporain, nous parle de l’apparition nocturne qui suivit la vision du jour, nous savons qu’une douzaine d’historiens, tant chrétiens que païens, confirment le récit d'Eusèbe (2), et enfin, que saint Artémius, alors dans l’armée de Constantin et depuis martyr sous Julien, disait à l’empereur apostat : « Nous qui vous parlons, nous étions présent à ce spectacle et nous avons lu cette écriture admirable ; bien plus, toute l'armée /a vil comme nous , et vous avez encore dans vos troupes bien des personnes qui pourraient attester le fait (3). » Tout ce que nous savons enfin, c'est que jusqu’au moment, où le protestant Mosheim s’avisa, pour la première fois, d'expliquer ce grand fait par «une ruse militaire de Constantin pour animer ses troupes au combat, » tout le monde était d'accord. Rien n’est plus vrai : au moment du combat,

(2) De Mort. persec., ch. xLiv.

(3) Voir tous les auteurs dans la Dissertation publiée en 1774 par l’abbe Duvoïisin.

(1) Voy. Métaphraste, et sa défense, pa: don Ruquart et de Valois (in notis ad am. Marc, p. 324).

Constantin en parlait à ses troupes, mais toujours en faisant appel à leur souvenir, et nous l’avouons, nous avons peine à comprendre un Capitaine, cherchant à réchauffer l’ardeur de ses troupes par le souvenir d’un fait qu'elles savent faux.

Au reste, l’objection des versions inconciliables n'aurait de portée qu'en faisant supposer un mensonge, ou tout au moins une fraude pieuse. Autrement, elle ne signifierait rien et ne révélerait que l’inexactitude des historiens copistes. Mais pour cette théorie du mensonge, il est encore trop tard ; elle a fini son temps, et malgré tous ses anciens services, elle laisse décidément la place à d’autres théories plus jeunes. On les connaît; tantôt c’est le naturalisme d’un effet lumineux, et tantôt l'hallucination, double théorie que nous verrons renaître tout à l'heure à l’occasion de Migné, et qui suppose toujours dans les deux cas la réalité de Ia vision.

Commençons par la croix du 1v° siècle.

Le 2 mars 1846, M. Amédée Thierry lisait à l'Institut un fragment historique dans lequel on remarquait le passage suivant : « Pendant une marche à la tête de ses troupes, et quelques heures avant le coucher du soleil, Constantin aperçut au-dessus du disque du soleil, et au milieu de jets de lumière resplendissants, un objet d’une forme étrange rappelant grossièrement l’image d'une croix, et au bas duquel on put lire ces mots : « par ceci sois vainqueur. »

Bien entendu, sous la plume du savant historien, tout cela, ÿ compris la vision de la nuit suivante qui enjoint à l'empereur la reproduction du signe sur ses drapeaux (1), «tout cela est peut-être le résultat du vague souvenir d'un monogramme de deux lettres, déjà sculpté et vu d’une certaine façon, etc., ete, » Tout cela est à merveille, quoique le souvenir de deux lettres n’explique pas du tout une inscription de quatre mots, et quoique l'imagination de Constantin n’explique pas du tout celle de son armée. Mais enfin M, Thierry, qui se connaît en crilique historique, ne parle pas du tout de ces versions inconciliables, dont le premier effet serait la destruction du fait, et probablement pour les taire, il a eu de fort bonnes raisons.

Au reste, il n’est pas le seul, ét la science moderne s’est encore chargée à son tour de cette réhabilitation historique.

£coutons le docteur Lelut (9) :

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(1) Voir les historiens précédemment cités.

(2) Amulette de Pascal, p. 315.

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