‹ Question franco-canadienne [microforme]Chapitre 2 sur 3 · EN, PA · texte numérisé non relu

EN, PA

Voilà la situation telle qu’elie existe pour elle comme pour uous.

Est-il possible d'y porter remède ?

Peut-on supposer un instant que la France cherche à ruiner une industrie canadienne pour grossir les profits de constructeurs anglais ?

Assurément non. Peut-on l’amener, en présence des résultats désastreux de son tarif, à le modifier en notre faveur sans qu’il lui en coûte quelque chose? Avons-nous une conipensation à lui offrir dans le cas où elle en réclamerait ? D'autre part, que somines nous autorisés à faire, en notre qualité de dépendance coloniale, et jusqu'où peut aller l'étendue de nos droits à négocier avec une puissance étrangère ? C’est ce que nous allons examiner imméliatement, e2 nous rendant compte d’abord de l’état actuel de la question, c’est-à-dire de ce qui a pu survenir pour la modifier incidemment ou l’avancer depuis la dernière résolution votée par la Chambre de Commerce, au mois de janvier 1876.

Nous avons dit plus haut que le traité commercial de 1860, entre l'Angleterre et la France, avait écé profondément muifie par ‘ gouvernement de M. Thiers ; ce traité expire au mois d'août de la présente année, et, depuis quatorze mois, siége à Paris une commission angiofrançaise qui discute les bases sur lesquelles où :e renouvellerait, en tenant compte des nouvelles conditious des deux pays. Il n’a pas été quesiion, dans les pourparlers qui

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ont eu lieu, d’abolir la taxe de quaraute francs par tonneau sur les

navires français construits dans nos ports, mais c’est une raison pour nous de nous en occuper sans retard et ce voir à sauvegarder nos droits avarñt que la commission cesse ses travaux.

Administrateurs et hommes politiques en France, nous pouvons l'affirmer, n’ont pas la moindre répugnance à entrer en arrangements avec nous, à traiter officieu- Sement avec un délégué canadien, et à donner à nos éunstructeurs les mêmes priviléges qu'aux constructeurs anglais, pourvu qu’en retour le Cafada diminue les droits imposés par son gouvernement sur les vins importés de France. Or, telle est la difficulté. Le gouvernement canadien ne peut pas, pour le moment, accorder cette modification de notre tarif, et il faudrait que la France consentit à laisser entrer dans ses ports les navires construits au Canada pour ses armateurs, sans compensaiion immédiate de notre part. Le neut-elle sans détriment pour son commerce, et alors, si elle le peut, quelle raison aurait-elle de ne pas nous accorder ce que nous lui demandons, et de persister à réclamer en échange une diminution de droits sur ses vins? Elle le peut assurément, et, de plus, elle le ferait assurément sans hésiter, nous en sommes Convaincu, si un pareil procédé était possible, si ce n’était pas là purement et simplement nous faire un don, nous accorder une faveur spéciale sans que nous fassions rien de notre côié pour la re

connaître, ce qu’il est impossible d’esvérer, même du peuple le plus ami, Ce qu’une nation ne saurait faire envers une autre, et encore moins évidemment envers une dépendance coloniale.

Nous ne dirons pas que les vins de la France n’ont pas besoin du marché canadien, quoique la quantité que nous en importons £oit insignifiante comparativement à l’immense commerce au1 s’en fait dans le monde entier, mais nous pouvors dire que ce n’est pas la France qui a le plus grand intérêt à ce que les droits sur ses vine soient diminués, que c’est au contraire nous que cette modification de tarif favoriserait le plus. En effet, la saine théorie économique n’est elle pas, pour lies pays dont l’industrie com mence à peine à se développer, d'imposer l'importation des articles qu'ils produisent, afin que les articles étrangers similaires ne fassent pas concurrence aux leurs,et d’écarter tout impôtsur les produits étrangers à leur sol? Eh bien! dans le cas présent, quelle compétition avons-nous à craindre de la part de la France ? Aucune, évidemment, puisque le climat et le sol du Canada ne sont pas propices à la vigne. Que représentent donc alors les droits imposés par naus sur les vins français ? Une simple mesure fiscale, un moyen de grossir nos revenus, d’une part, et, d’autre part, une satisfaction donnée à l’espèce de parii organisé en croisade contre toute sorte de boisson, et qui possède déjà une importance politique consiiérable. Quant à la

