LES DEUX SURNATURELS, L'APOCRYPHE ET LE BIBLIQUE
L'accusation la plus grave, si elle était fondée, que M. de Gasparin nous adresse, à M. Des Mousseaux et à nous, serait sans contredit celle d'avoir confondu constamment le surnaturel apocryphe de la légende, avec le surnaturel de la Bible, aux textes de laquelle, dit-il, nous aurions «infligé un traitement » sacrilége.
Qui sait? beaucoup de catholiques, peut-être, se seront effrayés à la simple pensée d’une possibilité semblable, et se seront empressés de la transformer en quelque chose de réel.
Ge sont eux surtout, que nous tenons à rassurer, non pas sur notre science théologique, qui certes n’est pas grande, mais sur nos profanations, et c’est M. de Gasparin que nous allons charger de ce soin.
« Que la doctrine de mes adversaires, dit-il, soit conforme aux traditions de leur église; c’est ce qu’il me semble difficile de nier. Je ne leur disputerai donc pas cette position de catholiques conséquents, pourvu qu'ils ne prétendent pas à celle de chrétiens bibliques... » (t. IE, p. 524). Il faut même en convenir, autant les champions de la sorcellerie sont faibles sur le terrain biblique , autant ils sont forts sur le terrain ecclésiastique ; qu'ils aient de leur côté la tradition certaine et oflicielle de leur église, cela est incontestable» (id., 539)... « Le dogme est donc certain. M. Des Mousseaux n’a pas de peine à montrer qu’il croit ce que croyait Bernard, abbé de Clairvaux, ce qu'ont cru avec lui tous les docteurs orthodoxes, ce que croyaient les Pères, les papes et les conciles; ce que des décisions incessantes et solennelles ne permettent pas de contester, au point de vue de la tradition » (4d., p. 151). «En présence de cette tradition persévérante et unanime, je conçois que M. Des Mousseaux s’écrie : Pour méconnaître l'existence de ces phénomènes surnaturels, il faut renier à la fois les historiens, les philosophes et les magiciens; il faut renier l'Église et la magistra-
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ture ; il faut renier les peuples et les individus ; il faut renier la foi; 1l faut renier le témoignage des sens humains; il faut renier toute la nature humaine... Tant de croyances simulaires dans tous les temps et chez tous les peuples, ne peuvent avoir eu pour base un néant de vérité. » ( Mœurs et pratiques, p. 371.)
Ainsi, M. de Gasparin reconnaît positivement que M. Des Mousseaux est «bien obligé de dire » tout cela. Mais comment répond-il au dernier, et, selon nous, irréfutable argument qu'on vient de hre? Le voici : «Ceux qui savent que, sur les sujets qui touchent au surnaturel, l’homme abandonné à lui-même ne cesse de déraisonner, ne s'étonneront pas beaucoup qu’il aboutisse à l'unanimité dans l'erreur... » (t. IL, p. 543). Nous ne nous atténdions pas à cette expheation, car nous eroyions naïvement qu'entre deux hommes s'occupant de surnaturel , celui qui récuse tout le monde était l’homme abandonné à luimême, et que celui qui en appelle au genre humain, ne marchait pas isolé. Nous n'avons garde cette fois de récuser de telles paroles, et
pour nous, comme pour M. de Gasparin, l'examen particulier mène 101 tout droit à la folie.
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Dans tous les cas, nous espérons que les catholiques seront un peu rassurés sur notre orthodoxie générale.
Maintenant, serait-il donc nécessaire, serait-il même possible de relever une à une les accusations de détail sur l'infidélité de notre exégèse? Nous ne Île pensons pas; attachons-nous seulement à quelques-unes.
D'abord, il s’agit des noms de Lucifer et de Behémoth . que nous avons osé donner à Satan : sans contester à M. de Gasparin la possibilité de l'application du premier de ces deux noms au roi de Babylone, et sans le renvoyer, pour le second, au verset de l’Apocalypse de saint Jean, qui le donne à cet antechrist qu'il attend (1), il nous sufhira de bien avertir nos lecteurs que nous avons pour nous l'autorité des
Pères «et l’excuse d’un usage presque universel, qui n’en est pas moins abominuble pour cela » (4b. 534).
Vient ensuite notre expression « des malices afmosphériques de saint Paul. 5 Avant de la ranger parmi les traductions libres, M; de Gasparin fera bien de s'assurer si le mot érowpavias auquel il nous
(1) « Ecce Behemoth quem feci tecum , voici Behemoth que j'ai fait avec toi » (Job, xu, 10). Tout cela ne ressemble-t-il pas beaucoup au mauvais génie expulsé dé chäque homme par le baptème, et pores nos natus, dont ôn à fait pénate?
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