‹ Question médico-légale de l'identité: dans ses rapports avec les vices de conformation desChapitre 9 sur 11 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CHOIX d'observations particulières

Je compléterai cette étude par quelques exemples don la relation eut interrompu Texposé qui précède, mais qui ne seront pas sans intérêt, et qui viendront à Fappui des considérations doctrinales que Tétude attentive des faits m'a suggérées.

— Je citerai en première ligne une discussion intéressante qui eut lieu, au sein de la Société de chirurgie, le 21 septembre 18S9, et qui avait été provoquée par une observation communiquée dans une précédente séance par M. Adolphe Richard.

M. Hipp. Larrey, à l'occasion du procès- verbal^ communique un exemple d'hermaphrodisme qui lui semble offrir de l'intérêt, en se rattachant à la discussion de la séance précédente, et il expose ainsi le résumé de cette observation :

« L'un de nos honorables confrères, M. le docteur Ledeschault, me présenta un jour, c'était dans le courant de mars 1845^ une personne ayant la mise d'une femme de la classe ouvrière, âgée de vingt et un ans, née à Paris en 1823, et inscrite aux registres de l'état civil sous les noms

d'Alexandrine-Hortense M , comme appartenant au

sexe féminin, d'après la conformation anormale de ses organes génitaux.

« En effets l'état rudimentaire d'un pénis imperforé simulant le clitoris, l'absence extérieure des testicules retenus encore dans l'abdomen, la disposition bilobée du

scrotum, dépourvu d'ailleurs de raphé, ayant l'apparence de la vulve, le méat urlnaire situé enfin à la base du pénis et formant un hypospadias très -ouvert, qui semblait être Torifice du vagin, tous ces signes expliquaient la méprise.

(( Mais la manifestation des organes mâles apparut vers rage de quinze ans, quoique d'une manière incomplète, et lorsque, six ans plus tard, j'examinai cet individu avec M. Ledeschault, voici dans quel état nous trouvâmes les paVlies :

a Le pénis avait acquis le développement qu'il a d*ordinaire chez un garçon de douze à quatorze ans; le gland était imperforé^ mais sa couronne bien distincte et le prépuce se prolongeaient sur les côtés par deux replis, en forme de nymphes, vers les lobes du scrotum, ressemblant aux grandes lèvres.

. a Au milieu et en bas, on découvrait le méat urinaire, dont la membrane muqueuse se confondait avec la peau rouge et amincie de ce sillon vulviforme. Une sonde de femme introduite dans cette ouverture se dirigeait naturellement en arrière, pénétrait sans peine dans la vessie sans dévier autre part, et donnait issue à l'urine.

(< L'exploration du rectum ne nous sembla pas nécessaire.

« Les testicules n'ayant pas subi leur migratiou'Se trouvaient encore arrêtés à l'orifice des anneaux; celui de gauche était seul distinct, et celui de droite en partie atrophié par une hernie. L'issue tardive et incomplète de ces organes avait ainsi frayé passage d'un côté à une anse intestinale; d'ailleurs facilement réductible. J'essayai, d'après cette disposition, de faire descendre les testicules dans le scrotum, et j'y parvins plus vite que nous ne pouvions le supposer. 11 ne s'agissait plus que d'appliquer un bandage bien fait, non-seulement pour fixer ces organes en place, mais aussi pour maintenir la hernie réduite.

CaOIX D'OBSERVATIONS PARTICULIÈRES. 49

« Quant à la conformation générale du sujet, c'était tout à fait celle de Thomme. Le bassin peu évasé, la poitrine large, les seins peu développés, la barbe apparente et la voix grave. Ses goûts et ses penchants dénotaient aussi un éloignement instinctif pour les occupations des filles, et de l'entraînement pour les jeux et les exercices des garçons, mais sans propension sexuelle reconnue ou appréciable. « L'ensemble de tous ces caractères ne nous laissait aucun doute sur le sexe masculin d'Hortense M..., mais la conformation anormale de ses organes génitaux externes, et particulièrement Thypospadias, en l'obligeant à l'attitude de la femme pour uriner, l'aurait gêné beaucoup sous des habits d'homme et devenait d'ailleurs pour le service militaire un cas prévu de réforme.

« Notre éminent confrère, M. Isidore-Geoffroy Saint- Hilaire, confirma cette opinion, que nous avons formulée dans une déclaration écrite par M. Ledeschault.

c( M. le professeur Moreju, enfin, et deux ou trois autres confrères établirent avec nous l'attestation nécessaire au changement à inscrire sur le registre de l'état civil.

« La Société peut, sur un dessin aussi exact que bien fait, par M. J. Sarrazin, apprécier la disposition des organes avec le refoulement des testicules dans les replis cutanés devenus les bourses. »

M. Larrey ajoute quelques mots à sa communication en rappelant des faits analogues cités par Arnaud de Ronsil (1), et d'autres rapportés par Isidore-Geoffroy Saint Hilaire (2).

Il a eu lui-même occasion de voir quelquefois dans les conseils de révision ou dans les hôpitaux des jeunes gens

(1) Arnaud de Ronsil, Traité sur les hermaphrodites ^ traduit de l'anglais. Paris, 1765.

(2) Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de l'organisation chez V homme, Paris, 1832-1836.

