‹ Question franco-canadienne [microforme]Chapitre 3 sur 3 · IT · texte numérisé non relu

IT

L'abus des boissons fortes amène l'abus contraire dans la répression, qui est le Teetotalism. Mais le Teetotalism ne se contente pas de combattre un vice par l'exemple d’une vertu rigide, il s’est introduit dans la politique où le groupe des députés qui le représente a une action prépondérante, et s'impose dans les conseils du gouvernement.

Force est au ministère de subir la loi des tempéranciers absolus, parce qu’ils forment un groupe important et qu’ils exigent du cabinet McKenzie une loi prohibitive des liqueurs fortes en échange de l’appui qu'ils donnent à sa politique.

Si c'était là encore le terme de leurs exigences, 6n pourrait à la rigueur s’y soumettre, quand ça ne serait que pour faire l'essai d’une ‘héorie monstrueuse ; mais pour les tempéranciers, boisson forte veut dire toute bnisson qui a fermenté, et le vin, le bon vin de France, le jus de la vigne qui est un remède à tant de maux, ne trouve pas grâce devant eux. Cette boisson si saine, qui est en même temps un aliment, qui répare et stimule les forces de l’ouvrier, qui est elle-même le plus grand ennemi des liqueurs enivrantes, en ce qu’elle forme un 3oût qui leur est antipathique, ils l’assimilent aux eaux de vie et demandent contre elle des lois barbares.

La province de Québec commen:

ait à en faire une importation déjà appréciable, le goût s’en répandait dans plus d’une classe de la société et combattait le penchant aux al.

mn 41 —

cools, lorsque tout à coup, dans un remaniement de tarif fait il y a deux ans, on vit le vin français, dont on devait encourager au contraire l'introduction chez nous, frappé de droits élevos pour complaire aux musulmans de la province d’'Ontario. Et aujourd’hui que la question se présente pour notre province, vulgairement appelée la province-sœæur, de voir son commerce rétabli avec la France et l’une de ses plus grandes indusiries refleurir, grâce à un abaissement de droits sur les vins de Bordeaux, le ministère, parfaitement disposé en notre faveur, se voit empêché dans son action par des fanatiques qui mettent le vin au nombre des fléaux de la terre.

Ainsi, on le voit, ce n’est pas seulement à une théorie absurde et féroce que se borne l’étroitesse d'esprit des feetotalers, mais elle affecte encore les rapports interna.

tionaux, elle nuit à vue industrie considérable, elle combat précisément le but qu’elle veut atteindre en empêchant l’usage d’une boisson saine, elle introduit la tyrannie et l'abus dans la législation, elle contrarie la loi naturelle du commerce qui s'oppose à ce qu’un produit étranger à notre sol soit frappé de droits d'entrée, onfin elle porte atteinte aux goûts légitimes, à l'hygiène même d’une grande partie de la population, sous prétexte d'empêcher les excès d’un petit nombre, excès qui ne feront qu'augmenter en raison même de la rigueur de la répression.

Maintenant, croyons-nous, le côté

social et moral de la question qui nous occupe a été suffisamment envisagè; nous n'insisterons pas davantage là dessus, et nous allons reveuir, en forme de conclusion, au côté purement politique et commercial, celui que nous présentions au lecteur lorsque nous demandions plus haut ce que nous som mes autorisés à faire, dans noire état de dépendance, et jusqu'où peut s'étendre notre droit à négocier avec une puissance étrangère.

Nous n'avons aucun droit de négocier, dans l’acception diplomatique de ce mot, nous n’existons pas diplomatiquement aux yeux des autres nations, nous ne pouvons pas faire de traités avec elles, et

‘c’est la métropole seule qui est

chargée de défendre nos intérêts ou nos droits vis-à-vis des autres puissances. Mais si le pouvoir politique nous est refusé, nous avons liberté entière d'établir, sous forme d'accord ou de convention spéciale, des relations commerciales avec un pays étranger ; cette liberté, nous l’exerçons pleinement dans la fixation de notre tarif, et nous avons le droit par conséquent d’envoyer en France un commissaire ou délégué qui négocierait avec elle l’abaissement de la taxe de quarante francs par tonneau sur les navires construits en Canada pour ses armateurs, en échange de l’abaissement de l’npôt sur ses vins. Mais pour cela, il faudrait se hâÂter, parce que c’est au mois d'août prochain que sera renouvelé le traité de commerce entre la Grande-Bretagne et la France. Notre gauvernement

se hâtera-t-il? Hélas! nous craignons bien que non, puisque derrière lui se dresse le fantôme à gorge aride du testotalism qui le menace de lui retirer sor adhesion s’il a le malheur d'écouter la voix de nos intérêts.