de démontrer que les droits établis sur les vins français nous sont plus préjudiciables que profitables, attendu que, s’ils étaient diminués, le commerce de vins se ferait sur une échelle beaucoup plus grande, et le trésor gagnerait bientôt, et au delà, par la quantité des droits perçus, ce qu'il semblerait perdre au premier abord par leur abaissement.

Cela nous semble aisément compris de tous nos lecteurs, et nous aurions tort d’y insister. Ce qui nous préoccupe, c'est le côté en quelque sorte philosophique de la question, celui que nous signalions à lin.

stantet dont la portée est telle qu’il convient de le discuter sans délai, de l’apprécier dans ses mérites comme dans ses résultats.

Etant établi que l'impôt sur les vins français, au point de vue fiscal, s’il n'avait d'autre explication, serait un faux calcul, il ne reste plus qu'à voir ce qu’il représente réellement, c’est à dire l’autre côté de la question, qui peutse formuler ainsi : la théorie des Tempéranciers, des Teetotalers, comme on dit en anglais. Jetons un coup-d'œil profane sur cette theorie et ramenons la sur terre añn de pouvoir l’examiner de plus près.

l'ous les âges or‘ leurs fanatismrs, leurs aberrations despotiqres.

Le nôtre subit cette loi fatale sous une foule de formes ; le fanaiisme religieux ayant disparu, ou à peu près, de tous les pays civilisés, a été remplacé par une quantité étonnante de petits fanatismes qui, tous, s’inspirent de lesprit suprè

mesure fiscale, il n’es' pas difficile ;

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me, infaillible, absolu. Le Teetotalism est un de ces produits modernes qui régénèrent les sociétés et font l’homme parfait en le rendant assez sec pour la combustion spontanée Il existe une armée d’hommes, éclos des déserts ar'des ré pandus sur le monde, véritables chameaux de l'umvers, qui se croient appelés à refaire la création et qui travaillent, de concert avec le philoxera, à faire disparaitre la vigne, un des dons les plus généreux que la Providence ait faits aux pauvres mortels. Ils veu lent détruire l’ivrognerie, non pas en s’en prenant aux ivrognes seulement, mais en soumettant tout le monde à la même loi draconnienne de l’ahstinence absolue, comme si, pour guérir les dyspeptiques, un conseil de m.decins, ayant pleins pouvoirs. condamnait l’humanité entière à la diète.

D'abord animés d’intenutions ex:

cellentes, et ne voulant combattre qu’un fléau qui norte en soi d’affreux ravages, ils n’ont pas tardé, leur nombre grossissant{ftoujours, à passer de la répression à la suppression absolue, et à entrer en lutte avec la nature elle-même, parce qu’un certain nombre d'hommes abusent de ses dons et tournent en maux ce qu’ elle leur offre en bienfaits. Ils v’ont pas compris que tout ce qui est uu abus se corrige de soi même, que, dans tous les ces, les lois ne sont pas faites pour l'exception, etqu’on ne peut priver le très-grand nombre d’un usage légitime afin de punir la minorité de ses excès. Ils n’ont pas compris qu’on voulant

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décréter l’abstinence absolue, ils donnaient à l’'intempérance une impulsion plus grande et lui fouruissaient des excuses, car le bien mêue, dès lors qu'il est imposé, devient odieux. On re peut pas condamner à la sobriété, parce que c’est faire de la sobriété nn châtiment, c’est la dépouiller de toute vertu, C’est la rendre indigne d’être re’ aerchée pour elle-même, et par conséquent enlever tout mérite à ceux qui la pratiquent. Dès lors que labstinence devient la loi, l’intempérance n’est plus qu'une contravention ; le principe moral est détruit, et une hypocri.