Takdibu, Identité. 4

qui présentaient certaines apparences des organes sexuels de la femme, et il est très-disposé à admettre la prédominance ordinaire du sexe mâle; mais à cet égard il croit que Topinion soutenue par M. Richard est trop absolue ou trop exclusive.

a M. Ilouel partage Topinion émise par M. Richard sur le véritable sexe des individus présentant des anomalies dans les organes de la génération. Son opinion est fondée sur l'examen qu'il a fait des pièces du Musée Dupuytren, dont beaucoup sont décrites par Isidore-Geoffroy Saint* Hilaire (1). 11 a toujours trouvé les organes mâles chez les hermaphrodites, même lorsqu'il rencontrait le vagin et l'utérus.

a M. Giraldès rappelle que la duplicité du sexe, savoir la présence d'un testicule et d'un ovaire, a été rencontrée chez les animaux : il ne saurait dire si cette disposition rare a été trouvée chez l'homme.

L'histoire rapportée par Isidore-Geoffroy Saînt-Hilaire d'un moine qui donna dans son couvent des preuves irrécusables qu'il était du sexe féminin, lui fait mettre une certaine réserve à affirmer que tous les hermaphrodites sont mâles. Si la chose est ainsi dans la généralité des cas, elle n'est pas cependant une règle absolue.

M. le docteur Giraldès rapporte le cas d'un individu qui présentait, pendant la vie, les attributs et les parties extérieures d'une femme bien conformée, grandes et petites lèvres, vestibule, méat urinaire, fente vulvaire, clitoris un peu long, vagin rudimentaire de 9 centimètres de profondeur, mamelles développées, qui ressentait une certaine ardeur pour les rapports sexuels avec les hommes (2), et chez lequel une dissection attentive fit reconnaître la présence des testicules retenus dans les anneaux,

(1) Is. Geoffroy Saint-Hilaire, ibid,

(2) Giraldès, Buii, de la Société anatomique^ tome XIV, p. 260.

CHOIX d'observations particulières. 51

et de canaux séminiferes, témoins certains du sexe masculin, malgré toutes les apparences de la femme.

Ce fait n'est pas le seul qu'il connaisse.

M. Ad. Richard , sans prendre en considération le cas observé par M. Debout, sans s'arrêter à la possibilité de la duplicité des organes qu'il admet, rappelle en quelques mots la description qu'il a déjà faite des anomalies des parties génitales externes, et qui constitue pour lui^ sauf quelques irrégularités, le type de ^hermaphrodisme^ Ces anomalies résultent de l'arrêt de développement de l'appareil génital externe représentant une sorte de coupe diversement configurée et se terminant par la portion membraneuse de l'urèlhre. Dans l'embryon humain il est impossible à l'inspection des parties extérieures de déterminer le sexe ; chez certains animaux, chez les lapins en particulier, on ne peut, même au moment de la naissance et pendant les quelques jours qui la suivent, distinguer les mâles des femelles.

L'appareil génital interne se prête aux mêmes rapprochements anatomiques que les travaux de M. Coste sur les lois du développement permettent d'établir entre les diverses parties des organes externes des deux sexes. Le vagin peut représenter les canaux éjaculateurs : l'ovaire, le testicule. M. Richard se propose de faire voir à la Société des planches dessinées par A. Dubois, qui confirment cette manière de voir.

M. FoUin (1) a disséqué un hermaphrodite, du nom d'Angélique Courtois, qui prêta pendant sa vie à de singulières erreurs. Déclaré femme tout d'abord, cet individu alla consulter A. Dubois, qui lui délivra un certificat attestant qu'il était du sexe masculin. A partir de cette époque Angélique Courtois prit des vêtements

(1) FoUin, Gazette des hôpitaux, 1851, p. 661, et L. Le Fort, Thèse 'f agrégation f loc, cit,^ p. 183.

d'homme et les garda jusqu'à sa mort ; il vécut soixante ans. La conformation de ses organes sexuels a été décrite avec les détails les plus minutieux et les plus exacts par Follin.

La détermination des organes internes a été plus difficile à établir que celle des organes externes. Chez Angélique Courtois se trouvait, au-dessous de la verge, un orifice donnant entrée dans un long canal représentant le vagin, à l'extrémité duquel était l'utérus très-allongé et réduit à deux lames membraneuses très-minces, ce qui explique la difficulté de rencontrer l'utérus chez de pareils sujets. La trompe, le ligament rond, le faisceau vasculaire de Rosenmûller commun aux deux sexes, l'ovaire, existaient; mais l'ovaire était un testicule qui ne s'était pas réuni à son conduit excréteur.

Follin résume d'une manière très-saisissante les conditions essentielles de cette conformation vicieuse. « En résumé, pour caractériser cet hermaphrodite et en divisant, à l'exemple d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, l'appareil génital en trois segments, je dirai que le segment externe de nature douteuse, se rapprocherait davantage du type masculin, que le segment moyen (utérus, vagin, et ajoutons les trompes) était essentiellement féminin, et qu'enfin le segment profond, mais d'un seul côté, était certainement masculin.

« M. Ad. Richard rappelle encore que la fusion apparente des sexes donne lieu à de tels changements dans les individus, que l'on comprend parfaitement les embarras et les erreurs qu'elle suscite, et que le développement des seins, le timbre de la voix, la menstruation même, ne constituent pas des phénomènes propres à asseoir un jugement certain. »

On voit que l'opinion qui prévaut manifestement dans cette intéressante discussion de la part d'observateurs si

Page 1