‹ Question des espritsChapitre 88 sur 117 · VISION DE CONSTANTIN · texte numérisé non relu

VISION DE CONSTANTIN

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« Voilà donc enfin, grâce à M. Thierry, voilà donc l’histoire qui commence à voir clair dans des faits, que depuis des siècles elle expose et explique, sans y rien comprendre. Il lui reste à mettre un peu plus résolument les noms sous les choses ; mais il ne faut pas trop demander à la fois, Contentons-nous pour le moment de classer parmi les troubles de l'imagination, ces globes de feu, ces soleils d’où sort une voix, une croix, ou tout autre signe, sans oublier les monogrammes lumineux. »

M. le docteur Michéa , sans être aussi résolu que M. Lelut, est aussi ferme comme certitude historique. « On ne peut, dit-il (4), ébranter la certitude de l'événement ;.. sans oser nier l'apparition, d’autres éerivains ont prétendu l'expliquer par une illusion d’optique. Ils ont invoqué certaines modifications de la lumière dans les nuages... (2). Mais si les lois de la physique peuvent expliquer une partie du phénomène, elles sont fout à fait impuissantes relativement à l’autre, c’est-à-dire à rendre raison de lapparition des caractères, composant l'inscription grecque, »; ces réflexions sont très-Justes mais elles n’empêchent pas M. Michéa d’appeler cela lhallucination de Constantin.

On le voit, le fait malgré ses détails prétendus inconciliables, est entré définitivement dans la science, et il est très-probable qu'il n’en sortira plus; certes il valait la peine de s'en assurer. Événement du premier ordre, clé et cause à la fois de la plus grande des transitions historiques, — celle qui fit monter le christianisme des catacombes au Capitole, —il était d'autant plus dur de le voir reléguer parmi les habiletés de la politique et les fraudes d’une religion ambitieuse, que ses analogues ne manquent guère, au début de toutes les grandes évolutions sociales ; ce qui démontre surabondamment l'énorme importance historique, philosophique et religieuse de toutes les questions que nous remuons en ce moment.

Au reste, on est prévenu, — et cela ne laisse pas que d’ajouter encore à l’importance de la discussion, — on est prévenu que « lorsque l'histoire appellera un peu plus réso{ument les choses par leur nom, » elle déclarera atteints de folie, tous les grands hommes suspects d’une vision mystérieuse, et cela sans distinguer, comme M. de Gasparin, entre l'ère judaïque et l'ère chrétienne, entre le temps des apôtres et celui de leurs successeurs ; la fusion est depuis longtemps consommée,

(1) Délire des sensations, p. 88.

(2) Absolument comme pour Migné.

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Grâce à toute une école historique et médicale, désormais on voit rangés dans une seule et même classe tous les hallucinés collectifs, depuis Moïse et les prophètes jusqu’à Constantin, et depuis Constantin jusqu'à nos voyants modernes.

Mais enfin, peu importe en ce moment : un effet lumineux ou une hallucination collective n’en sont pas moins un fait et un très-grand fait; par conséquent, le classer parmi les mensonges du témoignage, sous ce prétexte, dès lors impossible, que les témoins ne s'entendent pas, et le rejeter pour cette seule raison, c’est manquer tout à la fois à la précision critique, à l’histoire, et aux progrès de la science mo-

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Dans tous les cas, l’honneur du témoignage est donc complétement sauf ici, puisque «la ruse militaire » étant abandonnée, le grand empereur n'invente plus, mais subit, — avec toute son armée, il est vrai, —

sa propre hallucination.

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