sie plus ou moins habile ne tarde pas à se glisser dans les actes, com weilenesttoutes les fois qu’on veut imposer la vertu; la contrainte ramène que le relâchementet le dévergoudage, sous des dehors trompeurs qui cachent une corruption plus pro‘onde. Ce n’est pas avec des lois qu’on établit les mœurs, et les goûts et les habitudes seront toujours au-dessus de toutes lés pres:

criptians ; il y a du reste, dans les mille moyens mis en œuvre pour éluder les lois prohibitives des boissons fortes, comme une protestation de la conscience gênée dans le choix libre de ses actions, et comme une réclamatioi déguisée de ceux qui savent modérer leurs goûts contre la tyrannie aveugle qui ne connaît pas de différences,

Qu'ont produit ces lois aussi barbares que ridicules dans tous les pays où l’on en a fait l’expé rience? Le contraire de ce qu’ou attendait d’elles Voyez dans le

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Maine, par exemple, la viile de Lewiston qui, la première, a arboré le drapeau de l’abstinence totale ; les plus récentes statistiques établissent que c’est la ville la plus adonnée à l’ivrognerie de tout le continent américain. Voyez en Augleterra ; l’an dernier, sur la demande de piusieurs milliers de ministres de l'église établie, l’Ar chevêque de Cantorbéry a demandé ia for:nation d’une commission pour étudier les remèdes à porter aux progrès de l’intempérance qui, on le sait, fait d’épouvantables ra.

vages dans toutes las classes de la société anglaise. Ila proposé des licences, une surveillance rigoureuse sur les maisons publiques, er autres moyens également futiles; mais l’évêque de Peterborough a démontré l’inefficacité de toutes ces entraves ; il a démontré que l'intervention du parlement ferait plus de mal que de bien, et que le meilleur remède était dans une education plus répandue des masses en même temps que dans le bon exemple. De son côté, le marquis de Salisbury, parlant au nom du gouvernement, a dit que le parlement avait fait tout en son pouvoir pour contraindre le peuple à la sobriété, mais que chaque effort avait été suivi d’un accroissement d'’intempérance. En 1828, le cabinet Welliugton avait cru faire une grande réforme en obiigeant les auberges à obtenir des licences, ce qui u’a pas empêché que les auberges ne devinssent la pira plaie de la nation ; et il en a ét$ ainsi du reste toutes les fois que la loi a voulu intervenir.

Non, miile fois non ; ce ne sont pas Lss lois qui corrigent les mœurs; elles peuvent les contrarier, mais jamais les détourner de leur cours, et quand l’homme n’a plus d'autre frein que la loi, il ne tarde pas à

en perdre le respect, parce que l'o-

béissance à la loi suppose avant tout un principe moral qui fait reconnaître en elle une sanction légi.

time et nécessaire, et non pas une simple mesure vexatoire. L'idée de traiter tous les hommes comme s'ils étaient des ivrogues est un peu trop monstrueuse pour conquérir les esprits, et l’on ne peut attendre d'elle que des effets aussi monstrueux que son principe.

L’abstinence et la tempérance sont deux choses bien différentes ; la

première est une violation des droits

que Dieu nous a donnés d’u-erde ses dons; la deuxième est l'exercice même de ces droits dans la mesure qu'il convient à des êtres intelligents et raisonnables ; or, on ne peut obliger à cette mesure en décrétant des lois farouches qui visent l'exercice légitime et modéré aussi bien que labus. C’est vouloir réduire tout à un même niveau, et ne voir dans les hommss, sans exception, qu'un amas de brutes incapables de se guuverner, incapables de faire la moindre distinction dans les choses qu’il doivent ou ne doivent pas faire ; c'est leur enlever leur libre arbitre, et par conséquent toute responsabilité, et par conséquent le principe moral qui 1es conduit pour le rempla cer par le fatalisme.

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