Nous savons donc maintenant à qui nous en prendre si les négociations ne sont même pas entamées ; mais c’est là en vérité une consolation trop maigre pour qu’on s’en contente. Que notre politique coloniale, déjà si restreinte, en soit réduite, lorsque des intérêts ma.

jeurs sont en jeu, à subir les exigences de quelques fanatiques outrecuidants, c'est ce qui dépasse la mesure. Nous sommes irès grands, nous nous en vantons tous les jours, nous nous étendons du Pacifique à l'Atlantique nous comptons sept provinces, futur empire, nous entreprenons des fer de mille lieues qui ne coûtent que cent cinquante millions de dollars, nos ressources sont presque illimitées, comme les espaces qui les renferment, nous projetons de faire un jour contrepoids à la grande république américaine, et notre gouvernement se trouve arrêté dans son action vis-à-vis d’une puissance européenne par quelques buveurs de thé et d’eau à la giace qui en veulent à la nature ! Nous ne ferons pas de commerce avec la France, parce qu’il y a de gros anglais nerveux qui sont pris de spasmes à la vue d’une bouteille et qui voient la fin du monde dans un verre de vin! Nous avons une occasion rare de sortir des coteries,

chemins de

oo Cr

d’une atmosphère politique chargée d’intrigues, ponr entreren relations directes avec une g'ande nation, pour nous faire connaître et nous accuser au dehors, pour élargir notre sphère, nous préparer à la vie diplomatique futnre, et notre gonvernement reñoute d'envoyer dans un pays extrêmement bien disposé en notre faveur, un simple délégué commercial qui traitera de priviléges importants pour la province |

Voilà qui est grand! Voilà qui s'étend du Pacifique à l'Atlantique !

Voilà une manifestation glorieuse de la nationalité canadienne, cette géante couchée entre deux océans, sur des prairies sans fin et des lacs vastes comme des mers !

Serait-il possible de trouver un exemple mieux fait pour démnntrer de quels mobiles mesquins se compose forcément une politique coloniale, combien nous laisse petits toute rotre étendue de territoire, puisqu'il nous manque l’étendue du caractère, les notions larges et la hauteur dans les vues. Et certes, ce n'est pas un gouvernement plutôt qu’un autre qu’il faut accuser de cette situation.

Tous les gouvernements de coionies subissent une nécessité fatale ; on ne peut s'affirmer ni posséder la grandeur réelle sans la responsabilité ; or, les gouvernements de co.

lonies ne sont pas responsahles visà-vis des autres peuples ; ils sont à l'abri de la responsabilité de la métropole, ce qui fait qu'ils ne peuvont s'élever et qu’ils restent sous l'empire des coteries,

largée ations ation, nous argir à la notre 'oyer bien mple itera ar la

qui jue !

euse tte ans,

PM |. en

Quand un état n’est qu'un ap- des problèmes pré-que impossi-

pendice d'un autre état, qu’il n’a pas d'existence propre, qu’il est irresponsable aux yeux de l'étranger, il reste indifférent à tout ce qui peut le faire valoir, à tout ce qui peut agrandir son horizon meral, parce qu’il n’y a là pour Jui ni profits ni honneurs; tout revient à l’état qui parle en son nom, à la métropole. Une dé

pendance coloniale qui embrasse la moitié d’un continent, qui compte sept provinces, qui renferme quatre millions d'âmes formées à la vie parlementaire, trop grande pour n'être qu'un appenlice, et qui, d'autre part, n’a même pas d’existence reconnue auprès des autres nations, voilà ce qui constitue une situation incroyablement étrange, situation qui, tous les jours, expose à des anomal'es et fait naître

b'es à résoudre.

Mais nous nous arrè ns sur la pente de pareilles consic. érations ; elles agrandiraient trop le cadre de la question que nous voulions s:mplement exposer, Nous pensons l'avoir fait sous tous les aspects qu'elle comporte, abordant même ceux auxquels elle se rattache, telles que les questions sociales et de politique indépendante ; nous laissons ie lecteur entrer lui-même dans tous les développements et poursuivre les conclusions géné rales qui s’offiiront à son esprit. Si nous ne pouvons atteindre dans la réalité le but que nous nous proposions, au moins nous l’aurons atteint dans l'esprit de nos lecteurs, et ce résultat peut suffire en attendant que les circonstances nous soient plus favorables.

Page 1